"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba,
nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"


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Rubrique : ALLOCUTIONS Thèmes : CDH-ONU | DROITS HUMAINS/DE L’HOMME
Felipe Perez Roque sur les droits de l’homme
par PEREZ ROQUE Felipe
vendredi 20 avril 2001

Comme vous le savez peut-être, les Etats-Unis ontfinalement réussi, de justesse, à faire condamner Cuba par la commission des Droits de l’Homme de l’ONU (22 contre 20).

Pour ceux qui croient que la Commission des Droits de l’Homme c’est fait pour traiter des questions de...euh... Droits de l’homme ? Non ?

Et non. Dans la plus pure tradition des dirigeants cubains qui aiment bien venir raconter "comment ça s’est passé", voici Felipe Roquez, Ministre des Affaires Etrangères de la République de Cuba, qui s’était déjà fait remarquer en levant le poing en pleine Nations Unies devant un parterre épouvanté, le voici donc en train de cafter, à la télé cubaine, sur ses petits camarades de "l’establishment" diplomatique mondial.

Commentaires de Felipe Perez Roque, Ministre Cubain des Affaires Etrangères - propos tenus lors de la table ronde organisée par la télévision cubaine, le 20 Avril 2001.

(Traduction de l’anglais vers le français à partir de la retranscription du Conseil d’Etat).

Version espagnole :

http://www.cubaminrex.cu/politicaglobal/a_socio/felipeddhhmesared.htm

Version anglaise :

http://www.cubaminrex.cu/versioningles/MESAREDONDA-CDH-ING.htm

Je pense que notre peuple a été largement informé sur cette question, mais, comme le camarade Fidel a dit, il y a encore beaucoup de choses à dire et à analyser. Et il y a aussi beaucoup de choses qu’on ne peut pas dire, parce qu’il s’agit d’informations sensibles que nous ne pouvons pas révéler, afin de protéger nos amis et beaucoup de diplomates qui sont authentiquement honnêtes et attachés à la vérité et qui nous ont fourni l’information et leur appui au cours de tout ce processus.

En premier lieu, il faut préciser que cette manouvre contre Cuba à Genève, qui est une des dernières armes contre Cuba qui reste au gouvernement des Etats-Unis, étant donné l’échec de toutes les autres, comme l’option militaire, le blocus économique et les campagnes de mensonge, est un exercice qui s’est usé avec le temps. C’est-à-dire que le monde entier est tout à fait conscient que la résolution américaine contre Cuba à Genève n’a aucune base, aucune explication réelle, aucun appui autre que celle de la puissance qui en est derrière et qui l’a imposée, à savoir le gouvernement américain. Et obtenir l’adoption de cette résolution devient pour eux de plus en plus difficile et n’a été acquise qu’à un prix politique à payer chaque fois plus élevé.

C’est la pour cette raison que le camarade Fidel qui dit qu’il s’agissait d’une victoire à la pyrhus, parce que le prix à payer pour obtenir la condamnation de Cuba à Genève devient de plus en plus élevé pour les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont imposé cette résolution pour la première fois en 1990, à un des moments les plus difficiles dans l’histoire de la Révolution. Ils ont réussi à l’imposer plus ou moins de la même manière jusqu’en 1997. En 1998, cependant, les Etats-Unis ne se sont pas rendus compte que cet exercice avait perdu toute crédibilité et cette année-là Cuba a réussi à faire repousser la résolution. Les Etats-Unis ont alors décidé de ne plus la soumettre directement.

En 1999, ils se sont servis de la République tchèque et ont réussi à faire adopter la résolution par un vote de 21 contre 20, grâce à une énorme pression et le chantage. L’année dernière ils ont réussi à l’obtenir avec un vote de 21 contre 18, en profitant du fait que la composition de la commission était plus favorable à leurs intérêts et en utilisant des procédures presque identiques à celles de l’année précédente, chose que nous avons analysé ici à cette table ronde.

Cette année, les perspectives leur ont paru défavorables et cela a poussé Powell à faire ces commentaires qui nous ont remplis de fierté, quand il a dit qu’il s’agissait d’un objectif de la plus haute priorité, que c’était une bataille difficile et qu’ils rassemblaient les forces contre Cuba. Cela vous donne une bonne idée de la façon que l’administration américaine a abordé cet exercice à Genève.

Finalement, le projet de la résolution a été soumis.

Comme tous nos citoyens le savent déjà, la Commission des Droits de l’homme, avec 53 Etats membres, dont un nombre est renouvelé chaque année, devait voter le 18 avril sur un projet de résolution soumis par la République tchèque, à la demande et conformément aux ordres des Etats-Unis.

Il y avait eu de longues digressions avant, que nous n’analyserons pas ici, parce qu’elles ont déjà été discutées. Pour la première fois, le projet de la résolution soumise par la République tchèque a inclus un paragraphe faisant référence au blocus contre Cuba, une condition exigée aux tchèques par l’Union européenne. Les tchèques ont été donc pris au piège entre la pression des Yankees, d’une part, qui voulaient omettre toute allusion au blocus et la pression de l’Union européenne, d’autre part, qui voulait tenter d’inclure une mention qui pourrait justifier un vote européen de soutien à la condamnation de Cuba par les Etats-Unis.

Finalement, l’Union européenne a cédé et le paragraphe a été retiré selon la volonté des Etats-Unis, de même que le texte de la résolution a, dans l’ensemble, été écrit selon la volonté des Etats-Unis.

Le projet de la résolution a été finalement soumis la veille du 18 avril, tout juste deux minutes avant le délai limite pour le faire et finalement la résolution a été présentée conjointement par 23 pays.

Les 23 pays qui ont présenté conjointement la résolution anti-cubaine

Je vais faire une pause un instant pour parler brièvement de ces 23 pays qui ont présenté cette résolution anti-cubaine, pour préciser qui a été impliqué dans cette manouvre, qui a participé de la façon la plus directe et emphatique.

Sur les 53 états membres de la Commission, huit présentèrent le projet de résolution. Pour vous donner une idée de ce que cela signifie, Cuba a déjà soumis des résolutions qui ont été appuyées par plus de 30 pays. Huit états membres de la Commission présentèrent la résolution : les Etats-Unis, évidemment, les tchèques, qui l’ont soumise, l’Allemagne, la Lettonie, le Royaume-Uni, la Pologne, le Canada et le Japon. Les autres états membres, même ceux qui ont voté en faveur de la résolution, n’ont pas participé à sa présentation ; ils n’ont pas voulu être perçus comme étant trop impliqués dans cette affaire. Les Yankees ont aussi réussi à obtenir l’adhésion de 15 autres pays, bien qu’ils ne soient pas membres de la commission. Autrement dit, bien qu’ils ne jouent aucun rôle dans la question, ils ont signé le papier. Ces pays sont la Hongrie, les Pays-Bas, l’Islande, la Bulgarie, le Nicaragua - le seul pays latino-américain ayant participé - la Suède, la Lituanie, le Danemark, la Slovénie, l’Albanie, l’Israël, l’Australie, la Slovaquie et la Finlande. Ils s’étaient jointes les années précédentes, l’année dernière et cette année aussi, avec un nouveau venu, la Suisse.. Personne ne sait pourquoi, même si on peut l’imaginer. En tout, 23 pays.

Il y a cinq pays qui ont toujours appuyé la résolution anti-cubaine. On peut dire qu’ils composent une avant-garde sur cette question. Ce sont les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Danemark et les Pays-Bas. Il y a trois pays qui se sont associés 11 fois, soit chaque année sauf une : les tchèques, les bulgares et les japonais. Et il y a quatre pays qui se sont associés à 10 occasions sur 12 : le Canada, la Suède, la Finlande et l’Islande. Je ferai quelques remarques un peu plus tard.

Ceux-ci sont les pays impliqués dans la manouvre, ceux qui fournissent leurs signatures pour le projet de la résolution. Certains d’entre eux aussi participent activement aux réunions avant la soumission de la résolution et c’est comme ça qu’on arrive à l’étape de discussion. Je parlerai de l’ambiance qui régnait un peu plus tard. Nous savons déjà que la résolution a été adoptée par un vote de 22 pour, 20 contre, 10 abstentions et une absence.

La stratégie américaine s’est usée et la seule façon qu’ils ont pour imposer cette résolution au reste du monde est de faire appel à ce genre de méthodes.

Nous devons préciser que les Etats-Unis n’ont réussi à obtenir qu’une seule voix de plus que l’année dernière, après tous ces efforts, la haute priorité accordée à la question, le rassemblement des forces et l’emploi de chantage dont nous avons déjà parlé. Nous reparlerons de tout cela un peu plus tard.

