«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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ANALYSES
Les pendus de Guantanamo ou comment être élu en 2007.
par VIVAS Maxime
13 juin 2006

« Il n’y a pas de suicide, il n’y a que des meurtres », disait Elsa Triolet.

Deux détenus Saoudiens, âgés de 19 et 22 ans, et un Yéménite, ont été retrouvés pendus samedi dans le bagne américaine de Guantanamo.

Émile Durkheim, le fondateur de la sociologie, distinguait quatre sortes de suicides parmi lesquelles le « suicide fataliste » qui intervient quand l’individu se heurte à un destin muré, sans échappatoire.

On pourrait penser que les trois malheureux qui croupissaient dans le centre de torture tropical sont des suicidés «  fatalistes ».

En vérité, ce n’est pas si simple !

Lundi 13 juin (à 15h, cela a changé ensuite dans l’après-midi) le moteur de recherche Google nous annonçait le drame avec ce titre :

« Actes de guerre par pendaison à Guantanamo » (en caractères gras et souligné).

Il faut savoir qu’environ 760 prisonniers sont passés par Guantanamo, 10 ont été inculpés et aucun n’a été jugé à ce jour.

Jusqu’ici, les statistiques officielles faisaient état de 41 tentatives de suicide commises par 25 détenus. Les dernières datent du 18 mai, lorsque deux prisonniers avaient ingéré des doses massives de barbituriques. Bill Goodman, du Centre pour les droits constitutionnels à New York, estime qu’un « désespoir grandissant » règne à Guantanamo : « Un système sans justice est un système sans espoir », dit-il.

La ministre britannique des Affaires constitutionnelles, Harriet Harman, a suggéré que le camp soit déplacé aux Etats-Unis ou bien fermé.

« Si tout y est parfaitement légal et qu’il ne s’y passe rien de mal, pourquoi ne se trouve-t-il pas aux Etats-Unis ? », s’est-elle interrogée sur la BBC. « Là, il se trouve dans un no man’s land légal. »

La fermeture du bagne de Guantanamo est réclamée par Amnesty international depuis janvier 2006, par l’ONU depuis février, par l’Union européenne depuis mai (RSF, malgré l’encagement d’un journaliste, ne la réclame toujours pas : ça viendra, il est des amitiés qu’il ne faut pas rendre trop voyantes). Le gouvernement cubain réclame la fermeture de la base tout entière, portion de son territoire occupée par la force.

Le commandant du bagne, le vice-amiral Harry Harris, a tenu une conférence de presse par téléphone pour assurer que ses troupes « s’étaient comportées magnifiquement » et que « les djihadistes (...) sont rusés, créatifs et résolus. Je ne crois pas que c’était un geste de désespoir, mais le fait d’une action concertée pour discréditer l’Amérique, un acte de guerre asymétrique contre nous ». Une autre responsable américaine, Colleen Graffy, chargée de la diplomatie publique au département d’Etat, a qualifié le geste des détenus de « coup de pub pour attirer l’attention ». C’est beau, c’est grand de cracher sur des cadavres à peine froids.

L’armée a fait savoir que leurs corps étaient traités « avec le plus grand respect ». C’est beau, c’est grand, c’est généreux de mieux considérer les cadavres que les vivants. Mais au fait, pourquoi être obligés de le préciser ? Crainte que l’opinion en doute ?

J’ai deux suggestions à faire aux hommes politiques français qui se montrent si vigilants sur les Droits de l’Homme dans les pays pauvres tout en contenant avec maestria leur indignation devant le comportement des USA. Je m’adresse-là principalement à tous les candidats potentiels à la présidentielle.

Suggestion N° 1 : Réveillez-vous ! Vous incarnez la patrie des Droits de l’Homme. Lancez une campagne de protestations. Organisez une manifestation. Nous serons tous dans la rue avec des banderoles : « Fermez Guantanamo ».

Suggestion N° 2 : Si vous craignez de passer ainsi pour des anti-américanistes primaires, une solution plus fine existe : soyez créatifs, résolus, motivés, effectuez un acte de guerre asymétrique contre les bourreaux, faites-vous un coup de pub : suicidez-vous. Vos corps seront traités avec le plus grand respect.

Mais si vous restez à la fois vivants, muets et timorés ne vous étonnez pas d’être méprisés par la « France d’en bas ».

Maxime Vivas



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