Cuba Solidarity Project : l'histoire d'une tentative de crime humanitaire


Cuba et le syndrome du divorcé européen de gauche.

Cuba et le syndrome du divorcé européen de gauche.

Face aux censeurs de Cuba, inutile de s’égosiller dans des interrogations rationnelles frappées au coin du bon sens. Du genre :

Pourquoi êtes-vous si discrets en apprenant que, toutes les 7 secondes, un être humain meurt de faim (aucun Cubain) ?

Pourquoi ne remarquez-vous pas que le premier des droits de l’Homme (celui de ne pas mourir avant l’âge de 5 ans) est mieux garanti à Cuba que dans n’importe quel pays pauvre ?

Pourquoi ne clamez-vous pas que l’éducation est un remarquable succès à Cuba (Quoi? une dictature qui voudrait rendre le peuple intelligent au lieu de l’abrutir pour mieux le soumettre ? ).

Pourquoi ne vous extasiez-vous pas en apprenant que le système de santé cubain protège tous ses citoyens (des malades d’autres pays pauvres vont se faire soigner dans l’île) ?

Comment ne vous étonnez-vous pas que la recherche, dans ce petit pays, impressionne les chercheurs internationaux (pas la presse internationale, hein !), que des vaccins soient découverts et brevetés ?

Qu’est-ce qui vous empêche de vous demander pourquoi l’espérance de vie (qui stagne dans bien des pays pauvres, qui recule dans d’autres et dans les pays de l’ancien bloc socialiste) progresse à Cuba ? Echappe-t-il à votre perspicacité que, par acharnement médiatique quasi-quotidien, Cuba, avec ses 11 millions d’habitants, est plus étrillée dans la presse française que l’ensemble des pays du tiers monde, y incluse les dictatures sanguinaires dans lesquelles on a vu l’armée et la police massacrer, torturer, faire disparaître, tandis que les dirigeants pillaient le trésor et vendaient terres, immeubles, banques et usines aux riches voisins ?

Par quel bogue cérébral ne vous vient-il pas à l’esprit de pétitionner pour que les bourreaux (Argentins, Chiliens, etc.) soient traduits devant la Justice de leur pays ?

Comment vivez-vous le fait que la France accorde en silence un asile sûr à Bébé Doc depuis 1986 ?

Et, pendant que vous réfléchissez à ces questions impertinentes, souffrez qu’un esprit cartésien vous en pose une dernière qui les englobe : trouvez-vous normal de reconnaître du bout des lèvres et en deux mots tous les acquis cubains (sans lesquels les droits de l’homme sont formels) avant de céder à une interminable logorrhée tonitruante, sur les échecs, les retards, ou les restrictions largement induites par les menaces US ? Induites par la menace US ? Vous en convenez à lèvres fermées pour mieux oublier aussitôt.

Ecoutez-vous parler : vous retenez vos mots sur les dispositions qui font qu’un bébé, au lieu de mourir, va devenir un adulte instruit et bien portant. Vous convenez dans un souffle rétif que, partout ailleurs, en Amérique latine et aux USA même, on trouve des malheureux crevant de misère dans la rue, analphabètes sans le sou, protégés du froid par des feuilles de journaux en vente libre. Puis, très vite et très fort, vous viennent mille discours sur ce que les Cubains auraient, dans le domaine économique et dans le débat d’idées, si vous dirigiez vous-même le pays.

Que le puissant et belliqueux voisin condamne Cuba à une de ces crispations de rigueur en situation de pré-guerre vaudra à peine d’être noté.

Un mot furtif vous sera-t-il arraché pour reconnaître qu’un pays minuscule, si près d’un géant, a su (phénomène unique) garantir son indépendance? Oui, si l’acquiescement discret est suivi d’un tombereau de sarcasmes pour se moquer des appels gouvernementaux au patriotisme.

Vous appliquez à Cuba la recette du pâté d’alouettes : un cheval de reproches pour le manque de pluralisme, une alouette d’approbation pour les succès vitaux. Une alouette de dénonciation des agressions US, un cheval de reproche contre les mesures prises pour survivre dans ce contexte. Et voici quelques exactions, monstrueuses par leur accumulation, sur lesquelles votre discrétion est étrange. Donnons-leur un titre : Agressions US contre Cuba.

