Cuba Solidarity Project : l'histoire d'une tentative de crime humanitaire


Alarcon à l'ONU - Novembre 2002

Texte intégral du discours prononcé devant l'Assemblée Générale des Nations Unies par le Président de l'Assemblée Nationale de Cuba sur la résolution contre le blocus

Monsieur le Président :

C'est en 1992 que l'Assemblée générale a voté la première résolution qui appelait à la levée du blocus économique, commercial et financier que les Etats-Unis appliquent à Cuba. Depuis, toujours plus d'Etats membres - soit maintenant la quasi-totalité - ont réitéré ce vote année après année.

Le contraste saute aux yeux. D'un côté, l'opinion virtuellement unanime de la communauté internationale qui refuse une politique illégitime, contraire aux principes et objectifs de la Charte, violatrice des normes du droit international et de celles qui président au commerce entre les nations, méconnaissant la souveraineté et les intérêts des autres pays. De l'autre, l'entêtement d'une nation qui n'a pas le moindre argument pour tenter de justifier ce que le reste du monde repousse.

Je suis convaincu que nous adopterons aujourd'hui la onzième résolution, qui a une signification spéciale. Elle l'a parce qu'elle bénéficie d'un soutien vraiment unanime qui inclut la majorité du peuple nord-américain et de certaines de ses principales institutions. J'en veux pour preuve les événements importants survenus cette dernière année. La représentation la plus large de la société civile et des organisations patronales reconnues se sont prononcées pour la levée du blocus et la normalisation des liens économiques avec Cuba. Les agriculteurs, leurs organisations et leurs principales sociétés de production et d'exportation ont été particulièrement actives à cet égard. Leurs efforts ont permis de marquer des points qui pourraient provoquer des changements sensibles dans la politique actuelle. Ainsi, pour la première fois en quarante ans, des exportateurs étasuniens ont pu vendre leurs produits à Cuba et conclure les opérations en découlant malgré les obstacles draconiens et les pratiques discriminatoires qu'ils ont dû surmonter. En onze mois, plus d'une cinquantaine de cargos nord-américains ont transporté sept cent douze mille tonnes de produits agricoles des Etats-Unis, la valeur de ces achats, transport compris, se chiffrent à cent quarante millions de dollars et devant s'élever à deux cents du fait de nouvelles livraisons récemment souscrites.

Ces derniers contrats ont été signés dans le cadre de la Foire des produits agricoles étasuniens tenue à La Havane du 16 au 30 septembre dernier et à laquelle ont participé des centaines d'entreprises de plus de 33 États qui ont été accompagnées de certains de leurs plus importants dirigeants politiques.

Ces ventes et cette Foire prouvent à quel point des relations commerciales normales seraient largement bénéfiques pour les deux pays, tout en démontrant la bonne volonté et la recherche d'intérêts mutuels qui animent tant le peuple cubain que les agriculteurs nord-américains. Des progrès dans cette direction seraient aussi bénéfiques pour les autres nations, ainsi que pour la paix et la coopération internationales. Ils répondent aussi aux aspirations de la communauté cubano-américaine au sein de laquelle toujours plus de groupes favorables à des rapports normaux avec leur patrie d'origine font entendre leurs voix face à ceux qui tentent de les museler par des menaces et des pressions : leurs revendications se sont même fait entendre, cette année, en plein centre de Miami et au capitole de Washington.

Cet esprit constructif a eu des échos dans les instances législatives des Etats-Unis où un groupe bipartite a lancé des initiatives pour tenter de modifier la politique actuelle en lui substituant une autre plus conforme avec les vrais intérêts du peuple nord-américain et avec les règles de respects qui doivent primer dans les relations entre des Etats souverains. Leurs tentatives continuent de se heurter, toutefois, à l'opposition opiniâtre d'une minorité puissante.

Les deux chambres du Congrès avaient, l'an dernier, adopté à la majorité un projet de loi qui aurait modifié dans une certaine mesure le blocus. Or, violant des procédures démocratiques élémentaires, les leaders de la Chambre des représentants ont dénaturé le texte adopté pour imposer une formule qui contredisait ouvertement la volonté de cette majorité.

Cet été, la Chambre des Représentants a adopté par une large majorité des propositions de lois appelées à faciliter les exportations et à éliminer l'interdiction faite aux Nord-américains de voyager à Cuba, ainsi qu'à rectifier les éléments négatifs imposés arbitrairement l'année précédente. Même si ces propositions n'entraînent pas la levée complète du blocus, ce sont là des pas importants dans la direction correcte auxquels nous applaudissons.

