«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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Embargo sur Cuba : l’Onu sans moyen d’action
par JOVELE Jeremie
26 décembre 2006

Pour la quinzième année consécutive , l’Assemblée générale de l’Onu a condamné le blocus économique, commercial et financier qu’imposent à Cuba depuis plusieurs décennies les Etats-Unis.

Il y a quinze ans, 59 nations avaient ouvertement condamné le blocus sur Cuba, 71 s’étaient abstenues et 46 représentations diplomatiques n’avaient pas fait le déplacement. En 2006, 183 pays (des 192 représentés à l’Assemblée générale) ont voté contre les Etats-Unis et son blocus, quatre ont voté en faveur : les Etats-Unis, Israël pour des raisons évidentes de soutien à la création de leur Etat, ainsi que les républiques de Palau et des Iles Marshall... La Micronésie s’est abstenue.

Ce vote constitue le principal appui diplomatique à Cuba depuis que s’est présentée la première résolution dans ce sens en 1992.

En attendant, l’Onu continue de condamner, mais elle n’a aucun moyen de pression...

Blocus financier : de pire en pire

Ainsi, selon des chiffres du gouvernement cubain, le blocus, depuis ses débuts jusqu’à 2005, représenterait un manque à gagner pour l’île d’environ 82 milliards de dollars américains ; et d’approximativement 140 milliards si s’ajoutent :

- les conséquences directes sur les objectifs économiques et sociaux du pays des divers sabotages et actes terroristes animés, organisés et financés par et depuis les Etats-Unis

- la valeur des produits que Cuba dut cesser de produire du fait de ces sabotages

- les conditions particulièrement onéreuses des crédits imposés à Cuba.

A ce sujet, Cuba présenta à l’Onu un rapport sur les régulations adoptées par le Bureau de contrôle des biens étrangers du département du Trésor américain (OFAC). Le pays a montré en effet que depuis début 2006 se développe l’application extraterritoriale des sanctions aux tiers qui violent les dispositions de l’OFAC, c’est-à-dire que les entreprises étrangères qui ont des relations commerciales avec Cuba se voient infliger des sanctions et amendes pour violer le droit étasunien, alors qu’elles respectent le droit international...

D’ailleurs, les banques, de peur de représailles américaines, n’ont pas attendu pour prendre des mesures de « précaution ». Ainsi, en octobre 2005, la Union Bank of Switzerland a mis fin au service qui fournissait en comptes courants en dollars et francs suisses le système bancaire cubain. Elle a commencé également à refuser toute opération avec les banques de l’île.

En septembre 2005, la banque HSBC de Londres a décidé unilatéralement de fermer les comptes en dollars américains que la Banco Metropolitano de Cuba maintenait avec elle. Au Canada, HSBC a rendu également les paiements (un million de dollars canadiens et 819 900 €) envoyés par la Banco Internacional de Comercio (BICSA), en prônant les régulations anticubaines de l’OPAC. En février 2006, cette même banque a refusé un transfert de fonds de 15 500 dollars canadiens vers Cuba pour les mêmes raisons.

De même, la Republic Bank, dont le siège est à Trinidad et Tobago, a informé simplement par téléphone la BICSA qu’elle n’était plus disposée à faire les démarches pour les paiements que Cuba réalisait à des agriculteurs des Etats-Unis. De même, la succursale jamaïcaine de la banque canadienne Bank of New Scotland a communiqué à l’ambassade de Cuba en Jamaïque qu’elle ne maintiendrait pas le compte de cette mission diplomatique ni ne réaliserait de transfert de fonds en dollars américains, et ceci en violation totale des législations jamaïcaine et canadienne.

D’autre part, le collectif d’investigations « Grupo de Ecología de Aves », de la Faculté de biologie de La Havane, n’a pas pu recevoir le financement que lui avait autorisé la Whitley Fund For Nature, ONG du Royaume-Uni, d’un montant de 30 000 livres sterling afin de développer un projet en cours. Finalement, le premier virement bancaire de 15 000 livres sterling s’est fait grâce à la HSBC Bank PLC de Londres, qui a envoyé les fonds via New-York... L’argent n’est jamais arrivé. HSBC a informé l’ONG que les fonds en question avaient été retenus par le département du Trésor des Etats-Unis.

Les contributions de Cuba aux organisations multilatérales ont également été soumises à ces restrictions. Ainsi, au premier semestre 2006, Cuba n’a pu payer ses frais à deux organismes internationaux, basés pourtant à Genève : l’Union internationale des télécommunications et l’Organisation météorologique mondiale, du fait du refus de la banque suisse UBS, qui dispose des comptes des deux organisations internationales citées. De même, plusieurs fonctionnaires cubains internationaux, de l’Organisation panaméricaine de la santé ou de programmes divers des Nations unies, ont reçu des courriers de cette même banque sollicitant la clôture de leurs comptes en dollars américains.

