«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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RSF préfère l’Internationale à la chanson du Veau d’or.
par VIVAS Maxime
20 septembre 2006

RSF préfère l’Internationale à la chanson du Veau d’or

Dans une longue lettre ouverte publiée par le réseau Voltaire le 12 septembre 2006, RSF ambitionne de prouver la mauvaise foi de ses détracteurs. C’est surtout sa propre duplicité qu’elle y dévoile en filigrane.

RSF interroge : « Avons-nous jamais caché que le CFC nous subventionne ? »

Oui, la réponse est oui et en voici la preuve : RSF reçoit des dollars du CFC (Center for a Free Cuba) depuis 2002. Subventions cachées dans les comptes de 2002 et 2003. Elles sont apparues dans les comptes de 2004 après que le pot aux roses fut découvert par le réseau Voltaire. Voici ce que le « responsable de l’information » de RSF m’a confirmé par mail au mois d’août dernier :

« Sommes reçues du Center for a Free Cuba depuis 2002 (en euros) : 2002 : 24 970 2003 : 59 201 2004 : 44 315 2005 : 92 330. »

RSF s’insurge contre l’injuste accusation « d’acharnement » (les guillemets figurent dans son texte) contre Cuba, accusation qu’elle se fait fort de démolir et « une fois pour toutes ». Ô promesse faraude !

Et d’abord, l’argent de la National Endowment for Democracy (NED) et du Center for a Free Cuba (CFC) serait neutre comme la Suisse. RSF fanfaronne : que nos détracteurs « démontrent que recevoir de l’argent fait de nous l’obligé idéologique de [n]otre bailleur. » Ô inconscient défi ! Je le relève ici et plutôt vingt fois qu’une :

1- Par une lettre ouverte de RSF au président de l’Union européenne en février 2005 : RSF prétendait « travailler dès aujourd’hui à une transition démocratique » de Cuba et énumérait les interventions utiles dans les domaines politique, économique, social, culturel, de santé, ainsi que d’autres qu’elle désignait par « etc. » et qui pourraient bien être la police et l’armée.

2- Le 6 juillet 2005, sous le titre « Pourquoi s’intéresser autant à Cuba ? », RSF avouait d’emblée : « Cuba est, il est vrai, l’une de nos priorités. »

3 - En 2001, dans son livre « Ces journalistes que l’on veut faire taire », Robert Ménard se vantait : « Depuis 1996, notre investissement sur Cuba a été colossal, en termes financiers comme en énergie » (P.113). Et encore : « L’été 2000, nous avons monté une campagne agressive contre Cuba et la Tunisie… » (P. 162).

4 - RSF publie dans des magazines des pages de pub contre Cuba,

5 - RSF a occupé les locaux de l’Office de tourisme cubain à Paris le 3 avril 2003,

6 - RSF a organisé le 29 septembre 2003, au théâtre du Rond- Point des Champs-Elysées, une soirée anti-cubaine,

7 - RSF a ourdi une spectaculaire manifestation devant l’ambassade de Cuba à Paris le 2 avril 2004, munie de chaînes pour cadenasser les grilles,

8 - RSF a organisé une autre sauterie le 15 juin 2004 à l’Hôtel Intercontinental de Paris sur le même thème,

9 - RSF a procédé à des affichages anti-cubains sur la voie publique,

10 - RSF a traficoté la célèbre photo du Che pour le déguiser en CRS tapant sur le peuple,

11 - RSF a fait diffuser des messages publicitaires contre Cuba à la radio et des clips à la télé,

12 - RSF a rassemblé, le 10 octobre 2005, des manifestants déguisés en bagnards devant l’Unesco à Paris tandis qu’à l’intérieur un ministre cubain faisait entendre la voix des pays pauvres,

13 - Le journal états-unien El Nuevo Herald du 20 janvier 2004 rapporte les propos tenus à Miami par Robert Ménard : « N’a-t-on pas bloqué l’accès aux comptes que les terroristes avaient dans les banques européennes. Pourquoi ne peut-on pas faire cela dans le cas de Cuba ? »

14 - RSF a été exclue pour une période d’un an du Comité des Organisations Non Gouvernementales de l’ONU en raison de ses emportements anti-cubains,

15 - RSF a été condamnée par la Justice française pour les mêmes raisons,

16 - RSF est allée recruter sur place à La Havane des journalistes qu’elle a payés pour qu’ils écrivent contre leur gouvernement,

17 - Le 27 mars 2004, comme en écho à une suggestion publique du gouvernement US, RSF distribuait des tracts aux touristes en partance pour Cuba pour les dissuader de poursuivre,

