«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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CINQ DE MIAMI
Quand Bush sauve un terroriste et séquestre ceux qui le poursuivent
par ALLARD Jean-Guy
9 novembre 2005

POSADA ET LES CINQ, SEPT ANS PLUS TARD

Quand Bush sauve un terroriste et séquestre ceux qui le poursuivent

PAR JEAN-GUY ALLARD, de Granma international

Les 12 et 13 juillet 1998, le quotidien The New York Times, offrait à ses lecteurs une entrevue que beaucoup de journalistes rêvaient de mener : dans l’île antillaise de Aruba, son as reporter Ann Louise Bardach était parvenue à converser durant plusieurs heures avec le terroriste le plus dangereux de l’hémisphère, Luis Posada Carriles. Plus encore, le vieil assassin lui a confessé qu’il était l’auteur des attentats de la Havane et que la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) de Miami avait décidé et financé l’opération. Après une telle révélation, il ne restait plus au FBI qu’à arrêter les coupables.

Pour la police fédérale nord-américaine, célèbre mondialement grâce à tant de films qui la présentent comme le summum de l’efficacité policière, la table était montée. On n’avait plus qu’à déguster.

Déjà, le mois antérieur, le 16 juin précisément, après plusieurs échanges avec le gouver-nement cubain, une délégation officielle du FBI avait voyagé à La Havane. Celle-ci compre-nait deux officiers du plus haut niveau, experts en terrorisme. On avait alors remis des renseignements précis à ces deux spécialistes, avec des films, des enregistrements et même des preuves matérielles, des échantillons d’explosifs au sujet des activités de 40 terroristes cubano-américains notoires, présents en territoire nord-américain et impliqués dans des plans criminels dirigés contre l’île.

De sorte que le 12 juillet, l’article du New York Times vient tout confirmer. Les propos de Posada sont dévastateurs. Bardach écrit, textuellement, que « Posada a admis avec orgueil avoir été l’auteur des attaques à la bombe d’hôtels effectués l’an dernier ». Le terroriste les a qualifiées d’« actes de guerre » destinés à « semer le doute à l’étranger au sujet de la stabilité du régime, à faire en sorte que Cuba pense qu’il avait des agents dans les forces armées et pour stimuler l’opposition interne ».

Quant à la mort d’un touriste italo-canadien, Fabio di Celmo, à l’hôtel havanais Copacabana, Posada parle d’un « accident fortuit », ajoutant : « Cet Italien était assis au mauvais endroit au mauvais moment ». Comble de cynisme, Posada précise qu’il a « la conscience tranquille ».

« Je dors comme un bébé », dit-il avec le sourire.

Pour réaliser son spectaculaire reportage, Bardach a utilisé des dossiers de la CIA et du FBI lui-même, des témoignages de plus de 100 personnes et « plus de 13 heures d’enregistrement d’entrevues avec Posada ».

Le 23 juillet 1998, le Miami Herald publie un article accusateur intitulé « Les complots anti-castristes mènent rarement en prison, aux Etats-Unis ». « Au milieu de rapports, selon lesquels des leaders de l’exil cubain ont financé des attentats à la dynamite à La Havane, des procureurs, des conspirateurs et des policiers se sont dits d’accord pour affirmer que les conspirations anticastristes dans le sud de la Floride non seulement sont communs, sino tolérées », écrit alors le commentateur bien connu Juan A. Tamayo.

Et, après avoir cité quelques cas, il ajoute : « Durant des années, la politique tacite des agences policières a été d’épier les militants anti-castristes et de rompre leurs conspirations plutôt que de les inculper, ont dit plusieurs procureurs, actuels et anciens, de la région ».

Comble des combles, le 2 août, Posada Carriles, à l’émission Polos Opuestos de la chaîne CBS Telenocias, déclare ouvertement avoir l’intention de faire encore plus d’attentats.

Il précise qu’il attaquera des installations cubaines « dans et hors de l’île ».

Et il applique ce qu’il prêche. On apprendra que quelques jours avant d’accorder cette dernière entrevue, Posada a effectué une réunion à l’hôtel Holiday Inn, dans la ville de Guatemala, pour planifier l’introduction d’armes et d’explosifs à Saint-Domingue.

Pourquoi Saint-Domingue ? C’est que l’on a annoncé qu’aura lieu à cet endroit, entre le 20 et le 25 août, le sommet de CARIFORUM, et que l’on prévoit la présence du président cubain Fidel Castro.

Septembre arrive.

Il faudrait bien que le FBI bouge, qu’il fasse quelque chose. Posada a tout confessé. La presse signale l’inertie policière. N’importe quel responsable de l’ordre public, dans n’importe quel recoin du monde, se précipite pour montrer qu’il a bien en main le contrôle de la situation.

Mais nous sommes à Miami, ville sans loi de la Floride du sud.

Ici règne une cupula, une camarilla, un cénacle de mafieux ventrus, héritiers directs des politiciens corrompus et de ces ex-sergents qui gouvernaient la Cuba des années cinquante.

Le 12 septembre 1998, le chef du FBI de Miami, Hector Pesquera, ordonne une gigantesque opération, selon toutes les règles du meilleur scénario policier d’Hollywood. Des dizaines d’agents, armés jusqu’aux dents, avec tout le cirque de la police impériale, envahissent les foyers de patriotes cubains infiltrés dans des groupes terroristes de Miami, pour les lancer au sol et les amener menottés, sous les yeux de leurs enfants effrayés.

Enfermés durant 17 mois dans des cellules spéciales de punition, ceux qui tentaient de contrecarrer les plans terroristes de Luis Posada Carriles et de ses complices, doivent ensuite faire face à un procès truqué en plein Miami et reçoivent des condamnations absurdes avant d’être expédiés dans cinq prisons distinctes de l’immense territoire nord-américain.

Le 26 octobre 2005, le Nuevo Herald de Miami annonçait, avec une satisfaction évidente, que Luis Posada Carriles « a monté d’un autre échelon légal dans sa bataille contre la déportation après la décision du gouvernement des Etats-Unis de ne pas en appeler d’une décision judiciaire qui empêche de l’envoyer à Cuba ou au Venezuela ».

« La date limite pour l’appel du dossier est passée sans que les représentants du Département de la sécurité du territoire (DHS) dépose un recours légal contre la décision émise par le juge d’immigration William L. Abbott, le 26 septembre dernier », précise le quotidien mafieux.

Dans le cas des Cinq dont le procès a été annulé par la Cour d’appel d’Atlanta, le Procureur général, même en sachant qu’il le fait inutilement, a demandé au même tribunal une révision de sa décision. Ce qui lui permet, sous le règne d’une justice apparemment hérité de l’époque du Far-West, de garder ces cubains séquestrés dans cinq prisons différentes du pays.

Et cela quand cette décision a été déclarée illégale par un groupe d’ éminents juristes de l’ONU.

Le méchant continuera-t-il à s’en tirer et les bons à souffrir ? Dans les scénarios du cinéma reaganien de Bush, on ne prévoit pas de « happy endings » quand il s’agit d’appuyer les copains des marais de South Florida, Mais tôt ou tard, la justice universelle finira par triompher.

http://www.granma.cu/frances/2005/noviembre/mar8/46posada.html



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