Nous avons obtenu deux voix de plus que l’année dernière et, en fait, 31 pays n’ont pas suivi les Etats-Unis, parce que sur les 53 états membres, 22 ont soutenu les Etats-Unis, mais 31 n’ont pas voté en leur faveur.

Malgré la pression directe exercée par les Yankees jusqu’à à la dernière minute, ces 31 pays ont soit voté contre la résolution, soit se sont abstenus.

Ils forment 60 % des membres de la Commission. Autrement dit, des 53 Etats membres, 60 % n’ont pas suivi les Etats-Unis dans cette manouvre anti-cubaine, malgré la pression sans précédent exercée par les Etats-Unis dans le monde entier, dans les capitales, à Genève, avec la participation des plus hauts fonctionnaires du gouvernement américain.

Donc, étant donné ces chiffres, nous pouvons affirmer que cette stratégie américaine s’est usée et la seule façon qu’ils ont pour imposer cette résolution au reste du monde est de faire appel à ce genre de méthodes.

Combien de voix les Etats-Unis ont-ils réussi à obtenir ? Eh bien, il y a les 16 voix acquises d’avance : les Etats-Unis et le Canada, ça fait deux ; le Japon et la Corée du Sud, quatre ; les huit pays de l’Europe occidentale, 12 ; et quatre voix de pays de l’Europe de l’Est, 16. Ce sont les voix que les Etats-Unis obtiennent automatiquement. En plus, ils ont obtenu, en Amérique Latine, les voix de l’Argentine, de l’Uruguay et du Costa Rica, ce qui était prévisible ; ils ont aussi obtenu la voix du Guatemala à la dernière minute, comme j’expliquerai plus tard, ce qui fait 20. Et ils ont obtenu le dernier coup de pouce dont ils avaient besoin en exerçant une pression énorme sur l’Afrique, et en recueillant cette fois-ci les voix de deux pays Africains : le Cameroun et le Madagascar. Voilà les 22 votes pour les Etats-Unis.

Cuba avait gardé l’appui des 10 pays qui avaient voté contre la résolution l’année dernière et qui avaient maintenu une position ferme face aux pressions en déclarant vouloir voter contre à nouveau, à savoir le Burundi, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Libéria, le Nigeria, le Pakistan, la Russie, le Venezuela et la Zambie.

Randy Alonso.- à propos, Felipe, dans le cas du Burundi, les gens ont vu les images que nous avons diffusées et rediffusées sur les pressions directes sur place, au moment du vote, jusque sur les sièges.

Felipe Pérez Roque. Randy, je ne pense pas que quiconque puisse nier la dignité avec laquelle le représentant du Burundi a refusé ne serait-ce que de regarder le représentant américain qui le menaçait là, qui le cajolait, qui lui faisait des propositions. Je ne peux pas imaginer combien ils lui ont offert, mais la dignité avec laquelle il a refusé ne serait-ce que de le regarder est le témoignage suffisant qu’il y a toujours beaucoup de gens dans le monde avec le sens de la dignité et de l’intégrité.

De plus, sept pays, qui sont les nouveaux membres de la Commission cette année, ont voté aussi contre le projet de la résolution : l’Algérie, la Libye, la Malaisie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Syrie et le Viêt-Nam. Et deux pays qui se sont abstenus l’année dernière ont voté contre la résolution cette année : le Swaziland et le Qatar. Voilà les 20 voix obtenues par notre pays.

Maintenant, que dire de l’ambiance dans la salle ? Je pense que ce serait utile de relire rapidement le rapport soumis par nos camarades à Genève à 3:00 ou 3:30 du matin, heure cubaine, ou plutôt l’heure à laquelle nous suivions le vote, ici à la Havane. Quand il est 3:00 du matin à la Havane, il est 9:00 du matin à Genève ; autrement dit, c’est six heures plus tard là-bas. Nous étions tous réunis ici, toute l’équipe au ministère, les camarades qui ont travaillé sur cette affaire, et les autres étaient là-bas, nous tenant informés.

Ils ont dit : "Au moment où notre délégation est arrivée au Palais des Nations," à peu près à 3:30 du matin heure cubaine, ou 9:30 du matin là-bas - "nous pouvions voir le déploiement massif de la délégation américaine dans les couloirs, dans le cafétéria et à l’intérieur du hall, avant même que le travail ne commence.

"Evidente aussi était la coopération fournie par la délégation du Royaume-Uni, qui est restée en communication constante avec la délégation américaine, transmettant des informations sur les mouvements de la délégation cubaine et les délégations à qui nous parlions et, surtout, travaillant en collaboration avec la délégation américaine sur certaines des délégations africaines.

"Une fois que le hall a commencé à se remplir de délégués, un grand nombre de délégués américains a manifestement continué ses activités." Ils avaient 38 personnes accréditées comme délégation officielle, et 40 autres personnes, membres de leur mission, comme renforts. L’ambassadeur américain au Rwanda a été envoyé à Genève pour diriger le groupe en charge d’exercer les pressions sur les Africains ; nous avons son nom par ici quelque part. Nous ne sommes pas sûrs s’il s’agit de l’ambassadeur lui-même ou d’un des hommes sous ses ordres en charge du harcèlement, de la pression et du chantage sur les Africains.

"Ils ont commencé à s’approcher de chaque délégation une à une, les sortant de la salle pour parler, faisant pression sur eux directement à leur place (siège). Ils ont suivi tous nos mouvements" - nos camarades ont dit - "jusque dans les moindres détails. Chaque fois que nous avions fini de parler avec une délégation, ils se déplaçaient immédiatement et ouvertement pour leur parler aussi.

"Ils ont même fait cela avec les délégations qui ont une position très ferme et claire contre la résolution, ou d’abstention, comme le Nigeria, la Zambie, le Burundi, l’Indonésie et d’autres. Il y a eu un véritable harcèlement durant toute la matinée, c’était évident aux yeux de toutes les délégations."

Vers 6:00 du matin, heure cubaine, une nouvelle est arrivée au ministère faisant état d’une rumeur qui circulait et qui disait que les Yankees travaillaient à faire retarder le vote, ce qu’ils avaient déjà essayé de faire en 1998 lorsqu’ils ont vu qu’ils n’avaient pas assez de voix. Quand ils ont vu qu’il était déjà 12:00, midi là-bas, 6:00 du matin ici, et qu’ils n’avaient pas les voix nécessaires, ils se sont mis au travail et la rumeur a commencé à circuler - nous l’avons publiquement dénoncé et nous nous sommes préparés à nous y opposer - qu’ils essayaient de voir s’ils pouvaient avoir 24 ou 48 heures de plus pour continuer à exercer des pressions sur les capitales dans le monde entier et à Genève.

C’était ça l’ambiance avant et pendant la session.

Quelle était la stratégie des Etats-Unis ?

Quelle était la stratégie des Etats-Unis ? La stratégie des Etats-Unis est simple et c’est celle qu’ils ont toujours employé. Puisque les Etats-Unis ont 16 voix acquises, celles de leurs alliés, que j’ai mentionnés, que font-ils ? Ils travaillent à recueillir des voix en Amérique latine, où il y a un certain nombre de pays, pas tous, même pas la majorité, qui sont facilement susceptibles de céder à la pression américaine, ou qui sont d’accord et qui sont complices de la manouvre anti-cubaine des Etats-Unis. Donc ils ont rapidement arraché le soutien de l’Argentine, qui leur été acquis d’avance, de l’Uruguay et du Costa Rica. Cela leur a fait 19 voix.

La vérité est la suivante : le matin du jour du vote, à 9:00 du matin heure cubain, nous avions l’engagement de 24 pays à voter contre la résolution et les Etats-Unis en avaient 19. C’est un fait. La seule façon que les Etats-Unis pouvaient imposer la résolution était de faire ce qu’ils ont fait, déclencher une pression brutale dans les dernières heures, quand ils ont compris comme le grand méchant loup - qu’ils n’auraient pas assez d’appuis à Genève et ils ont donc commencé à exercer leur pression sur les capitales du monde entier. Il a déjà été noté que le Président Bush y a participé, avec le vice-président, le secrétaire d’Etat, les fonctionnaires du Département d’Etat. Ils ont lancé une opération qui, en fin de compte, a réussi à faire céder sept pays et leur faire changer de position.

Qu’ont-ils réussi à faire, alors, avec 19 voix ? Tout d’abord, ils ont réussi à faire pression sur le Cameroun et faire changer sa position. Ils ont fait voter le Cameroun en faveur du projet de résolution. Le Cameroun s’abstenait toujours et, cette année, ils l’ont forcé à voter pour. Je ferai des remarques plus tard sur comment cela a été réalisé.