18 - Dans un volumineux document rédigé en 2004 par Colin Powell et destiné à gérer Cuba sous protectorat US, RSF est la seule ONG citée en exemple,

19 - En 2003 à Genève et en 2005 à Tunis, RSF sera déclarée persona non grata lors des Sommets du Mondiaux sur la Société de l’Information (SMSI) organisés par l’Union internationale des télécommunications (UIT), agence spécialisée des Nations unies. Robert Ménard fustige alors les pays (Cuba en premier, mais pas les USA qui tuent des journalistes en Irak) dont les chefs d’Etat se conduisent « comme des salopards ».

20 - Les imprimés de demandes de subvention à la NED précisent l’utilisation qui doit en être faite. Lucie Morillon, la représentante de RSF à Washington a confirmé dans une interview que le contrat signé par RSF avec le CFC exige une action médiatique anti-cubaine en Europe.

Oui, RSF s’acharne contre Cuba. Oui RSF, « organisation payé par l’empire, cherche à déstabiliser l’île » et plus encore. Aucun autre pays au monde n’a subi un tel pilonnage obsessionnel. Oui, la NED et le CFC (que RSF présente innocemment comme une « organisation d’exilés cubains basée à Washington ») sont des officines écrans de la CIA. Nombre de figures historiques de la CIA y ont occupé des fonctions.

Oui, l’argent reçu par RSF provient, via des intermédiaires, de la Maison Blanche. Les finasseries selon lesquelles ces dollars sont politiquement purs, car débloqués par le Congrès sont affligeantes. En effet, les positions de la majorité bushienne (les Républicains) et de l’opposition (les Démocrates) sont identiques sur Cuba. Depuis que l’île s’est libérée des Espagnols, les USA n’ont qu’une politique qui se résume en une phrase : « Cuba est à nous ! ».

RSF ergote : des dollars, certes, mais si peu. Pardon, les dollars de la NED équivalent à eux seuls au total des cotisations annuelles versées par l’ensemble des adhérents de l’ONG.

Surprise à la table de Bush, RSF jure ne pas avoir repris deux fois de la dinde. Qu’importe ! La question est de savoir ce que vous faisiez là ! Que RSF ait tendu la main dans le Bureau Ovale, ait dissimulé l’argent dans ses chaussettes, prétende que ses financiers sont désintéressés, voila qui distingue cette ONG de toutes les autres.

Mais oublions Cuba. Parlons de Sami Al Haj, arrêté en 2001. Qu’a fait RSF depuis, hormis une ou deux déclarations polies dans lesquelles sont martelées les informations suivantes : il travaillait pour Al jazeera qui a interviewé Ben Laden ? Rien. Le malheureux Sami Al-Haj a disparu des rapports annuels 2004 et 2005 dans lesquels RSF liste TOUS les journalistes emprisonnés dans le monde. Interrogé à deux reprises sur ce cas lors d’une conférence au Québec, Robert Ménard réussira l’exploit de parler durant près de cinq minutes sans jamais prononcer le nom du journaliste et sans répondre à la question. Pendant ce temps, d’autres s’activaient et s’organisaient. Le 21 mai 2006, le site de soutien à Sami Al-Haj se réjouissait : « Notre action commence à porter. Reporters Sans Frontières réactive le dossier de Sami… ».

Son mutisme prolongé, RSF le qualifie aujourd’hui d’« erreur » et d’« oubli » tout en le justifiant : elle ne savait pas si Sami Al Haj avait bien « été arrêté en raison de sa qualité de journaliste » et « faute d’information », elle a « attendu ». Ô ridicule ! Pourquoi ne s’être pas renseigné, il y a presque cinq ans, auprès de l’avocat du malheureux, avocat que RSF se vante d’avoir contacté… en 2006 ? Et depuis quand RSF mène-t-elle d’aussi longues enquêtes sur les journalistes qu’elle va défendre ? A Cuba, il suffit qu’un ignare cupide installe dans sa cuisine un télécopieur pour que RSF lui accorde symboliquement le prix Albert Londres dans l’heure qui suit.

La vérité est que RSF s’est tue aussi quand la fermeture de Guantanamo était réclamée par Amnesty International en janvier 2006, par l’ONU en février, par l’UE en mai. Elle prétend en septembre« joindre sa voix » à la leur. Elle l’a effectivement fait en une phrase noyée dans un article, le 12 juin 2006. On attend le communiqué de RSF s’adressant aux USA et exigeant la fermeture. On attend même que Robert Ménard aille sur place ou, tout au moins, qu’il cadenasse les grilles de l’ambassade US à Paris (et nous avons d’autres suggestions en réserve : demander audience à Bush, refuser les fonds de la NED et du CFC, faire des campagnes de pub, déguiser Bush en CRS sur une photo, etc.).

