RSF : Les Fonds gouvernementaux ternissent l'objectivité d'une organisation Northern California Media Guild,11 mars 2005
RSF : Les Fonds gouvernementaux ternissent lobjectivité dune organisation
par Diana Barahona - Guild Reporter.
Au cours de lannée dernière, les articles dans la presse états-unienne portant sur la liberté de la presse ont de plus en plus mentionné une organisation basée à Paris, Reporters Sans Frontières (RSF). Effectivement, malgré sa petite taille et labsence de principes clairement affichés, RSF a réussi à obtenir la même reconaissance que le Comité pour la Protection des Journalistes basé à New-York qui peut se vanter de compter Walter Cronkite, Dan Rather et Tom Brokaw dans son conseil dadministration.
Il est certain que RSF a adopté de nombreuses causes chères aux journalistes états-uniens. Par exemple, elle était parmi les organisations qui ont demandé le plus fermement au Pentagone une enquête sur le bombardement de lhotel Palestine, où deux journalistes trouvèrent la mort de façon inexpliquée. Plus récemment, elle a critiqué les procureurs qui sen sont pris à Judith Miller, Matthew Cooper et dautres journalistes qui refusaient de révéler leurs sources.
Mais RSF, contrairement à CPJ, est largement financée par des gouvernements, ce qui soulève des questions sur son objectivité. Un examen plus précis des combats menés par RSF - et ceux quelle ignore - suggère fortement un parti pris politique orienté en foncion de ses bailleurs de fonds. Malheureusement, lorganisation semble réticente à aborder ce sujet : le représentant de RSF à New York, Tala Dowlatshahi, mit fin à une conversation téléphonique lorsque la question fut posée de savoir si loganisation avait demandé lannée dernière des fonds gouvernementaux US autres que ceux déjà accordés par le National Endowment for Democracy.
Peut-être plus révélateur est le parti pris évident de lorganisation sur Haiti. RSF exprima son soutien au renversement du président Haitien, le 29 février 2004, par des forces franco-étatsuniennes et dans le même temps recevait 11 % de son budget du gouvernement français (397.604 euros pour 2003). Selon un journaliste basé à Haiti, Kevin Pina, lorganisation na parlé que des attaques contre les radios dopposition, tout en ignorant les attaques contre dautres journalistes et animateurs, afin de créer limpression dune violence détat provoquée par les partisans dAristide.
RSF a attaqué Aristide pour les meurtres non résolus de deux journalistes, le qualifiant de "prédateur de la liberté de la presse", puis a salué son départ en juillet 2004 dans un article intitulé "La liberté de la presse retrouvée : un espoir à entretenir" . "un vent de liberté souffle de nouveau sur les stations de la capitale haïtienne" proclamait larticle, ajoutant quAristide - qui navait pas darmée - planifiait un "Un final "néronien" " à la crise qui fût déclenchée par linvasion, depuis la République Dominicaine, de 300 paramilitaires armés de fusils M-16.
Mais RSF est restée silencieuse sur les lendemains sanglants du coup détat, même devant les attaques répétées de journalistes. Par exemple, la mort du journaliste de radio Abdias Jean dans un bidonville de Port-au-Prince au mois de janvier dernier, tué par la police, est passée inaperçue auprès de lorganisation, tout comme lagression par des coups de feu tirés contre le journaliste Raoul Saint-Louis au mois de février et après quil ait reçu des menaces de mort et qui doit désormais vivre caché. En fait, à la différence de sa campagne résolue contre Aristide, RSF ne trouve rien à dire sur le gouvernement actuel.
Pina affirme que les histoires racontées dans la presse sur la perte de soutien dAristide et le recours à des gangs pour saccrocher au pouvoir étaient une manipulation dune opposition créée par le Département dEtat des Etats-Unis et les médias nationaux et internationaux. La version de lhistoire que les médias - et RSF - ont refusé est celle dun président très populaire et dune population qui voulait le voir terminer son mandat. Les opposants dAristide ont organisé de grandes manifestations que les médias ont retransmises avec zèle tout en ignorant les manifestations pro-Aristide bien plus nombreuses ; dans le même temps, le plus grand parti politique du pays, Lavalas, fût décrit comme une bande de voyous.
