"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"
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Rubrique :
SALE GUERRE
Thèmes :
COMMANDOS F-4
|
TERRORISME
par
MIAMI NEW TIMES
jeudi 6 février 2003 Traduction "ils ne s’en cachent meme pas" par CSP Diffusion autorisée et meme encouragée Merci de mentionner le sources From miaminewtimes.com Originally published by Miami New Times Feb 06, 2003 ©2003 New Times, Inc. All rights reserved . "Frometal Jacket" L’extrême idéalisme de Rodolfo Frometa, commandant du groupe F-4 par KIRK NIELSEN Leur groupe d’exilés, les Commandos F-4, ont peut-être commis un meurtre, mais Rodolfo et Teresa Frometa insistent pour dire qu’ils n’ont rien fait de mal. Question pour un champion : une organisation dont le siège se trouve aux États-Unis assassinent un espion étranger dans le pays de celui-ci, ou ils ont tenté de le faire. C’est A) bien, B) mal, C) légal, D) illégal, E) le genre d’activité pour laquelle les autorités états-uniennes et cubaines devraient mener une enquête. Si vous vivez à Miami il y a de fortes chances pour que votre esprit soit déjà encombré par les questions que vous aimeriez poser avant de répondre. Par exemple, est-ce que l’espion visé travaillait pour Tony Blair ou ce tyran de Fidel Castro ? Le chef des commandos F-4 répond "A" parce que la cible était Juan Pablo Roque, le plus célèbre espion Cubain de l’époque post-soviétique. Roque est le pilote débonnaire maintenant en exil et qui a épousé une fille de Miami, Ana Margarita Martinez, puis qui l’a abandonnée dans un cas extrême où le travail passe avant la famille. Leur mariage faisait partie de la couverture de Roque pour pouvoir infiltrer Frères à la Rescousse [Brothers to the Rescue], le groupe qui a fait voler des Cessnas au-dessus du détroit de Floride au milieu des années 90’ pour repérer les centaines de Cubains qui dérivaient en tentant de trouver la liberté, ou du moins une économie de marché. Roque se retrouva à la Havane en février 1996, quelques jours avant qu’un MIG cubain ne détruise deux avions de Frères à la Rescousse, tuant quatre des membres du groupe. Une enquête du FBI conclut que Roque avait fourni des informations à ses supérieurs à la Havane sur les plans de vol des Frères. Selon Frometa, ils ont tiré sur Roque le 16 décembre dernier au croisement de Ayesteran et Boyeros dans le quartier El Cerro de la Havane. L’opération fut menée par plusieurs membres de F-4 basés à la Havane. Un policier nommé Luis Ramirez Echevarria fut tué dans la fusillade, ainsi qu’un membre du commando F-4, Ramon Sosa, 32 ans. Roque fut gravement blessé et hospitalisé. "Je ne peux pas vous affirmer qu’il soit encore en vue," a dit Frometa la semaine dernière. "Il est peut-être déjà mort". Frometa, 56 ans avec un bouc noir, et sa pimpante épouse blonde Teresa Diaz de Frometa étaient heureux de recevoir la visite de New Times la semaine dernière au quartier général de F-4 dans Little Havana. Elle tapotait à un clavier d’ordinateur tandis qu’il répondait au téléphone dans les bureaux situé dans un deux pièces, en haut d’un escalier donnant sur un parking au coin de la rue West Flagler et de l’avenue SW Fourtheenth. L’endroit ressemble à un petit agence de voyage, sauf pour les douzaines de photos couleurs qui recouvrent pratiquement tout un mur. Au centre se trouve une photo de Roque. Son visage est entouré de photos d’hommes et de femmes en treillis de combat et brandissant des mitraillettes et des pistolets. Sur une des photos, on voit Teresa viser avec un gros Beretta 9mm. Sur une autre photo on voit un homme (le visage caché par une touche de peinture pour préserver son anonymat) debout près d’un téléphone publique à la Havane où il vient de poser des auto-collants de propagande pour les commandos F-4. On voit aussi la photo d’un bâtiment où, selon les agents de Frometa sur l’île, Roque vivait il y a encore peu. Une adresse tapée à la machine (Calle Paseo, #201, Apt 33) est attachée à la photo. "Tous ceux qui y habitent travaillent pour le gouvernement Cubain," remarque Frometa. Et un policier monte la garde à l’entrée. Au mois de mars 2001, Frometa a témoigné au procès de cinq camarades de Roque qui avaient été arrêtés en 1998 pour espionnage contre les groupes d’exilés et pour conspiration dans le but d’obtenir des informations secrètes sur les bases militaires US. Frometa accepta de témoigner à charge au procès et reconnu que F-4 effectuait des actes de violence à Cuba, comme l’attaque par un engin incendiaire contre un autobus cubain. Mais les membres du jury n’ont pas suivi les avocats de la défense selon lesquels les accusés se trouvaient à Miami pour suivre les activités des gens comme