Interdiction aux entrepreneurs de pays tiers de commercer avec des entreprises cubaines nationalisées après avoir été américaines, ports US interdits pour six mois à tous de cargos qui auraient touché des ports cubains, interdictions aux entreprises des pays tiers ayant des capitaux nord-américaines de vendre à Cuba, interdiction d’importer aux USA des marchandises pouvant contenir de matières premières cubaines, interdiction, sauf dérogations spéciales, aux scientifiques américains de publier des articles à Cuba, interdiction de laisser Cuba accéder au système financier nord-américain et international, interdiction aux touristes US de visiter Cuba. Chaque jour, des ambassades US interviennent dans le monde entier pour que les Etats et les entreprises ne commercent pas avec Cuba (au besoin, ils les rachètent) et pour empêcher l’île d'obtenir le moindre nouveau marché ou de recevoir un prêt. Des actifs cubains sont séquestrés dans des banques nord-américaines. Le droit international qui protège les marques et brevets cubains est violé aux USA. La « loi d'ajustement cubain » stipule que tout cubain arrivant illégalement aux USA, même par prise d’otages reçoit un visa et des aides, les USA rechignent à organiser une migration en bon ordre entre les deux pays et inondent l’île d’émissions de télévision et de radio illégales. Des organisations terroristes, siègent en Floride, y possèdent des camps d'entraînement et envoient sur l'île, avec la complicité passive des autorités américaines, des commandos armés commettre des attentats. Cuba figure dans la liste US d'Etats parrainant le terrorisme et, de ce fait, est un « pays cible », un « pays ennemi » susceptible d’être attaqué à tout moment. Les USA orchestrent au niveau mondial des campagnes de diffamation accompagnées de pressions sur les organismes internationaux.

Au début de 2003, James Cason, représentant les intérêts des USA à La Havane, a créé à Cuba « Un parti de la jeunesse libérale ». Les USA occupent illégalement une partie du territoire cubain à Guantánamo. Ils y retiennent, y questionnent, y torturent, hors de tout contrôle, plus de six cents prisonniers, dont des enfants de 13 ans.

Les USA violent le droit international en n’appliquant pas les résolutions que l’Assemblée générale de l’ONU adopte régulièrement et qui exigent la levée du blocus (en 2003, 179 voix pour la levée, 3 contre). Ils violent les conventions de Genève (qui condamnent l’interdiction des livraisons de médicaments et de nourriture au pays ennemi).


Vous l’ignoriez ? Alors, pourquoi parler ? Vous le saviez ? Alors pourquoi vous taire ?

Bref, avec quoi raisonnez-vous ?

La réponse est sidérante : avec les tripes. On tape sur Cuba parce qu’on l’a aimé. Ainsi disent Fabius (« Cuba, l’île de nos rêves brisés »), Régine Deforges (« nous ne lui pardonnons pas d’avoir brisé un rêve ») et bien d’autres.

Voilà. Inutile d’espérer un raisonnement cohérent, un exposé judicieux, une production de chiffres, une analyse géopolitique, une vision globale. Non ! puisque c’est subjectif. Cuba les a déçus. C’est le syndrome du divorcé. Mon mari (ma femme) que j’ai tant aimé(e) et qui n’avait à l’époque que qualités, a changé (à mes yeux). L’usure du couple, la routine, les évolutions différentes au cours des ans, l’amoindrissement du désir sexuel, l’appel d’autres sirènes. La vie, quoi !

Le démissionnaire expose d’autant plus volontiers ses griefs dans la presse des grandes puissances que l’autre partie n’y a pas accès. Dame ! dans une séparation, c’est le partant qui a le plus besoin de se justifier, surtout quand l’autre est cerné par la plus effrayante armée que la terre ait jamais connue.

Demain, si le domicile conjugal est rasé avec les enfants dedans, il se trouvera heureusement des amis de la famille pour demander des comptes aux amoureu(ses)x versatiles qui ont donné un prétexte aux chars.

Ceux-là auront perdu le droit de pleurer et de s’approcher des tombes.

Maxime Vivas
Décembre 2003