«Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains.»
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ANALYSES
Fidel renonce
par BETTO Frei
22 février 2008

Fidel Castro, 81 ans, a renoncé à ses fonctions de président du Conseil d’Etat de Cuba et de Commandant en chef de la Révolution. Occupé à prendre soin de sa santé, il préfère rester en dehors des activités de gouvernement et participer au débat public - ce qui l’a toujours enchanté - au moyen de ses articles dans les médias. Cependant, il reste membre du Bureau politique du Parti Communiste de Cuba.

Dimanche prochain, le 24 février, Raúl Castro, 77 ans, sera élu par les nouveaux députés de l’Assemblée Nationale pour occuper les fonctions de premier mandataire de Cuba.

C’est la 2ème fois que Fidel renonce au pouvoir. La première ce fut en juillet 1959, sept mois après la victoire de la Révolution. Elu premier ministre, il se brouilla avec le président d’alors, Manuel Urrutia, qui considérait trop radicales les lois révolutionnaires, comme celle de la réforme agraire, promulguées par le Conseil des ministres. Pour éviter un coup d’Etat, le leader cubain préféra renoncer. Alors le peuple investit les rues pour le soutenir. Pressionné par les manifestations, Urrutia n’eut d’autre alternative que de laisser le pouvoir. La présidence fut occupée par Oswaldo Dorticos, et Fidel revint à sa fonction de premier ministre.

J’étais à Cuba en janvier de cette année pour participer à la Rencontre Internationale pour l’Equilibre du monde, à la lumière du 155ème anniversaire de la naissance de José Marti, la figure paradigmatique du pays. J’y suis retourné à la mi-février pour une autre rencontre internationale, le Congrès Université 2008, auquel ont participé plusieurs recteurs d’universités brésiliennes.

Au cours de ces deux occasions, j’ai rencontré Raúl Castro et d’autres ministres cubains. Je me suis réuni aussi avec la direction de la FEU (Fédération Estudiantine Universitaire), avec des étudiants de l’Université des Sciences Informatiques, avec des professeurs des niveaux primaire et moyen, et avec des éducateurs populaires.

Il se trompe celui qui croit que le retrait de Fidel signifie le commencement de la fin du socialisme à Cuba. Dans les secteurs significatifs de la société cubaine, il n’y a aucun symptôme d’aspiration à un retour du capitalisme. Même pas chez les évêques de l’Eglise catholique. A part quelques-uns qui n’ont rien à faire du fait que le futur de Cuba puisse être équivalent au présent du Honduras, du Guatemala ou du Nicaragua. De plus, aucun de ceux qui ont quitté le pays a poursuivi la défense des droits humains en s’insérant dans le monde enchanteur du consumérisme.

Cuba n’est pas du tout réticent aux changements. Raúl Castro lui même a déclanché un processus interne de critiques à la Révolution au travers des organisations de masses et des secteurs professionnels. Plus d’un million de suggestions ont été analysées par le gouvernement. Le cubains savent que les difficultés sont énormes car ils vivent dans une île quadruple : géographique, unique nation socialiste en Occident, dépourvue de l’aide que lui fournissait l’Union Soviétique, soumise depuis plus de 40 ans au blocus que lui impose le gouvernement des Etats-Unis.

Malgré tout cela, le pays a mérité les éloges du pape Jean Paul II lors de sa visite en 1998. Dans l’IDH 2007 de l’ONU le Brésil s’est réjoui de se trouver à la position 70. Les premiers septante pays sont considérés les meilleurs en matière de qualité de vie. Cuba, où l’on ne paie rien pour le droit universel à la santé et l’éducation, occupe la 51ème place.

Le pays présente un taux d’alphabétisation de 99,8%, possède 70’594 médecins pour une population de 11,2 millions (1 médecin pour 160 habitants), un indice de mortalité infantile de 5,3 pour chaque mil naissances vives (aux Etats-Unis on en compte 7, et au Brésil 27), 800 mil diplômés en 67 universités dans lesquelles 606 mil entrent chaque année.

Aujourd’hui Cuba maintient des médecins et des professeurs travaillant dans plus de 100 pays, le Brésil inclus, et développe dans toute l’Amérique latine "l’Opération Miracle", pour soigner gratuitement des maladies de la vue, et la campagne d’alphabétisation "Moi oui je peux" avec des résultats qui ont convaincu le président Lula d’adopter la méthode au Brésil.

Il y aura, oui, des changements à Cuba lorsque cessera le blocus des Etats-Unis, lorsque seront libérés aux Etats-Unis les Cinq Cubains incarcérés injustement pour lutter contre le terrorisme, et si la base navale de Guantánamo est rendue, utilisée actuellement comme prison clandestine - le symbole mondial de l’irrespect aux droits humains et civiles.

Nous espérons cependant que Cuba n’enlève pas des entrées à La Havane deux affiches qui nous remplissent de honte, nous les latino-américains qui vivons dans des îles d’opulence entourées de misère de partout : "Chaque année 80’000 enfants meurent victimes de maladies curables, aucun d’eux n’est cubain », et « Cette nuit 200 millions d’enfants dormiront dans les rues du monde. Aucun d’eux n’est cubain. ».

(Traduction de J.L.Burguet à l’espagnol, et de R. Muller au français))

Frei Betto es écrivain, auteur de "Calendrier du pouvoir", entre autres livres.

Version espagnole sous : http://alainet.org/active/22273&amp...



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