«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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ANALYSES
Cuba : la plus grande muselière du monde
par VIVAS Maxime
3 juin 2006

Un moyen classique d’esquiver les critiques sur les désordres de votre maison est de déplacer le sujet en lançant un « Ailleurs, c’est pire ! »,

Les amis de Cuba me permettront de le dire fraternellement : ils tombent parfois dans ce travers qui pêche, non par fausseté, mais par systématisme.

Prenons un exemple. Les détracteurs de l’île des Caraïbes, guidés par la bannière étoilée d’une ONG (Organisation Néo Guignolesque) française qui arrondit ses fins de mois grâce aux dollars de l’Oncle Sam, pestent contre la qualité de l’information sur l’île.

- « Va voir à Guantanamo ! », s’égosillent aussitôt les nostalgiques du Che et les adulateurs de Fidel.

N’est-il pas trop facile de détourner ainsi contre l’adversaire le fameux : « Va voir à Moscou ! » ?

Certes, le Goulag tropical US est un terrifiant lieu de non droit où sont encagés par centaines des malheureux raflés dans des pays lointains.

Mais il n’est pas question de ça ici, présentement.

Certes, d’indiscrets téléobjectifs ont pu nous les montrer, à travers les grilles, dans leur combinaison orange, agenouillés, bandeau sur les yeux, casque sur les oreilles, moufles aux mains pour annihiler toute sensation et les rendre fous.

Intéressant, mais hors sujet.

Certes, des indiscrétions nous ont appris qu’à d’autres moments, ils étaient soumis sans interruption à des lumières crues et à des musiques assourdissantes.

Nous nous égarons.

Certes, d’autres tortures plus traditionnelles sont dispensées à l’abri de tout regard.

Assez de diversion, SVP !

Certes, ils font par dizaines une grève de la faim. On les attache et on les nourrit alors comme des oies.

N’essayez pas de m’embrouiller.

Certes quelques-uns parviennent malgré tout à se suicider, transgressant la loi de leur religion (dont le livre est jeté dans les W.C par de grands gaillards rigolards).

Assez ! Vous refusez la discussion.

Certes, la presse libre du monde libre ne peut s’approcher du royaume des bourreaux et des cages des victimes parmi lesquelles se trouve au moins un journaliste, oublié de ses confrères.

- Suffit ! Je ne vous parle pas des exactions passibles de tribunaux internationaux, de l’arbitraire, de la sauvagerie, du sadisme, de la torture, des crimes de guerre, je vous parle de l’information à Cuba. Donc, de la liberté. Donc, d’une des conditions du bonheur. Vous refusez ce débat ?

- Soit, allons-y. Nous avons, dans l’île en sursis (Bush étant empêtré ailleurs) quelques organes de presse (imprimés sur un papier de qualité moyenne, de pagination réduite) dont aucun n’appartient à un Américain ou à un banquier, ou à un marchand d’armes. Ils s’adressent à différents publics. Il existe une presse catholique qui publie sans contrôle préalable, librement, dès lors qu’elle n’appelle pas à l’Irakisation de l’île. Sur le plan de la permissivité, on croirait lire notre presse à la veille du déferlement des troupes nazies dans notre pays. En un peu mieux, peut-être.

Elle présente une double particularité : elle ne véhicule pas les thèses des ultralibéraux et, en même temps, elle permet aux lecteurs d’avoir une vue précise sur l’état de leur pays et du monde. Par exemple, ils sont au fait, à la fois des dernières accusations de la revue Forbes et des réponses de l’accusé (le reste du monde connaît plus le mensonge que sa réfutation), contrairement à près d’un tiers des Etats-uniens, ils savent que Saddam Hussein n’est pour rien dans l’effondrement des tours jumelles. Ils ont suivi de près le tremblement de terre au Pakistan et savent par qui des milliers de rescapés ont été soignés bénévolement. Ils n’ignorent rien du dérèglement climatique en cours, etc. Ajoutons que tous ou presque sont capables de situer la France sur une carte, connaissent notre Histoire et notre cinéma, lisent nos auteurs.

- Encore une diversion ! Je vous parle de ceux qui sont bâillonnés.

- Bien. Ils sont de deux sortes. La première est composée de citoyens de toute profession qui avaient créé dans leur cuisine une « agence de presse », qui vendaient leur plume à l’ennemi et étaient prêts à n’importe quoi pour des dollars. RSF les baptise « journalistes indépendants ». La rue cubaine les appelle « mercenaires ». Ils ne sont pas en prison pour délit d’opinion, mais pour intelligence monnayée avec une puissance étrangère, crime que tous les pays sanctionnent, les USA et la France y compris, même en temps de paix, s’ils sont de nature à favoriser un conflit. Voyez les articles 411-4, 411-6, 411-10 de notre Code pénal.