Quoi qu'il en soit, le président Bush s'était hâté d'annoncer qu'il imposerait son veto à tout projet de loi visant à modifier la politique en vigueur : le 20 mai dernier, dans un discours agressif et marqué par la volonté d'ingérence prononcé à Miami, il a affirmé : " Les Etats-Unis continueront de faire appliquer les sanctions économiques contre Cuba. "

Cette position est de plus en plus isolée. Le chef de la majorité républicaine à la Chambre, qui a toujours voté contre Cuba et a été la cheville ouvrière des manigances parlementaires destinées à maintenir le blocus, a reconnu récemment à quel point cette politique était irrationnelle et en a pronostiqué la fin imminente.

Les prétendues " sanctions " s'appliquent aussi à des organisations et à des citoyens des Etats-Unis. L'administration Bush ne menace pas seulement de mettre son veto à des projets qui disposent du soutien solide des deux chambres et qui répondent à des demandes d'une bonne partie de la population : elle mène des actions qui contredisent la volonté expresse des élus et les aspirations légitimes de ceux qui ont inspiré ces initiatives au Congrès. Tandis que ceux-ci approuvent des mesures visant à faciliter le commerce, l'organisme chargé de mettre le blocus en pratique fait le contraire et annonce de nouvelles conditions et dispositions obligatoires pour les exportateurs et restreindraient leurs ventes ; tandis que le Congrès se prononce à la majorité pour la liberté des voyages, l'administration ajoute de nouvelles restrictions, menace de punir ceux qui auraient exercé un droit reconnu par la Constitution et refuse le visa à des groupes d'artistes et d'intellectuels cubains, entravant d'importantes activités culturelles ou scientifiques organisées aux Etats-Unis.

La minorité anti-cubaine, à l'abri des rapports privilégiés qu'elle maintient avec l'administration actuelle, va toujours plus ouvertement contre les vrais intérêts de la nation nord-américaine. Elle est parvenue à placer à des postes clefs des individus sans scrupules, des calomniateurs professionnels qui ressassent jour après jour des mensonges ridicules auxquels personne ne croit, des déclarations irresponsables et mensongères destinées à fabriquer de toutes pièces un conflit bilatéral qui lui permettrait de réaliser son vieux rêve : s'emparer des terres, des logements et de tout ce qui appartient au peuple cubain. Isolée et vaincue politiquement, elle redouble d'hostilité envers Cuba et s'accroche à ses plans visant à recourir contre elle à la violence et au terrorisme.

Cinq jeunes Cubains ont été injustement condamnés pour avoir agi contre des groupes terroristes notoires qui opèrent à Miami en toute liberté. On les traite avec une cruauté abominable au point de les priver, eux et leurs familles, du droit de visite. Leurs avocats, soutenus par des juristes nord-américains de renom, ont réclamé un nouveau procès qui soit à même de réparer les graves violations commises dans le premier.. Cette motion présentée aujourd'hui au Tribunal fédéral du sud de la Floride mérite le soutien de tous puisqu'elle permettra le rétablissement du droit dans un dossier d'importance vitale. Ceux qui insistent pour détruire le peuple cubain exercent bien entendu des pressions et manigancent pour empêcher que la vérité ne se fasse jour et que prime le Droit dans un cas d'une importance vitale dont la quintessence est justement l'attitude adoptée, non d'une façon purement rhétorique, mais bel et bien dans les faits, face au terrorisme et à ses complices.

Je ne m'appesantirai pas ici sur les dommages causés à notre économie ni sur les graves préjudices infligés à la vie et au bien-être de tous les Cubains, ni sur les innombrables violations du droit international et du droit de tiers que le blocus a provoquées durant quarante ans et dont attestent les documents distribués ici. La décision qu'adoptera aujourd'hui l'Assemblée générale rendra justice au peuple cubain qui a beaucoup souffert des conséquences d'une politique injuste, illégale et contraire à la raison et à la morale. Le peuple cubain a résisté et continuera de le faire parce que rien ne le fera renoncer à son indépendance et parce qu'il ne consentira jamais à ce qu'on lui arrache ses droits nationaux et qu'on détruise l'œuvre de justice qu'il a créée à force d'abnégation et de ténacité.

Par son vote, l'Assemblée générale défendra aussi tous les Etats dont la souveraineté et les intérêts légitimes sont violés par ceux qui s'attribuent des facultés que nul ne leur a concédées et qui prétendent, au mépris de tout droit, dicter leurs propres règles au monde entier et les faire appliquer au-delà de leurs frontières.

Mais la résolution que nous adopterons aujourd'hui sera aussi un appui au noble peuple nord-américain et à tous ceux qui, aux Etats-Unis, s'efforcent d'amender une politique que le monde censure, qui est irrationnelle, que rien ne justifie et dont l'échec est d'ores et déjà inscrit dans les annales de l'histoire.