Alors ils ont réussi à prendre le Madagascar, qui avait voté contre le projet de la résolution l’année dernière et qui avait prévu de s’abstenir cette année. Ils ont réussi à le forcer à changer sa position et à voter pour. Cela leur faisait 21 voix.

Alors ils ont mis la pression sur le Guatemala - je ferai des remarques plus tard - et cela leur a donné 22 voix pour.

Une fois qu’ils ont eu 22 voix - Cuba avait encore le soutien de 24 - qu’ont-ils fait ensuite ? Ils ont commencé à faire pression sur les pays qui avaient accordé leur appui à Cuba, des pays du Tiers-Monde avec des problèmes graves - je ferai des remarques sur eux un par un plus tard. Ils ont réussi à démolir le Sénégal, qui s’était engagé à voter contre la résolution et a fini par s’abstenir. Alors ils sont arrivés pour travailler sur le Kenya, avec l’appui décisif des Anglais et le Kenya passé du vote contre à l’abstention. Alors ils ont réussi à obtenir l’abstention du Niger, qui avait voté contre le projet de la résolution l’année dernière ; le Niger avait décidé de voter contre cette année aussi. Et finalement ils ont réussi à faire quitter la salle à la délégation de la République démocratique du Congo, pour qu’elle ne soit pas présente lors du vote. L’année dernière, la République démocratique du Congo avait voté contre la résolution.

C’est comme ça qu’ils ont réussi à enlever à Cuba quatre voix que nous pouvions avoir, et nous nous sommes retrouvés avec l’appui de 20 pays après qu’ils aient réussi à faire céder ces quatre là.

Bon, y’a quelque chose de nouveau dans tout ça ? Non, il n’y avait rien de nouveau. Mme Vicky Huddleston, chef de la Section des Intérêts des Etats-Unis à la Havane, avaient organisé un déjeuner ici il y a quelque temps où elle avait invité les ambassadeurs des pays latino-américains qui sont membres de la Commission des Droits de l’homme. Elle a profité de l’occasion pour faire pression sur eux pour voter en faveur des Etats-Unis et leur a dit que, pour les Etats-Unis, la clef se trouvait dans les pays africains, dont un certain nombre pouvaient être sensibles aux pressions en raison de leur faiblesse et les problèmes auxquels ils ont à faire face. Elle a dit aussi qu’ils comptaient sur l’appui des pays latino-américains. En d’autres termes, nous savions déjà quelle serait la stratégie des Etats-Unis. Et cette stratégie est d’autant plus cruelle, d’autant plus effrontée, lorsqu’on se rend compte que les problèmes de l’Afrique sont en fait une conséquence du pillage impérialiste et colonialiste. Donc ils ont obtenu les voix qui leur manquaient en Afrique, dans des pays aux prises avec les problèmes de la dette, du sous-développement économique, des laissés-pour-compte de la globalisation, du SIDA ... j’ai une carte du SIDA ici, vraiment terrifiant et quelques statistiques qui vous donneront une bonne idée de la situation en Afrique : 17 millions d’Africains sont morts depuis le début de l’épidémie dont 3.7 millions d’enfants ; presque 12 millions d’enfants en Afrique sont orphelins à cause du SIDA ; des 36 millions de personnes dans le monde atteints du SIDA en 2000, 70 % se trouvaient dans l’Afrique subsaharienne.

Sur un continent avec de telles faiblesses, des problèmes épouvantables, qui est dépendant de l’aide internationale et des crédits du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, ils ont planté leurs crocs et se sont mis au travail à faire pression.

La manière brutale et sans scrupules avec laquelle les Etats-Unis ont imposé cette résolution.

Maintenant, comment ont-ils fait ? Jetons un coup d’oil au Cameroun, le premier pays qu’ils ont réussi à faire céder. Le Cameroun a un taux de mortalité infantile de 71 pour 1000. La statistique, comme vous savez, est toujours une sous-estimation, parce que vous ne pouvez pas compter précisément chaque cas. L’espérance de vie moyenne est de 54 ans et le taux d’analphabétisme est de 26 %. C’est un pays avec des problèmes économiques graves et un pays faible.

Qu’est-il arrivé au Cameroun ? Au milieu du mois de mars, le ministre adjoint des Affaires Etrangères de notre pays, Guerra Menchero, a rendu visite au Cameroun et les plus hautes autorités s’étaient engagés à maintenir leur position habituelle qui consistait à ne pas voter contre Cuba. Nous nous attendions à une abstention, parce que cela aurait été très difficile pour eux de résister à la pression des Yankees et de voter contre la résolution. Mais ensuite, quand Guerra Menchero est parti du Cameroun le 13 mars, une délégation du Département d’Etat américain est arrivé immédiatement ; ils se sont pratiquement rentrés dedans dans les couloirs du ministère des Affaires Etrangères camerounais. Et, bon, les autorités américaines étaient venues pour leur parler de la résolution à la Commission des Droits de l’homme.

La délégation Yankee - nous le savons - était très décidée à obtenir l’appui du Cameroun. "Ils ont rappelé au Cameroun le lien entre droits de l’homme et aide économique." Je lis ce que nos diplomates ont rapporté de la bouche des diplomates au Cameroun.

Les Yankees leur ont dit que "Amnesty International avait exprimé des préoccupations quant à la situation au Cameroun." Comme vous le savez, Amnesty International, théoriquement une organisation non gouvernementale, est un transnational qui vit du financement obtenu aux Etats-Unis et en Europe. "Il y avait des préoccupations au sujet des droits de l’homme au Cameroun et les Etats-Unis voulaient aider le Cameroun à éviter une condamnation à Genève. Mais pour les Etats-Unis, la question de Cuba était très importante et ils espéraient que le Cameroun comprendrait que la question de Cuba était une priorité pour les Etats-Unis et ils ont suggéré que l’ambassadeur camerounais à Genève reste en contact étroit avec la mission américaine à Genève." C’est ainsi qu’ils ont fait pression sur eux et quelques jours plus tard... Eh bien, nous avons vu les résultats. La veille du vote, l’ambassadeur camerounais à Genève était vraiment terrifié, bégayant, indécis. Il ne répondait pas au téléphone et n’a pas voulu voir nos diplomates ; on lui avait déjà donné ses instructions.

Il y a un long compte-rendu ici, que je ne vais pas lire. À 5:00 du matin, heure de la Havane, nous avons reçu la nouvelle du premier pays qui modifiait sa position. Notre délégation nous a informé que la délégation camerounaise leur avait dit qu’ils avaient reçus des instructions pour voter contre Cuba. J’ai parlé au ministre des Affaires Etrangères camerounais trois ou quatre fois, nous l’avons appelé d’ici. La première fois il a dit non, que ce n’était pas possible, qu’il rentrait de voyage la veille, que le Cameroun n’allait pas voter contre Cuba. Quand je l’ai appelé la deuxième fois, il m’a dit, "je n’ai pas su que l’on avait donné des instructions, le président a donné des instructions directes." Nous avons alors eu confirmation des pressions auxquelles ils avaient été soumises. Je l’ai appelé une troisième fois et il a finalement dit qu’ils ne pouvaient pas changer de position, qu’ils étaient dans une situation très difficile.

Je me souviens comment nous avons passionnément essayé d’expliquer qu’une abstention était un vote contre Cuba et que Cuba avait besoin de l’appui de l’Afrique. Mais alors nous nous sommes rendus compte que les Etats-Unis avaient exercé un chantage sur ce pays pour lui faire changer de position.

Est-Ce Que ceci pourrait nous amener à penser, ou notre peuple à croire, que le gouvernement du Cameroun et le peuple du Cameroun sont les ennemis de Cuba, qu’ils ne se sentent pas reconnaissants, profondément, pour ce que Cuba a fait pour l’Afrique, pour notre contribution au combat contre le colonialisme, contre l’apartheid ? Nous ne pouvons pas penser ainsi. Nous devons comprendre qu’ils ont été les victimes de pressions et de chantages. Et nous ne pouvons pas vraiment le voir comme un signe d’animosité ou l’hostilité à l’égard de Cuba. C’est simplement une question de faiblesse exploitée sans scrupules par la superpuissance impériale. C’est ce qui est arrivé au Cameroun.

Le Madagascar, un pays avec une espérance de vie moyenne de 57 ans, une mortalité infantile de 86 pour 1000, un produit intérieur brut de 780 dollars par personne, une dépendance extraordinaire de l’aide internationale, aux décisions américaines, aux crédits qui doivent être approuvés par la Banque mondiale, par le Fonds monétaire international. Ils ont mis la pression.

