"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba,
nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"


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Rubrique : ALLOCUTIONS Thèmes : REVOLUTION CUBAINE | USA/ETATS-UNIS
Fidel Castro - interview journal Clarin, Argentine, mai 2003
par CASTRO Fidel
lundi 26 mai 2003

Journaliste. Monsieur le président, pouvons-nous entrer en matière ?

Fidel Castro. Oui, le temps presse, semble-t-il.

Journaliste. Alors, une bonne entrée en matière pourrait être la suivante : Nous sommes à une étape de restructuration du système international, pas forcément par le droit, mais par la force, comme nous venons de le voir. Cuba - vous ne cessez de le rappeler - se retrouve depuis des décennies soumis à un blocus qui constitue une entrave essentielle à la sécurisation de l’expérience politique dans l’île, de la vie dans l’île. Croyez-vous que sa situation actuelle, compte tenu de cette restructuration qu’incarne George Bush, est plus précaire, est plus grave ?

Fidel Castro. Ça dépend des possibilités de cette restructuration. En tout cas, je peux répondre à ta question : oui, sa situation est plus périlleuse et plus grave. Mais pas seulement pour Cuba. Va savoir pour combien d’autres... Parce qu’il faudrait résoudre l’équation qu’il a posée quand il a dit que les USA pourraient attaquer une soixantaine de pays ou plus. L’inconnue de cette équation-là, c’est ce « ou plus » ! Quand, quelques jours après, quelqu’un a présenté aux Etats-Unis une initiative proposant d’attaquer les Pays-Bas si jamais la Cour pénale internationale de La Haye punissait un Nord-Américain, on a pu constater que l’inconnue en question grandissait. Je ne sais qui échappe à ce « ou plus ».

Journaliste. Mais cette restructuration, monsieur le président, dépend plus de recours à la force que du règne de la loi. Quand vous dites - et je suis d’accord - qu’il y a plus de précarité pour toute la région, il faut tenir compte du fait qu’à la différences de la décennie antérieure, on voit apparaître des gouvernements, ou du moins des propositions politiques, qui traduisent une lassitude de l’Amérique latine envers l’injustice, envers, disons, le modèle néo-libéral, envers le consensus de Washington - peu importe comment on l’appelle - une lassitude envers l’injustice. Et tout ceci nous pousse à penser, comme l’Histoire nous l’apprend, qu’il peut y avoir de plus gros risques d’affrontement avec les Etats-Unis. Comment voyez-vous l’avenir, non plus de Cuba, mais de la région ? Je parle de Chávez, au Venezuela, de Lula au Brésil, à ce qu’ils signifient...

Fidel Castro. Le danger n’est pas seulement pour la région, il est pour le monde entier. Mais puisque tu parles de l région... Oui, le danger existe : il y a des risques d’agression, ou des risques qu’elle soit dévorée ; des risques qu’elle soit soumise, qu’on s’empare de ses ressources naturelles, des risques qu’on lui impose un système, celui de la mondialisation néo-libérale, qui est vraiment en crise, comme le prouve tout ce qui se passe. Cuba occupe la première place, elle a l’honneur de courir le risque le plus grave.

Journaliste. Peut-être que, même si Cuba court un grand risque, la Colombie court-elle le plus grave dans notre région. On pourrait penser que le gouvernement lui-même réclame une intervention du continent pour militarise ce conflit vieux de plusieurs décennies, et qu’il sera très difficile aux autres pays, si les Etats-Unis soutiennent cette militarisation, et donc, pour parler clairement, une intervention militaire, de se soustraire à cette convocation.

Fidel Castro. Oui, mais tout ça vient d’avant cette administration-ci. Et un fait comme le Kosovo est aussi venu d’avant.

Journaliste. Oui, l’intervention de l’OTAN, bien sûr.

Fidel Castro. On parlait déjà de cette nouvelle conception stratégique de l’OTAN. Au Brésil, le 28 juin 1999, lors du Sommet des chefs d’Etat européens avec leurs homologues d’Amérique latine et des Caraïbes, j’ai posé quelques questions sur ce nouveau concept stratégique. Entre autres, qu’on nous précise si l’Amérique latine et les Caraïbes étaient comprises dans cette périphérie atlantique définie par l’OTAN.