- Heu, et la deuxième ?

- J’éprouve pour elle une vraie compassion. Elle est composée des kyrielles de journalistes, dont plus de cent rien qu’à La Havane. Ils s’informent, écrivent, enregistrent, filment et leur travail, s’il est objectif, finit au panier. Poubellisé. Tout ! Toujours !

- Ah ! Vous y venez enfin !

- Je vous parle des correspondants étrangers qui sont employés par des médias du monde entier ou par des agences de presse internationales. Depuis 1959, date de la Révolution, il s’est passé à Cuba, disons, allez : deux ou trois choses positives. Les correspondants de presse en poste à La Havane les ont observées. Et que nous rapportent nos médias, à l’arrivée ? Que TOUT va mal depuis des décennies et que le pire est à venir. Vous avez déjà lu un article du Monde sur Cuba qui ne soit pas négatif ? De Libération ? Entendu ou vu une émission informative ? Ainsi, cette petite île du tiers-monde se développe malgré un terrible blocus, obtient dans de nombreux domaines des succès qui émerveillent les autres pays pauvres et qui sont salués par les organismes internationaux spécialisés, mais nous n’en savons rien. Les dépêches des journalistes envoyés là-bas ne passent pas, sauf si elles sont « tendance » (à charge). Censurées ! Par milliers !

Que fait Reporters sans oeillères ?

Alerte ! Des centaines de professionnels des médias sont pris en otages par la Pensée Unique !

Li-bé-rez nos ca-ma-ra-des des geôles du Mensonge Par Omission !

Lançons une pétition !

Le public a le droit d’être informé de ce qui va bien et de ce qui va mal à Cuba, des échecs et des réussites, des tâtonnements et des avancées. Il veut savoir ce que voient nos journalistes sur place et qu’ils n’ont pas le droit de nous communiquer impartialement à cause du sparadrap, virtuel mais étanche, posé sur leurs lèvres par les tenants d’un système économique que refuse ce peuple.

Arrachons les muselières de nos malheureux confrères !

Que les bouches s’ouvrent !

Et dans l’immédiat, un bon tuyau à ceux qui ne savent plus qui croire dans cette affaire. Si vous vous méfiez de la propagande gouvernementale cubaine (après tout, les Soviétiques nous ont bien roulés, alors le scepticisme peut se comprendre), si, à l’opposé, vos trouvez que le ton des « anticastristes » et trop ressemblant de celui de Le Pen et leurs informations trop inspirées des théories de Goebbels, si vous doutez pareillement de l’impartialité de notre presse, si vous vous demandez si RSF roule dans la roue de la CIA, essayez ce truc : lisez les informations relatives à Cuba dans les publications des grands organismes internationaux qui ne sont aucunement liés à une des parties : UNICEF, UNESCO, OMS, Amnesty International, rapports de l’ONU (PNUD, FAO.), voire des rapports d’organismes de l’ultralibéralisme : FMI, la banque mondiale, rapports officiels US, etc. (il y en a beaucoup d’autres). Voyez ce qu’ils disent de la petite île des caraïbes, comparez avec des pays comparables, en contexualisant (c’est-à-dire en tenant compte de l’environnement économico-politico-militaire).

Ainsi, vous constaterez que Cuba n’est pas l’enfer décrit par les médias «  libres » (ni le paradis dont je rêve) et nous reprendrons ce débat sur la liberté de la presse dont je ne prétends pas ici qu’il est épuisé. Pas davantage je ne soutiens que tout est bien là où vous dites que tout est mal. J’affirme simplement que l’on discute dans le brouillard tant qu’on n’extirpe pas de notre oil cette poutre plantée là par Rigolos Sans Finesse), officine trop indulgente pour les tenants d’un monde unipolaire et pour un président états-unien à qui Dieu a ordonné de libérer La Havane comme il a libéré Kaboul et Bagdad.

Et si, grâce à ma méthode, les peuples du monde entier, éclairés sur la véritable nature de Cuba, obtenaient la levée du blocus et le renoncement définitif des Etats-Unis à ce bout de terre voisin, si ainsi tout devenait normal à l’extérieur, je suis prêt à dresser avec vous l’inventaire des défauts internes.

Parce que, figurez-vous, je me le garde pour moi par solidarité face à la menace impériale mais, comme tout un chacun en France (mon coiffeur inclus) je sais très bien ce que je ferais, moi, si j’étais eux.

Maxime Vivas



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