Un représentant spécial de Cuba est allé là-bas, le camarade Raúl Roa Kourí. Il est arrivé avec un message de notre gouvernement, demandant la coopération du Madagascar. Mais au final, ils subissaient durement des pressions. Nous avons reçu plus tard la confirmation que c’était le Bureau du Président, après la pression terrifiante des Etats-Unis, qui avait directement décidé de changer le vote du Madagascar ; l’année dernière ils avaient voté contre la résolution et cette année ils ont voté pour.

Le 12 avril, juste quelques jours avant, le ministre des Affaires Etrangères en intérim du Madagascar, qui occupait cette fonction pendant que le ministre des Affaires Etrangères était en voyage, a dit à Raul Kourí que le vote du Madagascar contre la résolution serait maintenu, puisqu’ils ne voyaient aucune raison de changer leur position. C’était le 12 avril et entre le 12 et le 18 avril, les Etats-Unis ont réussi à faire pression sur eux pour faire changer leur vote. C’est vraiment pour cela que le Madagascar a changé son vote : les Etats-Unis l’ont si brutalement menacé et ont exercé tellement de pression, qu’ils ont en fin de compte changé de position, après avoir voté en faveur de Cuba l’année dernière.

Quant à la République démocratique du Congo, les Etats-Unis ont exercé des pressions pour qu’ils ne votent même pas. C’était même pire que ça : les Etats-Unis les ont pressés de ne pas accorder leur soutien ni à la Chine, ni à Cuba, en leur faisant quitter la salle. Et quand le moment est arrivé lorsque les Etats-Unis ont voulu faire condamner l’Irak, les représentants de la République démocratique du Congo ont repris leurs places, ils ont voté contre l’Irak et se sont alors levés et sont sortis de nouveau. Autrement dit, la pression américaine les a poussé jusqu’à là.

Cela dit, nous parlons d’un pays qui a subi la dictature brutale de Mobutu, qui a été soutenu par les Etats-Unis et par différents pays européens. C’est un pays avec une mortalité infantile de 102 pour 1000, un pays avec une espérance de vie moyenne de 48 ans, selon les Nations Unies. Et je ne veux même pas entrer dans le détail des indicateurs sociaux, ou les guerres épouvantables que ce pays a supportées. Maintenant, quelle était la situation que les Yankees ont exploité dans le cas de la République démocratique du Congo ? Comme vous le savez, il y a un conflit là-bas impliquant différents pays africains et les représentants de la République démocratique du Congo ont été soumis à la pression lourde et le chantage des Etats-Unis. Nous savons, par exemple, que le Secrétaire d’Etat Colin Powell a personnellement appelé le Président Kabila.

N’importe quelle solution pour la paix au Congo doit être discutée et approuvée par le Conseil de sécurité. Nous le savons, dans le Conseil de sécurité, les Etats-Unis ont un droit de veto et peuvent boycotter les résolutions et ils ont employé cette pression contre la République démocratique du Congo. Si la République démocratique du Congo ne cédait pas, les Etats-Unis ne soutiendraient pas une solution pacifique pour le conflit qui saigne à blanc ce pays et c’est une priorité pour les autorités congolaises. La stabilité du gouvernement, mené par le fils de Président Kabila assassiné, dépend de la rencontre d’une solution pacifique et même l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo en dépend. Et ainsi les Etats-Unis ont fait pression et ils ont cédé, malgré le fait qu’ils nous avaient donné toutes leurs garanties.

Nous avons une copie du fax dans lequel le ministre de droits de l’homme, qui est responsable de ces questions dans la République démocratique du Congo, a ordonné à leur délégation, deux jours plus tôt, de voter en faveur de Cuba. Nous avons le fax. L’année dernière ils ont voté en faveur de Cuba, contre la résolution.

Qu’est-ce qui est arrivé ? La pression des Etats-Unis, l’appel de Powell, la grande pression de la menace des Etats-Unis de retirer leur soutien et de bloquer toute solution de paix au Congo, grâce à la pouvoir des Etats-Unis au sein du Conseil de sécurité.

Randy Alonso.-En fait, Felipe, la question du Congo a été discutée aujourd’hui dans le Conseil de sécurité.

Felipe Pérez Roque.-les Etats-Unis ont maintenu la pression sur eux jusqu’à ce que le but soit atteint. C’est un secret pour personne.

J’ai un long rapport ici, que je ne vais pas lire, qui vous donne vraiment une idée de l’agitation qui a eu lieu. Les représentants congolais se cachaient au huitième étage, se cachaient, parce qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le hall, en raison de la pression de la délégation américaine. La délégation chinoise les cherchait aussi, pour qu’ils puissent voter en faveur de la Chine ; ils les avaient aussi assurés de leur soutien. Les diplomates chinois les ont invité à déjeuner pour ne pas les perdre à nouveau. Les Congolais ont soudainement disparu, mais ont été rattrapés de nouveau ; une surveillance qui avait été organisée pour les retrouver et on les a vu passer et les représentants chinois sont allés leur courir après, avec un membre de notre délégation.

À l’entrée du Palais des Nations, un dernier effort a été fait pour les convaincre. Ils ont été terrifiés, ils ne pouvaient pas le faire, ils partaient, ils ne pouvaient pas le faire, ils avaient reçu des instructions pour être absents. C’était une vraie bagarre. "Vous devez rester, comment pouvez-vous nous faire ça maintenant ?" Nos camarades leur ont dit. Ils sont sortis en courant et ont sauté dans une voiture. C’est un fait.

Chaque fois que les représentants chinois s’approchaient d’eux... A un moment donné les chinois ont réussi à les convaincre et les Congolais ont repris leurs places, mais dès que les chinois sont retournés à leurs places, deux Yankees sont venus et ont emmené les Congolais dehors à nouveau, toute la délégation est partie en courant encore une fois. C’est dire le niveau d’agitation qui régnait. Il n’y a pas assez de temps pour tout analyser ici.

De nombreux coups de fil ont été donnés, des appels de nos camarades nous informant de ce qui se passait, des appels au Ministre Abelardo Moreno, au Ministre Guerra Menchero, à moi, rapportant tout ce qui se passait, jusqu’à ce qu’il n’y avait plus rien à faire.

Notre ambassadeur avait été reçu le matin même par le Président Kabila, là-bas au Congo ; mais la pression américaine était impossible à surmonter et à la dernière minute, la République démocratique du Congo a abandonné sa position antérieure et s’est absenté au moment du vote.

Et voici le Kenya. En ce qui concerne le Kenya, je vais simplement lire l’information suivante.

"Le Fonds monétaire international a transmis un ultimatum au gouvernement du Kenya pour l’application des réformes exigées.

"Le Fonds Monétaire a déclaré que les prêts seraient rétablis lorsque les autorités kenyanes auront accomplis les réformes promises sur la privatisation et qu’elles auront prises les mesures nécessaire pour la mise en place d’un gouvernement efficace.

"Une déclaration du Fonds indique qu’ils attendent un progrès pour le mi-Mai et que les pourparlers pourraient alors reprendre."

Nous avons affaire ici à un pays souffrant d’une sécheresse qui a causé la mort de quatre millions de personnes par la faim, un pays avec 1.6 millions de personnes atteintes du SIDA. Et les Etats-Unis mettent la pression.

Quelle explication nous ont-ils donné ? Le Kenya a désespérément besoin du Fonds monétaire international pour approuver un crédit de 150 millions de dollars et cela nécessite l’accord des américains. Le Fonds Monétaire ne leur donnera pas l’argent si les Etats-Unis ne l’autorisent pas et ils s’en sont servis pour faire pression sur eux.

Et écoutez ce rapport, qui se trouve être datée du 17 avril, la veille du vote :

"La Banque mondiale et d’autres donateurs ont promis environ 98 millions de dollars au Kenya pour ralentir la propagation de SIDA. La source cite le ministre kenyan de la présidence, qui a dit que la Banque mondiale accordait 50 millions de plus et que le gouvernement britannique" - les Anglais étaient ceux qui exerçaient directement les pressions sur le Kenya au nom des Etats-Unis - "par le biais du Département pour le Développement International offrirait 37 millions de dollars de plus." Ils s’en sont servis pour faire pression sur le Kenya, un pays avec 1.6 millions de personnes infectées du SIDA, un pays où on estime à 12 % la population adulte infectée du SIDA. Ils ont exercé des pressions avec le crédit du Fonds monétaire international, avec l’argent pour la lutte contre le SIDA et ils ont réussi à obtenir une abstention du Kenya, qui avait accordé son appui à Cuba.