J’en avais posé une autre, tout à fait pertinente : l’Union européenne vient, au bout de nombreuses discussions, de donner son soutien à une déclaration de ce Sommet-ci qui affirme que cette association stratégique repose sur le respect total du droit international et sur les objectifs et les principes contenus dans la Charte des Nations Unies, à savoir non-intervention, respect de la souveraineté, égalité entre les Etats et autodétermination. Cela veut-il dire que les Etats-Unis s’engagent aussi à respecter les principes contenus dans cet accord de leurs alliés ? Quelle sera l’attitude de l’Europe si les Etats-Unis décident unilatéralement de lancer des bombes et des missiles sous n’importe quel prétexte contre l’un des pays latino-américains ou caribéens ici réunis ? Je ne vais pas dire que ma question était de la provocation, elle était franche, tout simplement.

Fernando Henrique Cardoso, le chef d’Etat brésilien, qui présidait la séance, a dit que ces questions étaient très importantes et il a suggéré qu’on y réponde à la séance privée qui viendrait tout de suite après. Le chancelier allemand, Schröeder, et les autres dirigeants européens ont été d’accord.

La séance privée commence donc. J’attendais qu’on commence de répondre à mes questions, et on parlait de ci et de ça, le temps passait, et personne n’aborde le point. Je n’ai pas voulu me montrer impertinent et exiger une réponse. L’important, ce n’était pas la réponse, mais la question posée. Je savais qu’aucun des Européens ne pouvait dire un traître mot. Ce qui s’est passé les années suivantes explique tout. Et aujourd’hui, le rapport de forces est bien favorable aux Etats-Unis

J’ai posé récemment une question au chef du gouvernement espagnol au sujet de certaines recommandations qu’il a faites en pleine guerre du Kosovo, quelque chose de très sérieux. Il n’a toujours pas répondu sans doute parce qu’il ne peut pas le faire. Je suis arrivé à une conclusion, un peu en blague : « J’accuse, donc je n’existe pas. » Parce que je suis important pour certaines choses, surtout quand il faut m’accuser, mais quand je pose une question, la réponse est le silence absolu.

Mais sur le point concret que tu abordes, autrement dit cette politique qui s’insinuait comme une conception de domination du monde à laquelle participeraient la superpuissance et ses alliés, les traditionnels et quelques nouveaux qui sont plus dangereux encore parce qu’ils veulent gagner des galons le plus vite possible, oui, il y a eu des changements. Aujourd’hui, la situation est différente de l’époque où j’avais posé ma question sur le nouveau concept stratégique de l’OTAN, dont les idées viennent d’avant et qui se fondait sur différents arguments ou prétextes. Aujourd’hui, le gouvernement nord-américain n’a plus besoin désormais d’arguments ou de prétextes. L’autre concept s’inscrivait plus ou moins dans le cadre des Nations Unies et des privilèges du Conseil de sécurité ; celle-ci, en revanche, méconnaît totalement les Nations Unies, méconnaît le Conseil de sécurité, méconnaît l’Europe, méconnaît l’OTAN, méconnaît tout le monde. Cette nouvelle conception est absolument unilatérale.

Journaliste. Laissez-moi utiliser une image. Depuis la crise des Missiles jusqu’à cette administration-ci, tout ce que vous dîtes a pu se conformer peu à peu, mais il était en tout cas de plus en plus impossible de penser à une action militaire directe des USA contre Cuba, comme lors du blocus naval. Aujourd’hui, est-ce devenu plus possible ?

Fidel Castro. Oui, l’erreur est devenue plus possible. La logique indique qu’ils ne devraient pas le faire, mais nous ne pouvons pas nous en tenir à la logique, parce qu’elle n’existe plus beaucoup, pas plus que le droit international. À l’époque dont tu parles, le risque avait été très imminent durant un certain laps de temps, pendant un certain nombre de jours : aujourd’hui, le risque est permanent.

Journaliste. Voilà trente ans, la lassitude de l’injustice, comme disait Oscar, existait aussi en Amérique du Sud, en Argentine, au Chili, en Uruguay, avec les gouvernements que vous savez. Ces expériences ont conclu tragiquement pour notre pays. Pourquoi cela pourrait-il être différent aujourd’hui ?