Frometa. Ils ont été jugés coupables en Juin 2001, dont un pour meurtre avec préméditation pour la complicité des avions abattus en 1996. Ils purgent des peines de 15 ans à la prison à vie. Malgré le dévouement du groupe à buter les policiers et agents cubains, et tous ceux qui ont un rapport de près ou de loin avec le régime de Castro, les manières de Frometa sont douces, presque enfantines. Il est facile de l’imaginer en train de jouer avec sa fille de neuf ans ou son garçon de sept ans. Ils sont tous sur le mur, portant des bérets noirs et de T-shirts frappés du sigle F-4, en train de défiler dans la rue avec leur papa lors d’une manifestation dans Little Havana. (ses trois autres enfants sont adultes.) Frometa aussi pense que la bonne réponse est "C" (légal). Il soutient qu’il n’a rien fait de mal selon les lois des États-Unis ou de l’état de la Floride parce qu’il n’était pas au courant de l’attaque du 16 décembre et qu’il n’y avait aucune participation. Il n’était qu’un messager, dit-il. Du moins, Frometa espère que la bonne réponse est "C" puisque le FBI est au courant de la revendication. Il est à peu certain que son téléphone est sur écoute et qu’il y a des micros dans son bureau. Ce ne serait d’ailleurs pas étonnant. Au mois de décembre 1994 un juge fédéral à Miami l’a condamné à trois ans de prison pour avoir tenté d’acheter un missile Stinger, trois roquettes anti-char et une lance-grenades à un agent du FBI qui s’était fait passer pour une sergent de l’Armée états-unienne. Frometa a dit qu’il pensait utiliser ces armes pour tuer Castro. Malgré ces échecs, Frometa est fier de son statut d’exilé Cubain, reconnu officiellement par une visite en 1991 au Département d’État et à Radio Marti, des interventions régulières à Radio Mambi dans l’émission d’Armando Perez-Roura pour appeler à l’action armée contre le régime de Castro, et des lettres qu’il a reçues de la Représentante Républicaine Ileana Ros-Lehtinen, du gouverneur Jeb Bush et de Bill Clinton. Dans une lettre datée du 8 juillet 1996, Ros-Lehtinen écrivit à Frometa : "Vous avez dit à mon assistant, Yildris, que vous étiez reconnaissant de tous les efforts accomplis en votre faveur par moi et mon équipe. Vous croyez aussi que, dans l’ensemble, j’ai fait un excellent travail au Congrès cette année, ainsi que dans le passé. C’est toujours un plaisir d’entendre des propos aussi gentils et de tels encouragements d’une personne telle que vous... Je suis heureuse d’avoir pu vous servir". Aujourd’hui Frometa attend toujours la réponse du Président George W. Bush à une lettre qu’il a envoyée au printemps dernier. Le commandant de F-4 se déclarait "préoccupé" de n’avoir pas figuré parmi les dirigeants exilés invités à la Maison Blanche pour assister sur scène au dernier discours de l’année du président au Centre James L. Knight. "J’ai eu l’honneur d’être invité par votre frère Jeb Bush à différentes activités politiques et j’étais présent à Coconut Grove pour soutenir votre candidature à la présidence," écrivit Frometa. Il rappela une précédente envoyée au président au lendemain des attentats du 11 Septembre. "Les commandos F-4 ont été parmi les premiers à se placer sous vos ordres aux cotés des forces armées et cette grande nation. Pour cette raison, je ne comprends pas comment nous avons pu être oubliés pour un événement aussi important pour nous qui combattons sans relâche pour la libération de notre patrie." Mais, assura-t-il, lui et ses collègues de F-4 continueraient à être Républicains, amis de la famille Bush, et partisans du Gouverneur Jeb Bush. Frometa avait aussi envoyé une copie de la lettre à Jeb, qui répondit cinq mois plus tard alors qu’il était déjà dans les dernières quatre semaines de sa campagne électorale pour sa réélection et comptait sur les légions anti-castristes excitées de la circonscription de Miami-Dade. "J’ai reçu la lettre que vous désirez faire parvenir au Président George W. Bush et je l’ai fait suivre à son bureau," écrivit le Gouverneur Bush à Frometa dans une lettre datée du 20 septembre 2002. "S’il y a autre chose que je puisse faire pour vous, n’hésitez pas à me le faire savoir." Si Frometa a l’air dérangé ou même "cinglé" comme a dit de lui quelqu’un du gouvernement US qui savait de quoi il parlait, c’est peut-être à cause de plusieurs expériences traumatisantes en rapport avec la révolution Cubaine. Adolescent, Frometa avait combattu la dictature de Batista mais quitta l’Armée Révolutionnaire en 1963 lorsque le régime de Castro voulut l’envoyer à Moscou pour une formation militaire. Frometa quitta Cuba en 1968, via la base navale de Guantanamo, et s’installa à New York. Il rejoignit rapidement le groupe paramilitaire