Le Sénégal. Le Ministre Cabrisas était au Sénégal et le président avait promis et garanti l’appui de son pays à Cuba. Le matin même, les représentants sénégalais nous ont montré les instructions qu’ils avaient de voter contre la résolution, avant de recevoir un appel à la dernière minute du président, leur demandant de s’abstenir ; ils ont été soumis à d’énormes pressions. Nous les avons appelés, nous leur avons parlé. A ma demande, le Ministre Abelardo Moreno avait parlé un ou deux jours auparavant avec le ministre des Affaires Etrangères. Ils avaient réitéré leur intention de voter contre la résolution, en faveur de Cuba. Nous avons parlé avec eux de nouveau, mais à la fin c’était impossible. Je ne vais pas entrer dans les détails ici. Le Sénégal subissait des pressions de même nature, les mêmes types de pressions.

La même chose est arrivée dans le cas du Niger. En ce qui concerne le Niger, écoutez ceci. Dans une liste de 174 pays classés selon leur pauvreté, avec le plus pauvre au fond de la liste, le Niger est numéro 173 ; autrement dit, c’est le deuxième pays le plus pauvre du monde. Nous parlons d’un pays avec un produit intérieur brut de 190 dollars par personne, c’est de ce genre de pays dont nous parlons ici. C’est vraiment un des pays les plus pauvres du monde. L’espérance de vie est de 49 ans. La mortalité infantile de 166 par 1000. Le Niger a subi des pressions brutales.

Nous avons ici affaire à des chiffres et des statistiques qui ne reflètent jamais entièrement la réalité tragique, parce que chaque fois je cite un chiffre, vous devez vous rappeler qu’il s’agit en réalité d’une sous-estimation de la réalité.

Qu’est-il donc arrivé au Niger ? Eh bien, l’année dernière le Niger a voté contre la résolution anti-cubaine.

Alors, l’ambassade américaine au Niger a recommandé des mesures telles que celles-ci au Département d’Etat américain : "nous devons rouvrir le bureau USAID ici au Niger, et créer l’espoir que nous allons reprendre l’aide au développement : nous devons leur promettre un paquet d’aide économique ; nous devons inviter le Président à visiter les Etats-Unis." C’était ce genre de mesures que l’ambassade Yankee employait, en collaboration avec le Département d’Etat, comme nous l’avons découvert le 16 avril.

Le Département d’Etat a exercé une pression énorme à la fin. Je vais lire le rapport de notre ambassadeur :

"Le Premier ministre a dit à notre ambassadeur que le sous-secrétaire d’Etat américain pour l’Afrique l’avait appelé deux fois au petit matin, pour lui dire que s’ils ne votaient pas contre Cuba, le Niger ne profiterait pas de la loi commerciale africaine et que tous ses plans de développement financier avec le Fonds Monétaire et la Banque mondiale seraient boycottés, ce qui rendrait l’avenir du Niger extrêmement difficile et incertain. Le Premier ministre lui a dit qu’ils ne pouvaient pas voter contre Cuba et à une réunion urgente avec le président, ils ont en fin de compte adopté la décision de s’abstenir, par crainte de représailles des Etats-Unis."

C’est ainsi que le Niger a subi les pressions ; c’est l’explication qu’ils ont donnée eux-mêmes à notre ambassadeur.

Je pense que j’ai parlé assez longuement sur la pression exercée en Afrique. Néanmoins, je dois mentionner - bien que je ne puisse pas vous dire son nom - un diplomate qui ensuite, en larmes, lorsque nous étions seuls, nous a montré les instructions qu’elle avait reçues pour voter en faveur de Cuba. Alors elle nous a parlé de l’instant où ils ont changé ses instructions. Elle a dit qu’après le vote, l’ambassadeur américain s’était approché d’elle pour la remercier et elle lui a dit qu’il ne devait pas la remercier, parce qu’elle suivait seulement les instructions, et qu’elle n’était pas d’accord avec eux et elle a mis fin à la conversation.

On peut dire qu’elle en a eu vraiment honte, qu’elle se sentait mal et elle a raconté cette histoire avec des larmes aux yeux, aux diplomates cubains.

Il y a les exemples de trois ou quatre pays africains dont les représentants nous ont contacté après le vote et ils nous ont parlé de beaucoup de choses et cela nous a permis de voir la manière brutale et sans scrupules avec laquelle les Etats-Unis ont imposé cette résolution.

Il faut se rappeler que nous parlons de pays qui font face à des situations vraiment insupportables. D’un pays qui dépend de 150 millions de dollars, d’un autre qui dépend d’une autre type d’aide et les Etats-Unis se servent de cette information pour exercer leurs pressions et passer leurs coups de fil.

Il y a eu des ministres des Affaires Etrangères qui ont été réveillés au petit matin. Nous savons que le sous-secrétaire d’Etat à l’Afrique a appelé le Premier ministre du Niger au milieu de la nuit, à 4:00 du matin, heure locale, et c’est pourquoi le Niger a accepté de ne pas voter pour Cuba et de s’abstenir. C’est comme ça qu’ils se sont comportés.

Il y a des histoires innombrables comme celles-ci, que je pourrais continuer à vous raconter, mais je ne le ferai pas, à cause des contraintes de temps ; des histoires sur tous ces pays réveillés au milieu de la nuit.

J’ai raconté, au Ministère des Affaires Etrangères, que le secrétaire d’Etat Powell a appelé dix fois le président d’un pays d’Amérique latine. Hier, un diplomate américain en Uruguay a dit, sur un ton moqueur, à quelqu’un qui nous l’a ensuite raconté, que j’avais exagéré, ce n’était pas dix fois, mais six et que le nom du pays pouvait être révélé parce que ce n’était plus un secret. Il a dit à cette personne qu’il s’agissait de l’Equateur. En fait, je ne parlais pas de l’Equateur. En tout cas, nous avons appris par ce diplomate américain qu’ils ont appelé aussi l’Equateur, six fois, au petit matin. C’est le secrétaire d’Etat Powell qui l’a fait. Mais l’Equateur a persisté dans sa décision de s’abstenir et n’a pas cédé à la pression.

Et en Amérique Latine, il n’y a pas eu que l’Equateur à s’abstenir. La Colombie s’est abstenu, le Brésil s’est abstenu, le Pérou s’est abstenu. Et au matin du vote, les diplomates de plus d’un pays latino-américain nous ont dit que Bush lui-même appelait les présidents d’Amérique latine qui n’avaient pas encore pris de décision, pour leur demander de se joindre à la condamnation de Cuba. Et le secrétaire d’Etat Powell passaient de coups de fil et faisait pression aussi. Je donnerai quelques exemples plus tard.

Je vais faire quelques remarques sur le vote latino-américain.

L’Argentine. Le 19 janvier - écoutez bien, le 19 janvier - le Département d’Etat avait déjà demandé au ministère des Affaires Etrangères argentin de soutenir la résolution anti-cubaine. Je pense qu’on en a déjà assez parlé et que chacun sait que la réunion qui eu lieu aujourd’hui entre le Président de la Rúa et Bush en constitue la récompense - ça, plus la protection financière - pour l’Argentine d’avoir pris la même position que l’année dernière et de s’être jointe à la condamnation de Cuba. Je pense qu’il ne vaut pas même pas la peine de parler des maigres explications et des paroles creuses que les autorités argentines nous ont servies, parce qu’elles n’expliquent absolument rien : "amour pour le peuple Cubain" ; nous savons tous que ce n’est pas une question de relations charnelles.

Mais rappelez-vous le moment où le camarade Fidel a dit que, si le gouvernement argentin votait de nouveau avec les Etats-Unis, ils seraient les lèche-bottes des Yankees. Je dois dire que jamais auparavant dans l’histoire une épithète n’a décrit si bien et en si peu de mots un comportement veule. Vraiment, un jour comme aujourd’hui, il faut dire que ce mot n’a jamais été aussi bien employé pour désigner un gouvernement.

Je dois dire aussi que l’on ne sait pas vraiment à qui parler en Argentine, parce qu’en Argentine on ne connaît pas vraiment qui est responsable. J’imagine que l’on doit parler aux Yankees, au ministre Cavallo, ce n’est pas vraiment clair à qui on doit parler. Mais, bon, nous n’avons jamais compté sur l’appui de l’Argentine et nous savions ce qu’ils avaient l’intention de faire.

Le cas du Costa Rica est curieux, parce que le ministère des Affaires Etrangères du Costa Rica a dit tout le long qu’ils n’avaient pris aucune décision, juste pour éviter le débat public. Quand nous leur avons demandé si nous pouvions envoyer un représentant pour leur donner notre version de l’histoire, ils nous ont dit que non, qu’il serait préférable de ne pas venir, afin de ne pas remuer des choses, parce que cela rendrait l’abstention plus difficile et c’était ce qu’ils pensaient faire.