La puissance des Etats-Unis est donc telle que même les banques suisses, théoriquement indépendantes, en sont réduites à limiter leurs échanges commerciaux avec l’île. Ainsi, la Réserve fédérale des Etats-Unis a imposé en mai 2004 une amende de cent millions de dollars à l’Union des banques suisses, la plus grosse amende jamais imposée à une banque, pour avoir censément violé les sanctions contre Cuba. Au niveau technologique, ce n’est pas mieux, étant donné le leadership des Etats-Unis sur Internet.

Blocus technologique : accès Internet limité

En effet, les Etats-Unis bloquent l’accès à Cuba au haut débit tout en l’accusant de restreindre l’usage de ce service. Cuba, Etat de plus de 11 millions d’habitants, n’a que 65 Mbps autorisés pour la sortie, et 124 Mbps pour l’entrée. En raison des lois du blocus, l’île ne peut se connecter aux canaux internationaux de fibre optique qui passent tout près de ses côtes et est obligée de le faire par satellite, ce qui est plus cher et limite l’usage de cette ressource.

En outre, si une entreprise cubaine ou nord-américaine veut ajouter un nouveau canal à Internet afin, par exemple, d’augmenter la vitesse de connexion, elle est obligée de demander l’autorisation du département du Trésor des Etats-Unis.

Pour cela, les autorités cubaines ont donné la priorité de l’accès à Internet aux médecins, scientifiques, étudiants, professionnels de la culture ou centres de recherche.

Le pire est qu’au départ, c’est le gouvernement américain lui-même qui a donné « l’autorisation » à Cuba, en 1996, de se connecter au réseau Internet, le but étant aussi de promouvoir la subversion interne, la dissidence et les pressions contre la Révolution castriste.

En outre, au niveau du matériel informatique, la Maison Blanche, toujours en violation de la législation internationale, a empêché pendant longtemps l’importation directe d’ordinateurs produits par les principaux fabricants mondiaux, pour la majorité américains, tels que Hewlett-Packard, Intel, IBM ou Macintosh. Cuba doit donc payer son équipement informatique 30% plus cher, puisqu’elle passe par des intermédiaires basés en Europe, Asie ou Amérique latine, tout en dépensant des sommes considérables dans le transport afin d’acheminer ces marchandises.

Les Etats-Unis contrôlent en outre 50% des satellites de communication et 75% du réseau Internet. Ils produisent 60% des logiciels d’usage mondial et une seule entreprise, Microsoft, domine avec Windows le système opérationnel installé dans plus de 90% des ordinateurs personnels, auquel évidemment les Cubains n’ont pas accès. Ces derniers ne peuvent d’ailleurs pas non plus accéder légalement à de nombreux programmes informatiques tels que Microsoft Office, Adobe Photoshop, ACD See, Internet Explorer, Write Express, Borland ; ni aux logiciels antivirus comme Norton Antivirus, Panda Antivirus, AVP, etc.

Renforcement du blocus avec l’administration Bush

En gros, finalement, Cuba ne peut exporter aucun produit vers les Etats-Unis, ni ne peut importer de ce pays une quelconque marchandise, hormis des produits agricoles. Elle ne peut pas non plus voir de relations commerciales avec les filiales de compagnies nord-américaines dans des pays tiers. Elle ne peut recevoir de touristes en provenance des Etats-Unis ou de nationalité américaine.

Elle ne peut utiliser le dollar américain dans ses transactions internationales et elle n’a pas accès aux crédits des institutions financières multilatérales, régionales ou américaines, ni ne peut réaliser d’opérations avec ces dernières.

Enfin, ses navires et avions ne peuvent pas toucher le territoire américain. De nombreux citoyens et entreprises du monde entier, notamment des Etats-Unis, ont évidemment souffert directement de ces réglementations, en étant poursuivis financièrement ou interdits de séjour dans l’île.

Fin 2004, le département américain du Trésor établit que « les Etasuniens ou les étrangers résidents ne pourront plus acheter légalement des produits d’origine cubaine, dont des cigares et de l’alcool, dans un pays tiers, même pas à leur usage personnel à l’étranger », les peines pouvant consister en des amendes d’un montant qui peut atteindre un million de dollars pour les personnes juridiques et 250 000 dollars et jusqu’à dix ans de prison pour les personnes naturelles.

C’est la première fois que l’on interdit à un Etasunien de fumer un havane ou d’acheter une bouteille de rhum Havana Club, même s’il le fait durant un voyage de tourisme dans un autre pays...

