«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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RSF
RSF : Un positionnement partisan de plus en plus décrié
par divers
19 mai 2006

Publié dans l’édition du mardi 16 mai 2006

L’association "Reporters sans frontières" que dirige Robert Ménard, présente comme chaque année un album de photographies destiné, nous dit-on, à financer ses soutiens à des journalistes en difficulté à travers le monde. Un "pieux mensonge", selon plusieurs journalistes français et américains du Nord et du Sud, qui dénoncent depuis plus de 3 ans l’instrumentalisation de RSF. La controverse enfle de part et d’autre de l’Atlantique : RSF est-il devenu un mercenaire de la "démocratie" made in USA ? RFO n’en a cure et donne (journal Info-soir du 3/5/06) une version unilatérale, partisane, qui est une véritable insulte à la liberté d’informer.

IL y a bien des façons d’aider la liberté de la presse à travers le monde. Au nom de quoi Reporters sans frontières pourrait-elle truster une quelconque exclusivité sur ces formes de solidarité ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la polémique enfle au sujet des pratiques de RSF à travers le monde et des sources d’une part importante de son financement. Plus la controverse enfle, plus RSF s’enferme dans le cynisme et la mauvaise foi, comme en témoigne sa campagne 2006. Un seul exemple, inspiré par la partialité de RFO : alors que plusieurs dizaines de journalistes sont morts à travers le monde, mais pas à Cuba, Fidel Castro est présenté comme l’un des principaux "prédateurs" de la liberté de la presse. Le document publié par RSF sur la presse à Cuba ("Le printemps noir, 3 ans après", mars 2006) est un bel exemple de "restriction mentale" et de mensonge par omission : on ne sait rien des "dissidents" présentés par Benoît Hervieux. Pourquoi tant de CN-haine ?* Une enquête de journalistes parue au Québec (1) tend à démontrer que, depuis 1998, le journaliste français Robert Ménard est en contact avec des agents des services secrets et les milieux d’extrême droite anti-castristes à Miami, impliqués dans la guerre larvée que les États-Unis livrent à Cuba depuis plus de 40 ans. Reporters sans frontières continue à jouir, en France, d’une honorable réputation, en grande partie préservée par le silence qu’observent la plupart des grands médias français sur les critiques que formulent des médias latino-américains, accusant RSF d’être à la solde de la NED/CIA (2) . Le livre québecois révèle aussi les liens entre Robert Ménard et quelques grandes fortunes des médias français : les raisons de son "immunité" française ? Après avoir longtemps nié (3) , Robert Ménard a fini par reconnaître, dans un Forum Internet du Nouvel Observateur, en avril 2005, ( www.nouvelobs.com/forum/archives/forum_284.html ) que RSF recevait bien de l’argent de la NED. "Cela ne nous pose aucun problème", ajoute-t-il. Et pourtant...

RSF : "un soutien qui s’exerce avec une partialité certaine"

Initialement créée pour financer des reportages de journalistes sur des actions humanitaires de diverses ONG à travers le monde, Reporters sans frontières est devenue depuis quelques années une organisation internationale dont l’affichage est le soutien à des journalistes dont on nous dit qu’ils sont réprimés dans leur pays. Mais on ne nous dit pas que ce soutien s’exerce avec une partialité certaine. Le journaliste-écrivain chilien, Ernesto Carmona, a révélé l’an dernier que RSF a refusé son soutien au journaliste mapuche (Indien du Chili) Pedro Cayuqueo, arrêté par les carabiniers pour avoir vendu son journal (Azkintuwe) à la porte de l’Université "La Frontière", à Temuco. Les faits, rapportés dans un dossier détaillé au siège parisien et à l’agence madrilène de RSF, n’ont obtenu qu’un commentaire méprisant : ce ne serait pas un problème de nature journalistique. Tous les griefs des journalistes sud-américains évoqués plus haut, sont étayés par des prises de position de RSF contre les courants d’opinion dénonçant les opérations de déstabilisation menées par les États-Unis et par ses agents en Amérique latine, en particulier à Haïti, au Venezuela et à Cuba. Cette partialité a conduit le comité international des ONG à retirer à RSF son accréditation au Conseil Économique et Social (Ecosoc) des Nations-Unies, après l’irruption de l’association dans une session de la Commission des droits humains, en juillet 2003. (Des détails avec Thierry Meyssan, "Quand RSF couvre la CIA", réseau Voltaire, 25 avril 2005, http://www.voltairenet.org/article16888.html ) Ce sont surtout les enquêtes sur le financement de RSF qui, en éclairant le rôle joué par cette association, ont fait rebondir la polémique. La journaliste nord-américaine Diana Barahona a démontré, dans un article paru le 11 mars 2005 dans le Northern California Media Guild, que RSF reçoit des fonds de la National Endowment for democracy (NED) : "L’avocate des Droits de l’Homme, Eva Golinger, a découvert que plus de 20 millions de dollars ont été versés par la NED et USAID - United States Agency for International Development, NDLR - aux groupes d’opposition et médias privés du Venezuela, dont beaucoup avaient participé au coup d’État. La NED a accordé à RSF près de 40.000 dollars au mois de janvier 2005... ", écrivait alors la journaliste californienne, citée dans un article récent qui fait état des menaces - la chose ne manque pas de piment ! - de RSF contre... la liberté d’expression, à la suite de l’article paru le 6 avril 2006 dans le quotidien Métro (4) . Il s’agit d’une interview de l’écrivain français Maxime Vivas sur son livre "Les États-Unis, de mal empire" (5) dans laquelle incidemment l’écrivain toulousain dénonce la collusion entre RSF et le Département d’État américain et le financement de l’association de "journalistes indépendants" par une série d’associations écran. Il dit très exactement ceci : "... la pluralité de la presse qui ne vaut rien si l’information est toujours la même, si elle n’est pas un contre-pouvoir... n’en déplaise à Reporters sans frontières. RSF, qui ne s’occupe que de la presse pauvre dans les pays pauvres, a quand-même été la seule ONG à féliciter Pedro Carmona après son coup d’État contre Chavez, remis au pouvoir par le peuple 48 heures plus tard. Belle leçon de démocratie de la part d’une ONG financée par des officines écrans de la CIA !" (6).