Cela dit, les Costaricains, le gouvernement du Costa Rica et le ministre des Affaires Etrangères, savent très bien que nous savons que le ministre des Affaires Etrangères avait conseillé au Président Rodríguez de s’abstenir. Il a estimé que l’image du Costa Rica était en jeu, parce que la manoeuvre avait atteint ses limites. Le ministère des Affaires Etrangères Costaricain a conseillé l’abstention ; le Président Rodríguez en a décidé autrement. Il a décidé de voter en faveur de la résolution Yankee, parce qu’il était sous la pression des Cubains contre-révolutionnaires au Costa Rica, qui, comme chacun le sait, possèdent presque tous les journaux là-bas. Ils sont presque tous des anciens partisans de Batista, avec des relations de famille proches de la maffia à Miami. Donc ils étaient sous cette pression, plus la pression des Etats-Unis, et le Président, à la fin, a pris cette décision.

J’ai dit au Ministère des Affaires Etrangères qu’on devait se souvenir que le Costa Rica était une colonie Yankee pour ce qui concerne la politique étrangère et que c’était un pays qui était incapable d’agir avec indépendance.

"Le gouvernement du Costa Rica," dit un communiqué qu’ils ont émis, "rejette énergiquement et catégoriquement les insinuations faites par le Ministre Cubain des Affaires Etrangères."

Maintenant, je dois clarifier une chose. Je n’ai rien insinué du tout, je l’ai dit clairement et je le répète aujourd’hui. Je ne fais pas d’insinuations, je répète clairement mes remarques que le gouvernement du Costa Rica est un gouvernement qui se soumet devant la pression américaine et devant la pression de la maffia cubaine de Miami et je vais vous donner trois raisons. Je ne vais pas laisser les choses en suspens, je vais vous donner trois raisons.

D’abord, le Costa Rica n’a aucune relation diplomatique avec Cuba, c’est un des trois pays en Amérique latine qui n’en a pas. Il n’ose pas, il ne peut pas. Ils nous ont dit : "nous voudrions, mais nous ne pouvons pas. Nous allons établir des relations au niveau consulaire." Et ils ont ouvert un consulat ici. Ils n’osent pas. Ils ne peuvent pas esquiver la pression Yankee. Je les mets au défi de me dire si les chose sont ainsi ou non.

Deuxièmement, le Président Rodríguez était un de ceux qui ne sont pas venus au Sommet Ibero-américain. Il ne pouvait pas venir, ils ont fait pression sur lui pour ne pas venir. D’autres chefs d’Etat latino-américains sont venus, la majorité, mais lui il ne pouvait pas venir. Je le mets au défi de nous dire s’il est libre de venir à Cuba ou s’il a cédé à la pression américaine et la pression de la maffia cubaine contre-révolutionnaire qui vit là-bas.

Troisièmement, une question. Si le Costa Rica est tellement préoccupé par les droits de l’homme et tout ça, est-ce que le Costa Rica voterait contre les Etats-Unis ? Le Costa Rica a-t-il jamais promu une seule initiative contre les Etats-Unis sur une question de droits de l’homme ? Est-ce que ce gouvernement du Costa Rica pourrait s’opposer aux Etats-Unis sur une question relative aux droits de l’homme et des relations internationales ? Allons, allons, chacun ici sait de quoi on parle. Nous en sommes tout à fait conscients et nous en avons parlé plusieurs fois avec eux.

La Commission des Droits de l’homme de l’Amérique centrale a dit que la prostitution des enfants était un problème en pleine expansion, selon des sources du gouvernement du Costa Rica et que San José, au Costa Rica, est un des endroits les plus touchés par ce fléau.

Selon ce rapport de Nations unies, le Costa Rica est considéré comme le pays d’Amérique centrale qui blanchit la plus grande quantité d’argent de la drogue. Et sur 925,000 enfants ayant entre 5 et 17 ans, 121,000 travaillent. Allons, chacun sait ici que le gouvernement Costaricain n’a pas l’indépendance pour prendre une position sur Cuba différente de celle des Etats-Unis. Ils devraient balayer devant leur porte.

Lázaro Barredo.-Felipe, si vous me permettez de le souligner, il est vrai aussi que l’organisation terroriste la plus criminelle de la Maffia a été fondée au Costa Rica, le CORU. C’est de là que sont venus Orlando Bosch et Mr. Posada Carriles, ceux qui ont mis la bombe dans l’avion. C’était là, lors d’une réunion à San José, Costa Rica, que le CORU fut crée par ces Cubains, dont beaucoup vivent là-bas.

Felipe Pérez Roque. - Et maintenant je vais vous raconter la dernière. Le communiqué dit que, en colère, "le gouvernement du Costa Rica, le ministère, a rappelé pour consultations le Consul général du Costa Rica à Cuba, Mr. Melvin Sáenz." Ils lui ont demandé de rentrer à San José pour y exprimer sa colère au sujet de nos déclarations. Nous avons conversé avec le consul ici à Cuba et nous savons qu’il connaît la vérité sur tout ce que nous avons dit et je suppose qu’il est en train de leur expliquer le degré de dignité et la fierté nationale qui existent ici à Cuba.

Alors il y a le cas du Guatemala. Je dois clarifier la chose suivante : le ministre des Affaires Etrangères guatémaltèque a dit aujourd’hui que la décision du Guatemala de voter en faveur de la condamnation de Cuba était motivée par le cas des trois citoyens guatémaltèques qui sont en prison à Cuba - allusion aux terroristes qui ont participé aux attentats à la bombe dans des hôtels cubains - parce qu’ils n’ont pas encore été présentés devant la justice et que la date du procès n’était pas connu. Ils disent qu’ils ont souvent contacté les autorités par l’intermédiaire de leur ambassade, ici à la Havane, pour tenter de faire passer ces gens devant la justice, mais que tous les efforts ont été inutiles et qu’en conséquence le Guatemala avait décidé de soutenir la résolution contre Cuba.

Le vice-président a dit aussi que nos pays étaient amis, mais que les principes ont eu la priorité sur tout le reste et que le Guatemala n’avait pas d’autre option que de soutenir la résolution contre Cuba.

Néanmoins, j’ai ce document ici qui raconte une autre histoire. Ce document est un message du Président Portillo au chef de la délégation guatémaltèque à Genève et il dit :

"M. le Président, chef de la délégation guatémaltèque : en tant que le chef de la délégation du gouvernement guatémaltèque à la Commission des Droits de l’homme, veuillez trouver par la présente mes instructions dans le cas où une résolution contre Cuba ou contre la République Populaire de Chine devait être présentée lors de la prochaine session. La position guatémaltèque devra être de s’abstenir ou de soutenir une motion visant à ne pas prendre de décision. Veuillez transmettre ces instructions à l’ambassadeur guatémaltèque à Genève, Antonio Arenales. "N’ayant rien de plus à ajouter, Veuillez agréer l’expression de mes sentiments distingués, Alfonso Portillo, Président du Guatemala. "

On suppose que si cette lettre a été envoyée à la fin du mois de mars, - la date de réception à l’ambassade guatémaltèque est le 27 mars - et ceci est une copie, alors le gouvernement guatémaltèque n’aurait pas pu décider de voter contre Cuba à cause des trois Guatémaltèques en prison, parce qu’il se trouve que le Ministère des Affaires Etrangères de Cuba a donné à l’ambassadeur guatémaltèque, ici à la Havane, cette note diplomatique du 4 avril. Elle dit ceci :

"En réponse à la préoccupation exprimée par la mission diplomatique guatémaltèque et par des fonctionnaires de votre ministère des Affaires Etrangères, nous" - le Ministère des Affaires Etrangères cubain - "a l’honneur de vous informer à nouveau que le Procureur Général cubain a requis de peines de prison de 30 ans pour untel, 25 pour l’autre homme et 20 pour le troisième" - il donne les noms des Guatémaltèques. Il dit aussi, "le Ministère des Affaires étrangères a l’honneur de vous informer que, selon nos informations, le procès des ressortissants guatémaltèques mentionnés ci-dessus commencera dans les semaines qui viennent.

"Le Ministère ne manquera pas d’informer l’ambassadeur de la République du Guatemala de la date exacte du début du procès."

C’était le 4 avril, et c’est une copie. Donc, bien que le ministre des Affaires Etrangères guatémaltèque dit qu’ils ont voté contre Cuba parce que Cuba ne leur avait pas donné d’information sur le procès, nous avons justement ici une copie de ce document dans lequel nous les avons informés, le 4 avril.