RSF se lamente : qu’on se taise sur Sami ou qu’on en parle, on a tort. Mais non, les reproches sont plutôt les suivants :

- Vous avez rompu un silence, qui a presque duré un lustre, quand il était devenu impossible de faire autrement,
- Vous demandez la fermeture de Guantanamo, après tout le monde, et discrètement,
- Vous ne donnez aucune forme concrète à vos déclarations purement velléitaires,
- Vous ne vous expliquez pas sur l’escamotage pendant deux ans de Sami Al Haj de vos listes de journalistes emprisonnés,
- Vous prétendez que vos interventions en faveur d’un journaliste méritent une enquête préalable s’il a été arrêté par les USA (et uniquement dans ce cas).

Puisque ses communiqués sur les USA sont plus nombreux que sur Cuba, RSF « s’acharnerait » en vérité contre… les USA. Risible ! Comment se fait-il que personne n’ait remarqué cet anti-américanisme de RSF ? Peut-être parce que le lecteur ne s’en tient pas au seul nombre de communiqués, mais à leur longueur et à leur teneur.

RSF est capable, outre celui des journalistes, de nous donner le nombre des « prisonniers d’opinion » à Cuba. Mais à quoi tient qu’elle ne pense pas à nous fournir le chiffre pour les USA ? Les prisons de Bagram, Abou Grahib, Guantanamo, plus tous les bagnes secrets externalisés sont pleins de malheureux qui ne sont pas encagés là pour avoir volé un auto-radio.

Il est impossible à un analyste, même moyennement doué, de lire un communiqué de RSF sur une « bavure » de l’armée US sans y déceler sa pitoyable gymnastique rhétoricienne pour blanchir l’agresseur. Dans sa lettre au réseau Voltaire elle admet (furtivement) : les « Etats-Unis traînent un très lourd passif vis-à-vis de l’Amérique latine », mais ils ont commencé à le reconnaître. Voila bien le faux parallélisme : il a fauté, mais il a avoué. C’est beau. Sauf que l’aveu n’annule pas la faute. Sauf que

RSF ne nous a pas écrit beaucoup de « livres noirs » sur le sujet. Sauf que les USA sont spécialisés dans ce procédé : j’envahis, je massacre, j’installe des tyrans sanguinaires et, vingt ans après, je le confesse, tout en refaisant la même chose que je regretterai vingt ans plus tard.

RSF nous propose une brochette de dissidents parmi lesquels je veux en distinguer deux, admirables :

- Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine des Droits de l’Homme, connu à Cuba sous les sobriquets de « L’homme pendule » ou « Le profiteur » (« El camajan ». Un livre sur lui porte ce titre [1]). Pourquoi ? Parce que, avant de s’enrichir dans le mercenariat proaméricain, il avait travaillé, à sa demande, pour les services de sécurité cubains sous les pseudonymes de l’agent Juana, de Eduardo et de Pestuna. Certains des mercenaires, stipendiés par les USA, qu’il dénonça alors, sont aujourd’hui en prison. Des documents irréfutables et nombreux attestent de ce passé, dont une photo lors d’une réunion secrète du Ministère de l’intérieur où il recevait une médaille pour ce travail. Affecté d’un égo surdimensionné (il demande à sa femme de dire « monsieur le président » quand elle parle de lui à des visiteurs), il a su se donner l’image « de premier dissident » ce qui lui permet de recevoir des aides et subventions de toutes parts en prenant la précaution de ne pas accepter celles qui arrivent directement de l’ennemi (les USA). Ainsi, ses principaux bailleurs de fonds sont Espagnols, Français, Suédois. Des sommes transitent aussi par le Mexique et Costa Rica. Il voyage beaucoup à l’étranger, donne des conférences payantes, entretient des rapports étroits avec l’extrême droite de Miami et intervient contre finances sur « Radio Marti » qui émet vers l’île depuis les USA pour appeler au renversement de Castro et au maintien du blocus.

L’autre s’appelle Oswaldo Paya. Il a envoyé en avril 2002 aux putschistes vénézuélien une longue lettre enthousiaste de soutien et a reçu la même année le prix Harriman de la démocratie décerné par le parti démocrate américain.