Ainsi, pour renforcer les dispositions déjà en vigueur, l’administration Bush a poursuivi, et endurci ces derniers temps, un plan pour l’annexion de Cuba formulé par la « Commission d’assistance à une Cuba libre », dont l’objectif est de détruire le système politique, économique et social du peuple cubain, et à terme annexer l’île au territoire américain. Un temps dirigé par Colin Powell, puis par Condoleezza Rice, son dernier rapport de 2005 recommande la création d’une force inter-agences pour amoindrir le nickel et le sucre cubains - qui pourraient s’exporter au triple de leur volume et de leur valeur vers les Etats-Unis sans embargo, le renforcement du Groupe de traque des actifs cubains ou encore l’interdiction de la vente à Cuba d’équipements médicaux, notamment via le blocage de certains programmes de coopération internationale à l’instar de ce qui peut se faire en chirurgie ophtalmologique (l’Opération miracle, actuellement dans de nombreux pays d’Amérique latine, permet à de nombreuses personnes sans ressource de pouvoir obtenir des soins pour ce type de maladies : cataracte, etc.).

Les pertes dues au blocus pour la seule année 2005 ont été chiffrées à 4108 millions de dollars. Cette même année, au moins 38 pays ont été affectés par les dispositions extraterritoriales de la politique d’embargo sur Cuba. Au premier semestre 2006, 73% des visas sollicités par des fonctionnaires cubains pour voyager aux Etats-Unis ont été refusés. Pour 2006 également, le gouvernement des Etats-Unis a destiné plus de 37 millions de dollars à des transmissions illégales de radio ou télévision vers Cuba pour inciter à la dissidence.

Finalement, si le blocus n’était qu’une question bilatérale entre Cuba et les Etats-Unis, ce serait déjà très grave, mais il est bien plus que cela : il s’agit finalement d’une guerre économique menée avec une grande rigueur à l’échelle mondiale.

A cela, il faut ajouter que les États-Unis contrôlent presque la moitié des principales sociétés transnationales du monde, dont huit des dix plus grosses ; ils sont aussi à la tête du quart des investissements étrangers directs du monde et importent 22% des marchandises à l’échelle mondiale. Ils possèdent aussi 11 des 14 plus grosses sociétés transnationales dans le domaine de l’informatique et des communications et absorbent environ 80 % du commerce électronique fait dans le monde. Cinq des dix sociétés transnationales réalisant presque la moitié des ventes mondiales de médicaments, dont certains sont uniques en leur genre, sont étasuniennes. Voilà pourquoi aussi bien les investissements de sociétés de pays tiers aux États-Unis, que ceux des États-Unis eux-mêmes à l’étranger, réduisent d’autant l’espace économique extérieur de Cuba. Chaque fusion ou achat, en tout ou partie, de sociétés par les USA constitue pour ce petit pays un casse-tête parfois insoluble, puisqu’il lui faut dès lors dénicher un nouveau fournisseur ou un nouveau marché pour ses produits.

Finalement, malgré la condamnation à la quasi-unanimité du blocus perpétré sur Cuba par les Etats-Unis, ces derniers continuent d’agir en toute impunité.

L’Onu, comme d’habitude, se contente de dénoncer, car elle n’a finalement aucun moyen de pression face au leader mondial de l’économie.

Néanmoins, la plus grande île des Caraïbes arrive à obtenir un indice de développement humain - indicateur du PNUD qui classe les pays selon le niveau de santé, d’éducation et de vie - supérieur à celui de pays développés ou émergents tels que la Russie, le Mexique, le Brésil, la Chine ou l’Inde. Elle a été classée ainsi 52e sur 177 en 2003. Les systèmes éducatif et de santé sont d’ailleurs réputés, et de nombreux médecins cubains sont envoyés à l’étranger dans le cadre de coopérations internationales (Pakistan, Amérique du Sud...).

Quelle que soit l’opinion politique arborée, force est donc de constater que Cuba a du mérite de lutter contre vents et marées et de croire encore à la Révolution menée depuis plusieurs décennies. Cet embargo risque de faire de plus en plus de dégâts dans la mesure où Cuba n’a toujours pas pu rénover ses équipements industriels, faute de moyens. Mais avec l’arrivée au pouvoir de régimes socialistes en Amérique latine prônant la rupture avec les Etats-Unis (Vénézuela et Bolivie entre autres), Cuba devrait se sentir moins seule et trouver des alliés de choix pour poursuivre sa Révolution. La question est de savoir finalement ce que comptent faire les Etats-Unis, qui ont beaucoup œuvré à la lutte contre les régimes socialistes ou communistes, pour enrayer la vague socialiste latino-américaine.

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