Alors - parlons franchement - de quoi s’agit il ?

Le 2 février de cette année, le Président Portillo du Guatemala a écrit une lettre au camarade Fidel dans lequel il dit : "au nom du peuple guatémaltèque et du gouvernement, je voudrais vous exprimer" - la lettre s’adresse à Fidel - "notre reconnaissance et notre gratitude pour le travail que des docteurs cubains, les experts en éducation et les enseignants accomplissent pour répondre aux besoins des Guatémaltèques.

"Leurs efforts sont une démonstration concrète de solidarité cubaine avec un pays frère."

"Le Guatemala se sent honoré que des médecins Guatémaltèques et des étudiants en médecine fassent partie des ces jeunes gens qui sont formés dans les universités cubaines dans l’idée de servir les autres et tout en recevant une solide formation.

"Nous les Guatémaltèques sommes fiers qu’en ce moment de l’histoire, votre pays et le nôtre marchent main dans la main avec un seul espoir dans nos cours et dans nos esprits : le bien-être de chaque latino-américain et la consolidation de la fraternité entre nos deux pays. Et nous nous sommes sentis encore plus fiers lorsque Cuba a dit oui aux efforts du gouvernement, que j’ai l’honneur de diriger, dans sa lutte contre la pauvreté, l’analphabétisme et la mortalité infantile.

"Nous vivons dans un monde globalisé où les objectifs économiques tentent d’avilir l’humanité et la richesse de nos cultures, mettant l’égoïsme au-dessus de la fraternité et l’arbitraire au-dessus de la justice. Mais il n’y a aucun doute M. le Président, que l’hospitalité et la grandeur de nos peuples nous permettront d’avancer dans le cadre de nos relations bilatérales qui promettent de devenir encore plus fortes, plus intenses et plus utiles pour Cuba et pour le Guatemala."

Ce sont des extraits d’une lettre que le président du Guatemala a envoyé au camarade Fidel en février, exprimant sa gratitude, son désir de développer encore plus nos relations bilatérales. Par contre, nous avons vu les instructions qu’il a envoyées.

Maintenant, le 29 mars, le sous-secrétaire d’Etat américain aux des affaires hémisphériques occidentales est allé au Guatemala pour examiner l’aide américaine au Guatemala pour les trois années à venir. Elle a eu des réunions avec des hauts fonctionnaires.

Le 10 avril, l’ambassadeur guatémaltèque à Genève déjeunait avec les membres du Congrès Ileana Ros-Lehtinen et Lincoln Diaz-Balart, à Genève.

[Note de CSP : ces deux personnes sont, parmi d’autres, les fers de lance de l’activisme anti-cubaine au Congrès américain. On retrouve aussi leurs noms dans l’affaire de "l’élection" de George Bush en Floride]

Le 13 avril, des sources fiables nous ont indiqué que le Président Portillo paraissait très tendu sur ce sujet et qu’il semblait hésiter entre la pression qu’il subissait pour voter la résolution américaine et sa gratitude envers Cuba.

Le 16 avril, deux jours avant le vote, notre ambassadeur a parlé avec le Président Portillo et a reçu l’engagement que le gouvernement guatémaltèque s’abstiendrait. Le président a dit que cette décision lui coûterait cher, puisque l’ambassadrice américaine lui avait conseillé de ne pas risquer de perdre l’appui américain, lui expliquant que ce gouvernement n’était pas comme Clinton, que ce gouvernement et Bush étaient particulièrement vindicatifs - c’est ce que l’ambassadrice américaine lui a dit. Elle a dit qu’ils analyseraient en détail les résultats du vote et n’oublieraient rien. Et il l’a raconté à notre ambassadeur. Néanmoins, il a dit que la décision de s’abstenir avait été discutée avec le président du Congrès, Mr. Rios Montt, avec le vice-président de la république et avec le ministre des Affaires Etrangères et qu’ils ont tous été d’accord avec cela. Il a dit aussi qu’il avait reçu des appels téléphoniques et des pressions, mais qu’il persévérerait dans sa décision de s’abstenir.

Dans la nuit du 17 avril, le jour avant le vote, le vice-ministre des Affaires Etrangères guatémaltèque a assuré notre ambassadeur rien n’avait changé et que l’information que l’on leur avait donnée sur le procès des terroristes guatémaltèques qui devait commencer dans les prochaines semaines avait retiré tous les obstacles.

Néanmoins, le matin du 18 avril, des signes que le président tentait d’appeler notre ambassadeur sont ont surgi. Alors, le ministre adjoint Moreno a reçu un appel de Genève, de Juan Antonio, un membre de notre délégation, qui a dit que l’ambassadeur guatémaltèque avait dit qu’il n’avait toujours pas reçu d’instructions contraires, qu’il avait toujours la ferme intention de s’abstenir. C’était à 10:50 heure cubaine. À 10:50 du matin - la résolution devait être votée à 3:00 de l’après-midi - 10 minutes avant 11:00, l’ambassadeur guatémaltèque avait des instructions pour s’abstenir. Mais entre 11:00 du matin et 3:00 de l’après-midi, les coups de fil américains incessants et la pression incessante ont empêché l’abstention guatémaltèque.

À 11:37 du matin, nous avons reçu des nouvelles de Genève selon lesquelles le Président Portillo avaient appelé l’ambassadeur guatémaltèque pour lui dire de voter en faveur de la résolution. C’est à ce moment là que le coup fut porté.

Il y a une longue histoire ici, que nous n’allons pas raconter en entier, d’appels téléphoniques dans les deux sens, de rencontres et de toutes sortes de manouvres et, finalement, le rapport de notre ambassade qui raconte que lorsque la session de la Commission fut terminée, Moose, l’ambassade ur américain, s’est approché de l’ambassadeur guatémaltèque et lui a donné une grande accolade.

Voilà l’histoire du vote du Guatemala. Nous avons réellement de bonnes raisons de croire que la question des terroristes n’était qu’un prétexte. Il faut dire que le gouvernement américain a mis une pression incroyable sur le gouvernement guatémaltèque, profitant d’une situation économique interne fragile dans ce pays pour faire pression et réussir à les faire changer d’avis au sujet de l’abstention.

Maintenant il y a l’Uruguay. Je vais juste lire ce rapport d’une conversation entre un diplomate américain et un ami de Cuba : "le diplomate américain a souri et a répondu qu’il ne pouvait ni confirmer, ni nier s’il était vrai que le coup de fil du Secrétaire d’Etat Powell au ministre des Affaires Etrangères Opertti a été passé pour exiger un vote de l’Uruguay contre Cuba. Il a dit qu’il ne pouvait ni le confirmer, ni le nier et a commencé à rire."

Mais je pense aussi que, pour comprendre pourquoi l’énorme manifestation qui a eu lieu à Montevideo pour exiger une modification du vote a été ignorée, ca vaut la peine de faire quelques remarques sur ce que la presse Uruguayenne a publié, parce que cela explique bien les choses.

Le quotidien La Republica, dans un article appelé "des tractations d’arrière-boutique sur un vote de condamnation" dit que le mercredi 11 avril, Le Ministre des Affaires Etrangères Opertti a reçu un coup de fil personnel de Colin Powell, dans lequel ce dernier lui a demandé de voter en faveur de la résolution américaine.

Selon la même source, l’équipe technique du ministère des Affaires Etrangères Uruguayenne avait initialement recommandé à l’Uruguay de s’abstenir.

Ensuite, il y a eu la visite du ministre des Affaires Etrangères tchèque en Uruguay, visite au cours de laquelle le Ministre des Affaires Etrangères Opertti s’est montré évasif et n’a pas dit comment il allait voter. Alors Opertti a été sommé par le Parlement et il leur a dit que le gouvernement n’avait pas encore pris de décision. Aucune force politique du Parlement Uruguayen n’a demandé la condamnation de Cuba, au contraire. Tout semblait indiquer qu’ils s’abstiendraient.

Nous savons très bien que le ministère des Affaires Etrangères Uruguayen avait conseillé au Président Batlle de s’abstenir et ce ministre des Affaires Etrangères Opertti, même lorsqu’il était sur le point de partir pour un voyage au Japon, a insisté sur le fait que l’Uruguay devait s’abstenir. Mais le président Batlle - et voici la partie croustillante de l’histoire - Powell a appelé Opertti et le lendemain, le 11 avril, le Président Batlle, qui avait déclaré le 7 avril : "nous voulons par dessus tout un accord avec les Etats-Unis," - il parlait du FTAA et tout ça, Powell appelle Opertti le 11 avril et le 12 avril, Batlle dit que l’Uruguay va voter contre Cuba. Il a dit qu’il était crucial pour les Etats-Unis d’obtenir un vote de condamnation contre Cuba et qu’il était important pour l’Uruguay d’envoyer à un signal positif aux Etats-Unis. "

Je pense que si quelqu’un se pose encore des questions, qu’il cherche quelles étaient les motivations et tente de trouver des explications, il ne trouvera rien d’autre.