Fidel Castro. De quelle expérience veux-tu parler ?

Journaliste. Des années 70. Le cas de Salvador Allende au Chili, de Campora-Perón en Argentine. Toute une vague contestataire latino-américaine qui a débouché sur des dictatures... (les voix se superposent)

Fidel Castro. Sur des tyrannies sanguinaires. Des choses horribles. Dignes, il me semble, de l’imagination la plus débridée.

Journaliste. Aujourd’hui, nous avons un printemps en Argentine...

Fidel Castro. Oui, oui, mais l’époque est différente. Je dirais même que c’est le meilleur moment de l’Amérique latine, à la différence de l’autre fois.

Journaliste. Le meilleur moment ?

Fidel Castro. Oui, le meilleur moment, de mon point de vue.

Journaliste. Pourquoi ?

Fidel Castro. Je vais expliquer pourquoi. Avant, c’étaient des pays isolés. La gauche gagne au Chili. Et, hop, aussitôt, un plan putschiste pour éviter qu’il occupe la présidence. Le plan échoue. Allende occupe la présidence. Il a agit discrètement. Je l’ai très bien connu, ce n’était pas un extrémiste. Et pourtant, tout a été fait d’entrée pour le renverser, tout a été fait pour créer les conditions. A quoi s’ajoutent les problèmes économiques, les réels et ceux qui ont été provoqués. Dans des circonstances pareilles, n’importe quel gouvernement se retrouve devant une vieille alternative : d’une part, des vieilles revendications, de vieilles réclamations des gens pour améliorer leur condition de vie le plus vite possible ; de l’autre, de vieux, de puissants intérêts qu’il n’est pas facile de vaincre, ce qui exige un action prudente et du temps. Ceux qui ont souffert le plus s’impatientent ; ceux qui ne veulent pas de changements travaillent pour provoquer l’usure rapide et le renversement du gouvernement. Oui, tout le monde sait que ce n’était pas une tâche facile.

L’époque argentine dont tu parles a aussi été très importante, mais avec des risques intrinsèques de nature interne. Un pays avec beaucoup de ressources - il faut le dire, ne vous fâchez pas si nous le disons - des ressources énormes de toutes sortes, alimentaires, énergétiques, industrielles.

Journaliste. Vous nous avez rappelé d’autres fois en public, comandante, que nous étions un pays riche et plus efficace.

Fidel Castro. Exact. Vous devez répondre à la critique par la critique.

En tout cas, les conditions d’alors étaient meilleures en ce sens qu’au Chili. Le Chili dépendait encore beaucoup du cuivre. Maintenant, il a développé d’autres secteurs, bien qu’il reste un pays agricole, bien d’autres secteurs, la pêche, par exemple, qui est devenue une source de revenus importants. Le pays est même devenu producteur de lait. L’agriculture a été importante. Le vin, sans minimiser les autres, a de la qualité, de la productivité et de la variété. Mais il a surtout développé les produits forestiers et les produits maritimes qui constituent des sources importantes de revenus. Il a aussi continué de développer les produits miniers. A l’époque, Allende ne disposait pas de toutes ces ressources. Beaucoup de besoins, beaucoup de revendications, des blocages directs et indirects, le gel des crédits.

Ah, la vulnérabilité de nos pays... De tous, sauf le nôtre. Ça me fait de la peine de le dire, mais vous devez dépendre ce que dit le Fonds monétaire, des crédits et des conditions extrêmement difficiles qu’il impose.

Je ne veux pas dire que nous n’avons pas de problèmes économiques, je dis que nous n’avons pas les entraves incontournables du reste de l’Amérique latine.

Journaliste. Ce ne sont pas les mêmes.

Fidel Castro. Cette rébellion de l’époque que vous avez mentionnée était plus isolée. La dette était là, bien entendu, de trois cent milliards de dollars à l’époque, le tiers de celle d’aujourd’hui. Allende remporte les élections en 1970.

Journaliste. Oui, fin 1970.

Fidel Castro. La dette latino-américaine était même inférieure à l’époque d’Allende. C’est en 1985 qu’elle s’est montée à trois cent milliards.

