«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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LE PROGRAMME DE TCHERNOBYL A TARARA : Un chant à l’espérance
par GRANMA
6 avril 2007

« Ils recevront la meilleure attention médicale avec les meilleurs spécialistes, les meilleurs médicaments qui existent dans le monde actuellement et, surtout, le plus important : la volonté de notre personnel médical et de notre peuple de les aider. De sorte que nous pourrons dispenser ces soins avec succès ».

(Fidel, lors de la réception du premier groupe d’enfants de Tchernobyl)

PAR NELSON CONCEPCION PÉREZ,

Estefania Chablia, huit ans, et Nastia Satchenko, six ans, sont deux petites Ukrainiennes arrivées tout récemment à Cuba pour rejoindre l’hôpital de pédiatrie de Tarara. Lorsqu’eut lieu la catastrophe nucléaire, elles n’étaient pas nées.

Elles sont sans doute trop jeunes pour apprécier à leur juste valeur la dimension humaine et scientifique de l’initiative qui leur a permis de rejoindre ce lieu.

Elles sont accompagnées par Valentina Martchenko, venue pour la première fois le 8 mars 1993 ; « pour un motif très triste » puisque les diagnostics qui lui avaient été donnés dans son pays la privaient de tout espoir : elle était atteinte du lymphome de Hogking.

Elle explique : « A Kiev, nous avons appris qu’un médecin cubain donnait des consultations et qu’on s’occupait des victimes à Cuba. Nous avions très peur. Cuba, pour nous, c’était très loin, comme un autre monde. Mais il fallait prendre une décision, choisir entre la vie et la mort, et ma mère m’a conduite ici où nous avons été reçues à bras ouverts. »

Elle se rappelle, et elle en a encore les larmes aux yeux : elle a passé cinq ans dans un fauteuil roulant.

Lors de son deuxième séjour, en 1999, elle présentait une nécrose des hanches. « J’ai été opérée à l’hôpital d’orthopédie Frank Pais et on m’a mis deux prothèses, l’une après l’autre, en m’avertissant qu’il était dangereux de courir dans ces conditions, mais j’ai ainsi pu reprendre une vie normale. Cette fois-là, je suis venue seule, sans ma mère, et tout le monde m’a dit : « nous resterons à tes côtés, tu ne seras pas seule. »

Je l’interroge sur la suite de sa vie et elle m’explique qu’elle a réalisé son rêve : « J’ai fait des études supérieures de philologie espagnole et je suis maintenant enseignante. »

Pour la jeune Ukrainienne, les Cubains sont détenteurs de la plus grande richesse, celle du cœur. Ici, l’humanisme existe, et cela vaut bien plus que n’importe quoi d’autre. »

J’en suis, ajoute-t-elle, à mon troisième voyage. Je suis venue partager avec tous ceux qui sont ici la joie pour le succès médical et humanitaire de ce programme en son 17ème anniversaire. « Je viens d’avoir 26 ans et, grâce à Cuba, je suis entière », s’exclame-t-elle fièrement.

RETOUR A LA VIE

Le Dr Julio Medina, directeur de l’hôpital de pédiatrie de Tarara et coordinateur du programme cubain de soins aux enfants victimes de Tchernobyl, déborde de bonne humeur et d’optimisme. Tandis que les enfants et leurs familles, sur le terrain de sports, l’approchent pour le saluer, je lui demande de trouver un titre pour ce reportage.

Il n’hésite pas une seconde : Un chant à l’espérance, et il explique : tout au long de ces dix-sept années on a vu défiler ici quelque 23 000 enfants et adultes venus d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie, principalement. Ce qu’il y a de plus émouvant, c’est d’assister au retour à la vie de toutes ces victimes directes ou indirectes de la catastrophe nucléaire

Il se rappelle que le premier groupe de 136 enfants présentant des maladies onco-hématologiques graves est arrivé à Cuba le 29 mars 1990. Fidel en personne les a accueillis à l’aéroport. Ensuite, il leur a rendu visite dans les centres hospitaliers de la capitale et il a proposé d’étendre ces soins à un plus grand nombre d’enfants victimes de l’accident.

Le Dr Medina évoque avec admiration et gratitude le geste des pionniers cubains, qui ont volontairement mis leur camp de vacances à la disposition des malades de Tchernobyl.

On a eu à Tarara jusqu’à 3 000 patients et accompagnants ; en ce moment, on en reçoit de 700 à 800 par an. Pour eux tout a été et reste gratuit à Cuba : les services de santé et les médicaments mais aussi l’hébergement, l’alimentation et le transport.