Lumière sur les fonds de RSF

Nous n’avons pas entendu que RSF ait porté plainte contre les journalistes américains à l’origine de la polémique, pas même contre Jean-Guy Allard - un "stalinien", selon RSF - qui rappelle, dans l’article de Granma, les déclarations de l’ex-agent de la CIA, Philip Agee - autre "stalinien" notoire ? NDLR -, au journaliste Jonah Gindin (25 mars 2005) sur les liens étroits existant entre la NED et la CIA, en particulier au Nicaragua, mais pas seulement (7). "RSF, c’est 7% de soutien aux journalistes opprimés et 93% de propagande impériale états-unienne", a conclu Thierry Meyssan, journaliste et président du réseau Voltaire dans un article récent récapitulant les liens existant entre RSF et la CIA par l’intermédiaire des associations bailleurs de fonds. L’orientation que RSF donnerait à ces fonds - d’après la controverse - mérite au moins une mise au point publique. RSF, selon ce que Robert Ménard a répondu aux confrères européens, gère un budget annuel de plus de 5 millions d’euros. L’écrivain Maxime Vivas attend toujours une réponse à sa demande adressée au médiateur de l’Union européenne, Nikiforos Diamandouros (8) , pour qu’une enquête fasse la lumière sur l’utilisation, par RSF des plus de 1 million 200.000 euros reçus de l’UE par cette organisation, qui par ailleurs collecte plus de 2 millions d’euros par an auprès du public français. Un public largement sous-informé de l’utilisation que RSF est accusé de faire de l’argent qui lui est confié. Nous n’avons pas les moyens, là où nous sommes, d’aller vérifier ce que disent les uns et les autres. Mais nous devions au moins faire état de la controverse (9) ; noter aussi que RSF se défend mal et rappeler que ce n’est pas en subventionnant les autoroutes du prêt-à-penser que l’on soutient la liberté d’expression des journalistes dans le monde.

P. David

* Trop facile, bien sûr... Mais cela est inspiré par la position de RSF dans le théâtre des opérations de la guerre en Irak et son déni de soutien au journaliste soudanais Al-Haj (Al-Djazira), emprisonné à Guantanamo, sans aucun motif donné officiellement. Selon Maxime Vivas, "le malheureux a disparu des rapports annuels 2004 et 2005 dans lesquels RSF liste tous les journalistes emprisonnés dans le monde" ( http://bellaciao.org/fr/mot.php3?id_mot=109 ).

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=15044


(1) Le Dossier Robert Ménard. "Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba", par Jean-Guy Allard et Marie-Dominique Bertuccioli, Lanctôt éditeur (Québec), 12 euros.

(2) Lire par exemple "Le dossier Robert Ménard" et "Quand Reporters sans frontières couvre la CIA" de Thierry Meyssan ; "RSF, la CIA et l’omerta : lettre ouverte au rédacteur en chef de Télérama", de Maxime Vivas et "Le côté obscur d’une ONG à frontières idéologiques", de Ernesto Carmona et Diana Barahona (en espagnol). La plupart de ces articles ont été repris par le réseau Voltaire. Voir aussi, plus loin, la référence à Metro.

(3) Jusqu’en octobre 2004 sur le même Forum du Nouvel Obs. Voir aussi "Dissidents ou mercenaires ? Des États-Unis à l’Europe pour déstabiliser Cuba", par la journaliste belge Katlijn Declercq et le journaliste colombien Hernando Calvo Ospina (Ed° EPO, 2000, 20 euros).

(4) Lire "Ménard a recours aux menaces" de Jean-Guy Allard, journaliste québécois vivant à la Havane, Granma internacional, 18 avril 2006.

(5) "Les États-Unis, De mal empire", essai, en collaboration avec Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj, éditions Aden (2005). Des nouvelles de la polémique sur le site http://bellaciao.org/fr/mot.php3?id_mot=109.

(6) A lire sur le site http://www.metrofrance.com.

(7) Voir http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1403 (ou, en français : http://vdedaj.club.fr/cuba/npa_agee_venezuela.html )

(8) Des détails sur le site http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=24672.

(9) Depuis Paris, RFO n’a aucune excuse. Mais il est vrai que cette cécité est le fait d’Elyas Akhoun, un "journaliste" qui s’est illustré dès ses débuts, sur RFO-Réunion, par une monstrueuse manipulation orchestrée depuis Saint-André. Sans aucune preuve, et sans aucune précaution, ce "journaliste" a imputé au PCR l’assassinat d’un ex-nervi du maire. Rien que cela !



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