Alpha 66 [autre groupe armée anti-castriste - NDT] et se porta volontaire pour combattre au Vietnam, mais il ne fut jamais appelé. Sa rage le propulsa du New Jersey à La Havane, en toute légalité, en 1981 pour recruter sur l’île des agents armés. "Mon plan était de créer une opposition interne à Cuba," expliqua-t-il, "d’organiser une opposition contre Castro à l’intérieur de Cuba parce que j’avais compris que les opérations menées de l’extérieur ne marchaient jamais parce qu’il y avait toujours un indicateur et Castro nous attendait." [ note du traducteur : quel bel aveu en défense des Cinq de Miami... ]. Mais il y avait des indicateurs aussi à l’intérieur de Cuba, et Frometa passa dix années en prison. Puis il fut traumatisé par les décès d’un de ses fils, de son frère et de son père, pour lesquels il tient Castro responsable. Selon Frometa, son fils fut tué en 1985 par des collègues soldats après avoir refusé de ramasser une arme et de tirer. Des agents du gouvernement on roulé sur son frère avec une voiture en 1996 après que celui-ci ait menacé de dénoncer publiquement la torture de Rodolfo par des gardiens de prison. Son père, dit-il, est mort d’une crise cardiaque en 1987 en apprenant que Rodolfo était dans le "Rectangle de la Mort", dans la prison Villa Marista de la Havane, que Frometa décrit comme un trou à rats sans WC où les prisonniers étaient torturés et privés d’eau pendant plusieurs jours. (New Times n’est pas en mesure de confirmer les dires de Frometa.) Après avoir frôlé la mort lors d’une grève de la faim de 124 jours en 1991, le gouvernement Cubain déporta Frometa à Miami, où les dirigeants de l’exil l’accueillirent comme un héros. Trois ans plus tard il faut arrêté pour avoir tenté d’acheter un missile Stinger. Afin de mieux respecter la Loi de Neutralité qui, entre autres, interdit le transport d’armes entre les États-Unis et Cuba sans une licence, le politique de F-4 s’est modifié depuis l’échec de 1994. "A cette époque, j’avais bien l’intention de faire exploser la tête de Fidel Castro," avoue Frometa. A présent les actions armées sont planifiées et exécutées par des cellules dans l’île. "Ce travail est accompli par la direction nationale de F-4 à l’intérieur de Cuba, sans contacts physique avec moi. Ils planifient tout ce qu’ils doivent faire et après l’avoir fait - ils ne me disent même pas comment ils ont prévu de le faire - ils me font un rapport que j’envoie à la presse. De nos jours, je suis comme un porte-parole de F-4 aux États-Unis. Celui qui donne les ordres se trouve à Cuba." Le gouvernement de Castro a nié qu’un attentat a eu lieu le 16 décembre ou à une autre date. Mais les officiels Cubains pensent que les bonnes réponses sont "B" et "D" (mal et illégal). Le 16 janvier, le président de l’Assemblée Nationale Cubaine, Ricardo Alarcon, a tenu une conférence de presse pour critiquer l’immobilisme du FBI alors qu’il existait de "nombreuses informations détaillées" sur les activités terroristes organisées à Miami contre Cuba. Il nota que deux agents du FBI avaient reçu des documents au cours d’une visite à la Havane en juin 1998. Deux mois plus tard les informations étaient transmises au New York Times, qu’Alarcon critiqua pour ne les avoir jamais publiées. Le mois suivant, comme pour enfoncer le clou, le FBI arrêta quinze agents Cubains qui étaient précisément à Miami, selon La Havane, pour surveiller les terroristes anti-castristes. "Le FBI est en train de commettre un crime en laissant les terroristes en liberté, en n’enquêtant pas sur les terroristes, et en ne mettant pas un terme au terrorisme," fulmina Alarcon. Au lendemain de la conférence de presse le gouvernement cubain adressa une note à la Section des Intérêts des États-Unis à la Havane. La note faisait suite à la revendication par Frometa de l’attentat supposé contre Roque, nous a déclaré le conseiller d’Alarcon, Miguel Alvarez. Elle fut émise pour protester contre "l’impunité dont bénéficiaient ces terroristes basées à Miami," ajouta-t-il. Une porte-parole du bureau du FBI à Miami-Dade a déclaré que l’agence ne désirait pas faire de commentaire sur les affirmations de Frometa. Pas plus qu’elle ne ferait de commentaires sur une enquête éventuelle du FBI. Question pour un champion, deuxième question : un groupe anti-exilé assassine un cubain de la CIA à Miami, ou tente de le faire. Le dirigeant du groupe anti-exilé à la Havane annonce la nouvelle mais insiste pour dire qu’il n’en savait rien et qu’il n’y est pour rien. Le gouvernement Cubain garde le silence. C’est A) bien, B) mal, C) légal, D) illégal, E) le genre d’activité pour laquelle les autorités états-uniennes et cubaines devraient mener une enquête. (FIN) |