«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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Cuba et l’immortalité
par SERRANO Pascual
31 octobre 2007

Toute personne douée de bon sens est parfaitement consciente du rôle que les femmes ont joué dans l’histoire des luttes des peuples et de leur capacité d’affronter avec courage et sacrifice les pires épreuves que peut endurer une communauté. Mais dans des circonstances particulières il peut arriver que vous soyez témoin de ce rôle d’une façon tout à fait privilégiée. Par exemple au Tribunal des Femmes contre le Terrorisme et les agressions imperialistes où j’ai eu la chance de me trouver ce 19 octobre, Tribunal qui a siégé dans l’enceinte de l’Hôpital Oncologique de la Havane.

C’est là, dans le cadre de diverses manifestations publiques qui ont lieu actuellement à Cuba pour dénoncer le blocus dont l’île est victime de la part des Etats-Unis depuis 47 ans, que se sont réunies une centaine de représentantes des femmes cubaines pour raviver le souvenir et rendre hommage à divers martyrs qui ont donné leur vie pour leur pays et leurs idées. Devant un tribunal composé de femmes professionnelles du droit et des sciences humaines et durant une heure et demie sont intervenues, à la barre, en qualité de témoins, plusieurs femmes cubaines qui toutes avaient quelque chose en commun : elles ont souffert dans leur chair la mort d’un être cher ou l’acharnement du terrorisme et de la politique d’agression contre Cuba.

Nous avons entendu Angeles Callejas, mère d’Adriana Corcho, morte en compagnie d’un autre camarade cubain suite à un attentat à la bombe dans les locaux de l’Ambassade de Cuba au Portugal durant les années 70. Est venue témoigner l’épouse de Manuel Fajardó, assassiné peu de temps après le triomphe de la Révolution ; nous avons écouté Tomasa del Pino, veuve du mythique « homme de Maisinicú », un agent de la sécurité qui, dans les années 60, avait réussi à infiltrer les groupes contrerévolutionnaires de l’Escambray avant de finir assassiné.

Nous avons aussi entendu Rosario Olegaria Velasco dont le mari est mort dans le sabotage du cargo Le Coubre, dans le port de la Havane, dans les années 70 ; ensuite a pris la parole Iraida Malberti, veuve d’une des victimes de l’avion de la Barbade et, pour finir, Elisabeth Palmeiro dont le mari, avec quatre autres Cubains, se trouve en prison aux Etats-Unis uniquement parce qu’il a essayé de découvrir les plans terroristes que trament contre Cuba des groupes anticastristes installés aux Etats-Unis.

Entre les dépositions des « témoins » qui ont autant ému le public que les intervenantes elles-mêmes, nous avons aussi entendu les voix de Ginetta Moliné et de Raquel Hernández qui ont réussi à toucher encore plus le cœur du public avec leurs chansons qui toutes évoquaient des histoires de dignité et de cohérence.

Durant le temps de ce procès se sont succédées des émotions, des larmes, mais aussi la colère, les dénonciations et l’indignation. La Présidente du Tribunal a même été obligée de contenir son émotion au moment de rendre publique sa condamnation du gouvernement responsable de ces tragédies : le gouvernement des Etats-Unis. Au cours de cette rencontre qui s’est tenue à l’Hôpital oncologique de la Havane, les femmes cubaines ont revendiqué le droit à l’autodétermination et à la souveraineté pour leur pays et elles ont expliqué ce qu’est leur lutte quotidienne contre le blocus. Et c’est que, pour elles, ce blocus signifie la possibilité de voir mourir un enfant faute d’un médicament indispensable ou l’absence d’êtres chéris coupables uniquement d’avoir voulu défendre leur patrie.

Un instant mon esprit a été traversé par l’idée que ces femmes auraient très bien pu oublier leurs fils, leurs maris, et recommencer ailleurs une nouvelle vie. Elles auraient pu abandonner cette lutte pour la justice et leurs principes et vivre à l’aise dans un autre pays. Sûrement qu’elles auraient été accueillies là à bras ouverts et qu’on leur aurait offert beaucoup d’argent pour servir d’argument contre Cuba et montrer qu’elles abandonnaient la révolution. Elles auraient eu droit à la une de beaucoup de journaux et de magazines alors qu’aujourd’hui aucun media, en dehors de Cuba, ne parle d’elles.

Mais elles n’ont rien fait de tout cela ; ça ne leur a même pas effleuré l’esprit. Elles ne vivront pas avec l’argent que sûrement beaucoup de gens leur proposent à Miami, mais elles sont admirées et reconnues dans leur pays comme j’ai pu le constater moi-même. Elles ont réussi, en outre, à faire en sorte que leurs êtres chers ne soient pas oubliés, en quelque sorte : qu’ils ne meurent pas. Avec le capitalisme tout se paye avec de l’argent ; quand le capitalisme est content de quelqu’un, il lui donne beaucoup d’argent pour qu’il ait une grande maison, pour qu’il mange beaucoup et pour qu’il voyage dans une voiture luxueuse. Quand cette personne meurt, on ne peut plus la rétribuer, alors elle n’existe plus et n’existe pas davantage la reconnaissance publique et l’hommage vingt quatre heures après la parution, dans le journal, de la nécrologie. A Cuba, on ne peut pas et on ne veut pas payer avec de l’argent les personnes qu’on admire ; on les paye avec de l’amour, avec de la reconnaissance, du respect, des hommages, de la tendresse et si elles meurent, avec la mémoire et le souvenir, beaucoup de mémoire pour ne pas oublier l’histoire de leur pays ni celle de ses martyrs. Et c’est ainsi, en quelque sorte, que Cuba a découvert l’immortalité.

Face aux agressions terroristes permanentes et face au blocus, les Cubains ne cessent de lutter et, c’est vrai, certains peuvent se sentir fatigués de sans cesse lutter contre ce blocus, d’exiger la liberté pour leur cinq compatriotes prisonniers aux USA, de demander que soit jugé Posada Carriles, le cerveau de l’attentat contre l’avion de ligne cubain en provenance de la Barbade. Mais il est bon que les Cubains sachent que hors de Cuba, ici, en Europe, on ne lutte pour rien parce qu’on ne vit pas, on ne fait que consommer et végéter. Il est vrai que nous ne devrions pas venir au monde pour souffrir, mais nous sommes un certain nombre à penser que nous venons au monde pour lutter, pour nous passionner pour des idées, pour combattre pour des principes et que si on ne fait pas cela, si on n’a ni des idées ni des principes, alors l’existence n’a pas de sens.

A l’Hôpital oncologique de La Havane, même quand on se réunit pour protester publiquement contre le blocus, on lutte aussi pour la vie.

www.pascualserrano.net

Traduction Manuel Colinas pour CSP

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=57947



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