Cuba Solidarity Project : l'histoire d'une tentative de crime humanitaire


Mon dossier de candidature à Reporters Sans Frontières



Mon dossier de candidature à Reporters Sans Frontières

DEDAJ Viktor
(adresse)
(expédié le 29 juin 2003)


profession : journaliste indépendant

A l'attention de : Robert Ménard - RSF
rsf@rsf.org

Objet : candidature

A (...), le 29 Juin 2003

Monsieur Ménard,

C'est non sans une certain émotion que je vous soumets par la présente ma candidature pour recevoir une aide financière de la part de votre organisation.

En effet, j'ai appris que l'organisation Reporters Sans Frontières, dans le cadre de sa mission de défense de la liberté d'expression partout où celle-ci était menacée, pouvait être amenée à verser de l'argent pour aider les journalistes indépendants dans leur travail. Je suis moi-même un journaliste indépendant.

Connaissant votre attachement à la liberté d'expression partout dans le monde, je vous prie donc d'examiner avec la plus haute bienveillance ma candidature.

Considérant à raison que la liberté d'expression sans les moyens d'expression n'est qu'un leurre, vous avez décidé d'accorder des aides financières à certains journalistes indépendants. A ma connaissance, Cuba fait partie de vos priorités et en cela je vous rejoins.

Mes premiers pas dans le journalisme indépendant datent du début des années 90, lors d'un voyage effectué à Cuba, pays que vous connaissez bien. Il va sans dire que j'ai été outré par ce que j'ai pu constater. C'est ainsi qu'à la suite de ce premier voyage - il y a en eu beaucoup d'autres depuis - j'ai pris la décision de me consacrer à cette belle vocation qu'est le journalisme indépendant.

A Cuba, j'ai pu constater de visu le degré de désinformation intolérable et la mansuétude - pour reprendre le terme de Laurent Fabius - qui régnait. En tant que citoyen préoccupé par l'avenir du monde et de l'humanité, je me suis donc jeté à corps perdu dans ce rude combat.

Une de mes premières expériences traumatisantes à été la visite d'une prison pour sidéens, les fameux "sidatoriums" cubains. Nombreux avaient été les articles dans la presse occidentale qui avaient déjà abordé cette triste réalité, mais rares ont été les journalistes occidentaux qui ont pu accéder à un de ces lieux mythiques. J'ai eu cet honneur. Vous expliquer comment j'ai réussi un tel exploit serait trop long et risquerait de divulguer mes sources et de les mettre en danger. Disons simplement que j'ai demandé si je pouvais visiter et on m'a répondu "pourquoi pas ?". Une heure plus tard j'avais réussi à pénétrer dans les enceintes d'une de ces prisons.

Ma première surprise fut de constater que, contrairement aux prisons occidentales, les "prisons pour sidéens" cubaines semblaient présenter une étrange particularité : les portails étaient grands ouverts et l'enceinte été protégée par des rangées de fleurs. Je n'ai pas pu vérifier si les fleurs avaient été équipées d'épines. Par ailleurs, les malades (les "prisonniers" donc) déambulaient tranquillement dans les allées, entrant et sortant comme bon leur semblait. Quelques interviews confirmèrent l'impression générale.

De tels exemples, je pourrais vous en présenter des dizaines. A part la beauté des filles, je n'ai pratiquement reconnu aucune des données fournies par la presse occidentale. Le même phénomène s'était déjà produit quelques années plus tôt au Nicaragua.

Je suis aussi le seul, je crois, à avoir tenté de traduire, avec mes modestes moyens, une des lois les plus importantes en matière de politique internationale du 20eme siècle, la loi étatsunienne couramment appelée Helms-Burton. Mon travail est donc utile.

J'en arrive donc à la conclusion - et je crois savoir que je ne suis pas le seul - qu'il est devenu urgent, pour la liberté d'expression, que cette liberté en question de la susdite expression puisse enfin s'exprimer dans les faits. Ici.

Les réseaux alternatifs d'information ont un besoin urgent de moyens pour exister et travailler. J'en fais partie.

Au Venezuela, vous avez choisi de défendre les médias putchistes au nom de la liberté d'expression. Vous trouverez bien une petite ligne budgétaire pour aider un simple casse-couilles inoffensif comme moi.

Je dois vous avouer que ma candidature présentée aux Etats-Unis auprès des organisations National Endowement for Democracy et USAID, qui financent aussi les "journalistes indépendants" à Cuba, n'a pas encore reçue de réponse.

Je vous rassure, mes besoins sont minimes, comparés au dizaines de millions d'euros claqués par la presse commerciale, celle qui vous subventionne, pour un résultat que l'on peut trouver satisfaisant, certes, sauf pour ce qui concerne l'information.

Mes dépenses sont les suivantes :

  • location ligne internet : 9 euros par mois
  • accès haut-débit ADSL : 29 euros par mois
  • nom de domaine et hébergement : 10 euros par mois
  • papier et encre d'imprimante : environ 5 euros par mois
  • heures de bénévolat : entre 2 et 4 heures par jour

Je peux vous faire parvenir un Relevé d'Identité Bancaire pour effectuer les versements.

Petite précision : tout comme certains "dissidents" cubains, je suis aussi poète à mes heures, surtout lorsque je suis amoureux, chose qui m'arrive de temps en temps. Si je vous envoyais quelques poèmes de mon cru, est-ce que cela comptera double ?

En espérant un réponse favorable de votre part, veuillez agréer M. Ménard, l'expression de mon indépendance journalistique la plus tenace.

Viktor Dedaj
vdedaj@club-internet.fr
Journaliste Indépendant (un vrai)
et aussi poète à ses heures.

Webmaster de Cuba Solidarity Project