RSF a aussi critiqué le président du Venezuela, Hugo Chavez , accusé davoir critiqué les médias privés. Le conflit entre ladministration Chavez et les médias remontent à avant avril 2002, lorsque les quatre chaines de télévision privées ont activement aidé et soutenu un coup détat militaire contre le gouvernement. La nuit du coup détat, après des mois de diffusions de discours anti-Chavez et des appels pour "un gouvernement de transition", la station du patron de médias Gustavo Cisnero accueillaient des réunions de comploteurs - dont le futur dictateur Pedro Carmona.
Le président de lAssociation des Télévisions Venezueliennes signa un décret pour dissoudre lassemblée nationale, et pendant deux jours les télés ont censuré les informations sur lenlèvement du président et la reprise du palais présidentiel par des troupes loyalistes appuyées par des milliers de partisans dans les rues. Aucun propriétaire ou responsable de chaine na été poursuivi ou ne sest vu retirer sa licence démettre ; cependant, RSF continue de se ranger du côté des médias privés et contre un Chavez "authoritaire".
Le 26 novembre 2004, RSF a publié un rapport critiquant une proposition de réforme de la loi sur laudiovisuel à lAssemblée Nationale du Venezuela ("Reporters sans frontières dénonce une régression de la liberté de la presse". Par pur hasard ou non, ce rapport a été publié deux semaines seulement après que RSF ait demandé une subvention auprès du U.S. National Endowment for Democracy (NED). Bien que le NED soit officiellement une agence privée, ses fonds sont versés par le Congrès et Controlés par le Département dEtat.
Lavocate des Droits de lHomme, Eva Golinger, a découvert que plus de 20 millions de dollars ont été versés par le NED et USAID aux groupes dopposition et médias privés du Venezuela, dont beaucoup avaient participé au coup-détat. Le NED a accordé à RSF prés de 40.000 dollars au mois de janvier dernier. Bien que lorganisation ait critiqué Chavez avant le coup détat de 2002 - bien avant le versement de la subvention - sa demande de subvention auprès dune agence du gouvernement des Etats-Unis qui tente de renverser le président Venezuelien pose de sérieuses questions sur lindépendence de RSF, et sur sa volonté de critiquer ses bienfaiteurs.
Ce qui nous amène à lIrak et le rapport de 2004 de RSF sur linvasion et ses suites, un rapport radoteur et contradictoire. Par exemple, le rapport signale que le renversement de Hussein "a ouvert une nouvelle ère de liberté... pour les journalistes Irakiens ;" dans le même temps, le International News Safety Institute signale que plus de 44 journalistes Irakiens et leurs assistants sont morts en couvrant le conflit depuis deux ans. De même, RSF affirme que le bombardement du Ministère de lInformation - un crime de guerre selon la Connvetion de Genève - "[mit fin] à des décennies dabsence de liberté de la press". Cette affirmation optimiste est suivie par 11 pages de compte-rendu sur des journalistes tués, blessés, disparus ou emprisonnés.
A leur crédit, le rapport de RSF ne fait pas totalement limpasse sur la mort de cinq journalistes étrangers par des forces US ou les attaques par missile contre les télévisions Al-Jazeera et Abu-Dhabi. Mais ces attaques et dautres contre la presse en Irak, comme la fermeture dAl-Jazeera, nont apparemment pas fait trop de mal aux Etats-Unis dans le classement de RSF sur la liberté de la presse dans le monde. Les Etats-Unis occupent une honorable 17e place. En comparaison, le Venezuela est en 77e position.
Mais un exemple révélateur sur la manière dont RSF modère ses critiques contre les Etats-Unis est lexemple de lenlèvement du cameraman dAl-Jazeera Sami Al Haj. Al Haj a disparu en décembre 2001, lors dun reportage en Afghanistan, pour se retrouver dans le camp de concentration de Guantanamo, où il est toujours enfermé. Non seulement Al-Haj a physiquement disparu, mais a aussi disparu toute référence à lui sur le site internet de RSF, où il nest mentionné quune seule fois depuis un communiqué sur Al-jazeera du 27 janvier. Par contraste, RSF lance régulièrement de grandes campagnes pour les journalistes européens enlevés par la résistance Irakienne.
Diana Barahona
Source : www.newsguild.org/gr/gr_display.php ?storyID=2213