Les facteurs qui déterminent aujourd’hui l’inquiétude et la contestation sont bien plus généralisés dans le continent. Il n’y a plus d’oasis dans le cône Sud, dans les Antilles, en Amérique centrale, au Mexique. Elle prend un caractère mondial pour nos pays. La rébellion est bien plus généralisée. À l’autre époque, on ne connaissait pas encore cette mondialisation néo-libérale qui est terrible, de privatisation forcée, disons, de toutes les ressources, de mesures très rigoureuses qui condamnent les monnaies latino- américaines à fuir à tout prix. Le devoir de l’argent est de fuir, qu’il soit bien acquis ou mal acquis. C’est logique, parce qu’aucun pays latino-américain n’est en mesure de garantir la stabilité de sa monnaie. Même le Brésil qui a réussi à maintenir le réal pendant quelques années à la parité du dollar... Je ne sais plus très bien laquelle est venue d’abord, le réal brésilien ou le peso argentin. Je crois que c’est le réal qui est entré en crise avant le peso. Vous en souvenez-vous ? Toutes les deux avaient fait illusion à un moment donné, parce que les gens en avaient assez de l’inflation et voulaient une monnaie stable. L’inflation colossale et incontrôlable d’alors était un vrai cauchemar. A la différence de l’inflation progressive, qui est une tendance historique : un dollar actuel doit valoir l’équivalent d’environ dix cents d’il y a quarante ans.

Journaliste. Oui, en 1971, quand Nixon l’a déclaré inconvertible.

Fidel Castro. Avant, avec deux cents, on pouvait acheter des choses, même avec un seul cent. Maintenant, ce cent ne sert qu’à la pub : 10,99 dollars au lieu de 11, ou 99,99 au lieu de 100, pour créer l’effet psychologique du meilleur marché...

Quelle monnaie est-elle stable ? L’or avait été de la monnaie, comme le cacao l’avait été pour les Aztèques. Mais l’or et le cacao avaient une valeur en soi. Maintenant, allez savoir l’argent que le monde a dépensé en produisant cet instrument de change qu’était l’or.

L’idée d’autres instruments de change, d’un symbole de l’argent est bonne à mon avis. Le hic, c’est que le symbole est devenu quelque chose qu’on imprime à sa guise, un symbole dont on a abusé extraordinairement, même les Nord-Américains, parce que ce sont eux qui ont imprimé le plus de papier-monnaie, en supprimant sa conversion en or, comme vous l’avez signalé.

Je m’étends peut-être un peu trop, mais je voulais répondre que les circonstances sont très différentes, à cause de tous ces facteurs, et de l’argent qui s’enfuit parce qu’il doit s’enfuit. Si on vous impose que vous ne pouvez pas instaurer le contrôle des changes, le mécanisme est meurtrier. N’importe quelle instabilité, n’importe quel problème interne, n’importe quel problème économique - baisse des prix, déficit des exportations, déficit budgétaire - provoque ces conditions-là et l’argent tend à s’enfuir plus vite. Des mesures conseillées ou plutôt imposées par l’ordre économique actuel : hausse des taux d’intérêt, par exemple, pour que l’argent ne s’enfuie pas, à 40 p. 100, à 50 p. 100, et ensuite on doit emprunter à 52 p. 100, à 55 p. 100, et aucun pays ne peut survivre en empruntant à des taux pareils pour le capital de travail, pour les investissements, pour les agrandissements. Aucun.

Quand la crise a éclaté dans le Sud-Est asiatique, par exemple, Mahathir, qui avait établi un contrôle des changes, s’est retrouvé à un moment donné avec un taux d’intérêt de 14 p. 100 pour les emprunts, et il l’a baissé à 7 p. 100 pour sortir de la contraction, pour que les gens travaillent, pour créer des emplois et faire fonctionner l’économie.

Dans les conditions actuelles, l’Amérique latine vit une situation terrible. Quand je suis venu la dernière fois... Si vous me permettez de prendre une minute de plus...

Journaliste. Autant que vous voulez.

Fidel Castro. Je ne voudrais pas fâcher avec les gens qui m’attendent...

Journaliste. Ce n’est pas nous qui...