J’ai expliqué ce qui est arrivé en Argentine, en Uruguay, au Costa Rica et au Guatemala et je pense que pour conclure je dois parler brièvement du vote du Mexique. Le Mexique s’est abstenu ; la position traditionnelle du Mexique dans la Commission a toujours été l’abstention. Une année le Mexique a même voté contre la résolution, lors d’un concours particulier de circonstances.

Qu’est-ce qui est arrivé avec le vote mexicain ? À fin janvier, le ministre adjoint mexicain des affaires étrangères est venu à Cuba, envoyé par le ministre des Affaires Etrangères, Castañeda. Il a été accompagné par Mme Mariclaire Acosta, qui est le chef de la délégation mexicaine à la Commission des Droits de l’homme.

Ils nous ont apporté un message de la part du ministre Castañeda, dans lequel il suggérait que pour faciliter la tâche du Mexique pour ne pas avoir à voter contre Cuba, et de se protéger de la pression américaine, étant donné que le président des Etats-Unis allait rendre visite à Fox dans les semaines qui suivaient, ils nous ont demandé de faire quelques concessions au Mexique en ce qui concerne les droits de l’homme. Par exemple, que nous prenions des dispositions pour que Mariclaire Acosta puisse rencontrer dans un restaurant public, dans un lieu public, les gens des groupuscules contre-révolutionnaires qui travaillent ici au service de l’ambassade Yankee.

Ils nous ont demandé de les laisser prendre en photo, pour bien montrer que Cuba avait un rapport spécial avec le Mexique sur ces questions. Bien sûr, nous avons rejeté cette proposition et d’autres de même nature. Nous leur avons dit non, et nous avons fait appel à l’esprit de dignité et d’indépendance d’un pays comme le Mexique qui avait une telle tradition historique.

Nous avons découvert plus tard que Mariclaire Acosta avait envoyé elle-même des questionnaires à ces groupuscules et, pendant son discours, elle a dit qu’elle avait des sources cubaines, elle faisait référence aux groupuscules, qui l’avaient informé de la situation à Cuba.

Il a été confirmé partout en l’Amérique latine que le Ministre des Affaires Etrangères Castañeda travaillait à l’élaboration d’un projet alternatif à la résolution tchèque et qui devait être soumis par l’Amérique latine. Nous avons appris plus tard, de sources très sures, que Castañeda s’est senti extrêmement contrarié de n’avoir pas pu faire tenir un rôle plus important au Mexique à cet égard.

Après, nous avons reçu ceci d’une autre source mexicaine et je pense que ca vaut la peine de le lire. C’est une source très sure, très proche de la question et très fiable, qui nous a dit ceci. C’est le rapport émis par l’ambassade. "Il a dit" - c’est de cette source dont il s’agit "que le Ministre des Affaires Etrangères Castañeda est susceptible de céder à la pression des Etats-Unis, parce qu’il a des engagements à leur égard. Il est effrayé par leur puissance il a un passé politique notoirement marqué par la déloyauté." C’est pas Cuba qui a dit ça, on nous l’a dit, et qu’il travaillait pour une condamnation de Cuba.

D’autres sources du Ministère des Affaires Etrangères nous ont dit que le Ministre des Affaires Etrangères Castañeda n’était pas heureux à l’idée d’une abstention du Mexique. Ils ont dit qu’il s’est senti contrarié de n’avoir pas pu faire tenir un rôle plus important au Mexique à cet égard dans ce cas particulier.

Alors quelle était la raison de l’abstention du Mexique ? Il faut donner une explication claire. La raison réelle de l’abstention du Mexique est qu’il y avait un grand mouvement populaire et une mobilisation de l’opinion publique Mexicaine qui a insisté pour que le Mexique n’adopte pas une position anti-cubaine.

Le 10 avril, les deux chambres du congrès mexicain se sont déclarées contre cette manouvre. Le Sénat mexicain a unanimement adopté une déclaration dans laquelle il a pressé le président mexicain d’assurer que la délégation mexicaine voterait contre toute résolution portant atteinte à la souveraineté de Cuba. La Chambre basse a adopté une déclaration affirmant que les relations entre Cuba, le Mexique et les Etats-Unis devaient être gouvernées par les principes d’autodétermination, d’égalité et de non-ingérence. C’est-à-dire que le congrès mexicain a pris une position qui était l’expression du mouvement populaire et de l’opinion publique et il était vraiment impossible de voter contre Cuba.

En second lieu, il y avait une lettre ouverte envoyée au Président Fox par plusieurs douzaines d’intellectuels mexicains parmi les plus respectés, qui a réellement exprimé le sentiment des intellectuels du pays, des écrivains et de l’opinion publique et qui ont soutenu l’idée que le Mexique ne devait pas participer à une condamnation de Cuba. C’est ce qui est arrivé.

Dans le cas du Mexique, nous nous sommes heurtés à l’entêtement, les efforts et la frustration du ministre des Affaires Etrangères de ce pays. Lamentablement, il a fait tout son possible pour faire condamner Cuba à Genève et faire changer la position du Mexique. Il a finalement échoué à présenter une résolution latino-américaine et, par conséquence, a échoué à convaincre le président de voter contre Cuba, à cause du fait incontestable que l’opinion publique mexicaine, le congrès, les intellectuels et la majorité de la presse étaient contre. En dernière analyse, c’est le motif de l’abstention du Mexique.

Donc je pense qu’il doit être dit que l’abstention du Mexique n’était pas vraiment un résultat des efforts et de la position du ministre des Affaires Etrangères mexicain, mais plutôt que c’était une abstention malgré sa position et en opposition avec ses tentatives énergiques de punir Cuba.

Autrement dit, l’abstention du Mexique a été vraiment provoquée par l’opinion publique mexicaine, par le Congrès. Ce n’était pas le résultat de la position personnelle du ministre des Affaires Etrangères mexicain, ni de ses efforts - cela doit être dit très franchement, il y a des choses qui doivent être dites ouvertement - c’était le résultat d’un mouvement contre l’avis du ministre des Affaires Etrangères mexicain. C’est la vérité et le peuple cubain doit savoir, parce que c’est un peuple mûr et politiquement bien informé, que c’ést ça qui se préparait et que c’est le fort sentiment de solidarité avec Cuba et les déclarations courageuses de tous les groupes politiques et des partis au Mexique qui ont empêché le Mexique de se joindre à la condamnation de Cuba.

Je ne vais pas faire des remarques ici, vous l’avez déjà fait, sur ce que la représentante mexicaine à la Commission a dit, à savoir qu’elle a exprimé sa frustration à ne pas avoir pu voter, comme certains d’entre eux le voulaient, en faveur de la résolution. C’est un fait.

Notre pays veut avoir des relations avec le Mexique, nous avons une histoire de bonnes relations, notre pays est solidaire avec le Mexique. Nous sommes le pays qui a le plus souvent exprimé sa solidarité avec le Mexique contre le traitement injuste des immigrants mexicains, 500 d’entre eux sont morts l’année dernière à la frontière américaine, victimes de meurtres ou de faim. Ces immigrants sont soumis à la violation la plus flagrante de droits de l’homme qu’on puisse imaginer. Mais la vérité doit être connue, et la vérité est que c’est bien comme ça que ça s’est passé.

Et ainsi, pour conclure, je pense que notre peuple ne doit avoir aucun doute que la seule chose que les Etats-Unis ont réalisé au cours de cet exercice usé, imposé sur les bases d’une pression brutale, est en fait une victoire à la pyrhus.

La victoire morale, le prestige et l’autorité appartiennent à notre pays. Nous avons reçu des messages innombrables des Nations unies nous félicitant, exprimant que cela a été une victoire pour Cuba. Personne ne peut nier l’effort digne et le courage d’un petit pays qui a résisté et qui a lutté contre la superpuissance impériale. Je crois que les jeunes diplomates cubains qui ont été là-bas ensemble avec l’Ambassadeur Amat, qui sont les représentants de la génération issue de la Révolution, ont gagné l’admiration de notre peuple et sont certainement un exemple digne de leur génération.

Un jour comme aujourd’hui, nous pourrions dire que les générations actuelles à Cuba défendent la Révolution avec autant de passion, autant de conviction, autant d’enthousiasme révolutionnaire que la génération qui a défait les Yankees à la Baie des Cochons il y a 40 ans.