Vous n’avez rien de plus présentable, RSF ?

« Les Cubains élisent-ils leur président et leur parlement ? » demandent RSF avant de répondre : « Non. » Bien sûr qu’ils les élisent, en fonction d’une procédure qui ne saurait être prise pour modèle chez nous, mais qui est adaptée à leur Histoire et surtout au contexte. Fidel Castro lui-même, contrairement à Villepin, est d’abord un élu de son quartier. Tous les élus sont révocables et (RSF, lisez bien ceci avant de lâcher une bêtise de plus) les futurs candidats sont choisis par la population, aucun n’est présenté par un parti. Poursuivons en retournant la question : Robert Ménard, secrétaire général de RSF, est-il élu depuis vingt ans par les adhérents ? La réponse est non. Il est nommé, inamovible. Cette ONG qui dispense à tout va des leçons de démocratie est représentée par un homme qui n’a pas de comptes à rendre. Que RSF triche sur ses comptes, qu’elle publie des communiqués mensongers (tel celui, annonçant la démission de Chavez, dont le contenu était emprunté aux putschistes de 2002 à Caracas), que dans tout le continent américain (USA, Canada, Amérique-latine), sur le continent africain, les liens suspects de RSF avec des paravents de la CIA soient évoqués dans la presse écrite, ne pose pas de problème à la direction de RSF. Le poste d’un directeur de journal, celui d’un grand patron seraient menacés par une telle avalanche d’accusations étayées. Mais RSF n’est pas une démocratie. Rony Brauman, un de ses fondateurs, déplora d’ailleurs en son temps l’autoritarisme de Robert Ménard et la « dictature domestique qu’il fait régner sur RSF. »

On croyait que RSF connaissait uniquement la chanson « du veau d’Or ».[2] Erreur, elle sait un vers entier de l’Internationale et, nous soupçonnant de l’avoir oublié, elle nous le rappelle : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César ni Tribun ». Ni Ménard !

Pour finir, démontons une autre supercherie de RSF qui couine qu’on la hait parce qu’elle vise Cuba. En vérité, il n’y a pas de haine (un peu de mépris, peut-être ?) mais un constat : partout où l’Empire déboule pour des motifs économiques et géostratégiques, RSF est là. Une fois pour toutes, RSF a dégainé son stylo fielleux contre les petits pays que la botte de l’US Army piétine ou veut piétiner. En Afghanistan, en Irak, à Haïti, au Rwanda, au Venezuela, en Yougoslavie, en Ukraine, RSF était là, partiale. On la voit vigilante en Biélorussie, au Zimbabwe, en Iran. Attendons-nous à la voir se déchaîner en Bolivie.

Regardons-la encore mal agir envers les journalistes occidentaux tombés en Irak sous les tirs US, se taire sur les licenciements de journalistes par suite de concentrations capitalistiques en France et dans tous les pays riches soumis au diktat du chef de file de l’ultralibéralisme débridé.

La raison pour laquelle RSF subit tant d’attaques sur Internet (dans un environnement d’omerta complice de la presse écrite européenne), c’est que cette ONG donne un peu l’impression d’être un pion de l’Empire. Pour démontrer le contraire, il lui faudra ne pas se contenter de maladroits plaidoyer pro domo. Des actes, des vrais, sont attendus.

Et pour commencer, si RSF défend comme elle le prétend la liberté d’expression, elle devrait accorder dans ses colonnes, un droit de parole à ceux qu’elle fustige et dont je fais partie. Dans plusieurs journaux déjà (et menace de procès à l’appui) RSF a exigé des droits de réponse contre moi. Quand pourrais-je m’adresser respectueusement aux lecteurs de RSF sur son site ?

J’en réclame le droit ici. Si cette opportunité m’est refusée, je laisserai mon avocat en paix : la Vérité n’a pas besoin du forceps de la Justice. Je suis pour les méthodes d’accouchement douces qui font de beaux bébés.

Maxime Vivas.


[1] El Camajan - Le Profiteur, l’itinéraire d’un "défenseur des droits de l’homme" à Cuba http://vdedaj.club.fr/cuba/el_camajan_le_profiteur.pdf

[2] Faust, opéra de Charles Gounod. « MÉPHISTOPHÉLÈS : Le veau d’or est toujours debout ! On encense sa puissance D’un bout du monde à l’autre bout ! Pour fêter l’infâme idole, Rois et peuples confondus, Au bruit sombre des écus, Dansent une ronde folle, Autour de son piédestal Et Satan conduit le bal, conduit le bal. »



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