Fidel Castro. Je resterai volontiers avec vous trois heures... Donc, quand je suis venu en Argentine la première fois, voilà quarante-quatre ans, la dette de l’Amérique latine se montait à cinq milliards de dollars, et il m’est venu une idée - de ce genre d’idées bonnes ou mauvaise qui vous viennent toujours à l’esprit - et j’ai affirmé : « L’Amérique latine a besoin d’un plan Marshall. » L’Amérique latine devait se développer, la pauvreté était très grande, et on avait parlé du plan Marshall comme un exemple d’aide d’un pays ayant plus des ressources, et j’ai mentionné le chiffre de vingt milliards de dollars pour le développement économique et social de l’Amérique latine. Je ne sais si j’ai bien fait ou mal fait, mais je crois que ma proposition était correcte . Rubottom était alors, si j’ai bonne mémoire, le représentant nord-américain. Et qui allait dire que c’est exactement ce que Kennedy a fait ensuite.

Journaliste. Oui, avec l’Alliance pour le progrès.

Fidel Castro. Et même la réforme agraire. La première, c’est nous qui l’avons faite, en mai 1959. Jacobo Arbenz, juste pour avoir voulu en faire une, les USA lui ont envoyé une expédition. On sait la suite : deux cent mille morts, dont, sans exagérer, cent mille personnes disparues, et ce, selon des rapports et des études de gens très sérieux, dont certains sont morts pour avoir révélé des chiffres aussi épouvantables .

En 1985, la dette se montait à trois cent milliards de dollars. A Cuba, nous avons livré bataille contre cette dette, parce qu’on voyait ce qui arrivait. Cette mobilisation a permis d’aboutir à un petit quelque chose, parce ceux d’en face ont pris un peu peur et ont inventé une petite formule, les bons Brady, etc. Mais maintenant, ces bons Brady, il faut continuer de les rembourser. Aujourd’hui, la dette se chiffre à huit cent milliards. La Banque mondiale ne fait plus des prêts à des conditions de faveur, mais se consacre à des opérations de sauvetage, tandis que le Fonds monétaire est toujours plus strict et n’admet absolument rien. Et les premiers à payer les pots cassés, chaque fois que les gouvernements réduisent les budgets, ce sont les écoles, les hôpitaux, l’assistance sociale. Tout ceci crée beaucoup de mécontentement.

A Cuba, nous faisons beaucoup de conférences où assistent des enseignants. Des milliers de professeurs et d’éducateurs viennent à Cuba, un peu pour voir notre expérience, et aussi parce que la carence de budget les frappe durement : pas de crayons, pas de ceci, pas de cela. Les médecins, pareil. Tous les secteurs. Ce sont toujours les services sociaux qui paient les premiers les pots cassés.

Au triomphe de la Révolution, en 1959, je parle de vingt milliards. Vingt milliards qui valaient bien plus que maintenant : ce serait peut-être l’équivalent aujourd’hui de quatre-vingts milliards, en étant très prudent.

La dette actuelle est d’au moins huit cent milliards. Dont le paiement absorbe parfois, dans certains pays, plus de la moitié du budget. Aucun pays ne résiste à ça.

Dans de telles circonstances, la fuite des capitaux est inévitable. Si vous avez l’équivalent de cent mille dollars en or, vous pouvez les enterrer, les conserver ; mais si vous les avez en papier-monnaie national, vous les changez en dollars et vous les emportez. Comment le libre-échange est devenu obligatoire, c’est le « Sésame ouvre-toi », toutes les portes sont ouvertes et les gens emportent l’argent, parce qu’il existe une monnaie à peu près stable, qui est le dollar, du fait de la puissance de l’économie des USA, des privilèges de Bretton Woods où les USA s’étaient pourtant engagés à lui assurer une contrepartie en or.

La guerre du Viet Nam, qui a coûté cinq cent millions de dollars et qui a été financée sans la moindre levée d’impôts, a provoqué des problèmes terribles, et c’est alors que Nixon a décidé unilatéralement de suspendre la convertibilité du dollar, ce qui a fait partir en flèche la spéculation monétaire. De nos jours, les opérations spéculatives se chiffrent à des billions de dollars par jour. Plus aucune monnaie n’est sûre.

L’Angleterre, qui avait été la reine des finances, a vu sa livre sterling dévaluée dans le cadre d’une opération spéculative.

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