Le coordinateur du Programme y travaille depuis 1990, et il dirige l’hôpital depuis 1998. Il garde en mémoire des histoires impressionnantes : « Nous avons reçu un enfant porteur du syndrome dystonique, une maladie neurovégétative. Il ne marchait pas, et pour limiter les convulsions on lui a administré jusqu’à 120 doses de médicaments par jour. Il fallait le maintenir tout le temps au lit ou par terre ; il était constamment secoué de convulsions. A son arrivée, il n’y avait plus aucun espoir. »

Peu à peu, les médecins cubains obtinrent une légère amélioration : le patient n’avait plus autant besoin de médicaments, mais le résultat était encore loin d’être optimal. Il a alors été transféré pour traitement au Centre international de restauration neurologique (CIREN) au moment où on introduisait dans le monde développé une technique chirurgicale appropriée pour ce type de troubles.

Les médecins ont parlé à la mère qui a donné son consentement. Elle a écrit et signé le texte suivant : « Je remets mon enfant entre les mains des médecins cubains pour qu’ils prennent une décision. »

Il a fallu attendre toute une année pendant laquelle les médecins s’entraînaient à cette nouvelle technique et acquéraient l’équipement nécessaire. Puis, plusieurs patients cubains ont été opérés. Su je ne me trompe, Vladimir a être le dixième a être opéré par laparoscopie. Il s’agissait de pénétrer dans le cerveau pour atteindre le thalamus et de procéder à une sorte de réparation », explique Medina.

Et d’ajouter : « Après, il y a tout un processus de rééducation. L’enfant a commencé à évoluer favorablement, à mieux communiquer. Il est intelligent et a conservé toutes ses facultés intellectuelles. »

Bien qu’ayant souffert d’une maladie dégénérative incurable, cet enfant devenu adolescent marche grâce aux opérations orthopédiques réalisées à l’hôpital Frank Pais pour corriger les extrémités et les muscles atrophiés. Au début, on aurait dit une sorte d’escargot, maintenant, il marche dans la rue, il parle espagnol, il s’appelle Vladimir Saulasky Tchaslac et il a vingt ans, conclut le Dr Medina avec une satisfaction évidente.

ET QUE DIT LA MERE DE VLADIMIR ?

Tandis que Vladimir faisait du sport sur un terrain voisin ; sa mère, Sviéta Saulasky, a bien voulu bavarder avec l’envoyé de Granma. « Jusqu’à l’âge de sept ans, il était en pleine santé. Il est allé au jardin d’enfants, puis à l’école. C’est à cet âge que sa jambe gauche a commencé à se déformer.

« Nous sommes allés voir des tas de médecins, et aucun ne voyait de solution. Alors nous sommes venus à Cuba. Dans son dossier médical il y avait quinze diagnostics, dont le dernier avait été établi à Moscou. La conclusion était qu’il n’y avait de traitement possible nulle part : c’était comme une sentence de mort.

« Maintenant, regardez-le, il marche parfaitement : un vrai bonheur ! »

Elle conclut : « Je ne sais comment dire ma gratitude envers tous les Cubains. C’est ici que mon fils a recommencé à vivre. Pour une mère, voire renaître son fils, c’est extraordinaire¼ Et cela s’est passé grâce à Cuba ! ».


UN SEUL OBJECTIF

Parmi ceux qui sont venus à Cuba, plus de trois cents présentaient des maladies hématologiques, dont 124 leucémies. Dans la plupart des cas nous avons obtenu d’excellents résultats. Des greffes de moelle osseuse ont été pratiquées sur six patients

Ce programme unique partage néanmoins les mérites avec diverses institutions de santé de la capitale.

Citons les hôpitaux de pédiatrie William Soler, Juan M. Marquez, celui de Centro Habana et l’hôpital Pedro Borras ; le centre clinico-chirurgical Hermanos Ameijeiras ; le complexe orthopédique Frank Pais ; l’Institut d’hématologie et le Cardiocentre pédiatrique, qui a procédé à 14 opérations à cœur ouvert sur des enfants présentant des malformations congénitales complexes. Et aussi le Centre de protection et d’hygiène pour les radiations.

Le Programme de Tchernobyl a maintenant dix-sept ans. Y ont participé des centaines, voire des milliers de médecins, d’infirmières, de techniciens, de personnels scientifiques et auxiliaires, de traducteurs, d’enseignants. Tous ont entonné ensemble ce Chant à l’espérance.

http://www.granma.cu/frances/2007/abril/juev5/14Chernobil-f.html



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