"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba,
nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"


imprimer http://vdedaj.club.fr/spip/spip.php?article618

Rubrique : BACARDI Thèmes : BACARDI | BLOCUS/EMBARGO
Un instrument qui viole l’esprit et la lettre des lois des États-Unis
par MOLINA Gabriel
dimanche 5 novembre 2006

Au moment même où le gouvernement de George W. Bush prend une décision qui prive Cuba et la France du marché nord-américain de la célèbre marque de rhum Havana Club, au nom d’un blocus pour favoriser la firme Bacardi

C’EST la deuxième fois cette année que la firme Bacardi est accusée d’utiliser ses bénéfices pour influencer la politique des États-Unis.

Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW), un groupe ayant pour mission de démasquer la corruption politique, a rendu public un communiqué dans lequel il accuse devant la Commission fédérale des élections (FEC) des États-Unis le sénateur Bill Nelson et l’ancien ministre et actuel sénateur Mel Martinez, cubano-américain, d’avoir accepté plus de 60000 dollars chacun de l’entreprise de rhum et liqueurs Bacardi pour mener leurs campagnes électorales au Sénat.

CREW affirme que Bacardi viole la Loi fédérale sur la campagne électorale ainsi que les règlements de la FEC en demandant des contributions à une liste de distributeurs de la corporation pour les destiner à ces campagnes, ou encore en couvrant les frais de dîners et de boissons pour des activités organisées à ces mêmes fins au quartier général de la firme, le 11 mai 2004 en ce qui concerne Martinez et le 30 septembre 2005 pour Nelson.

CREW a déposé la première plainte contre Bacardi USA le 7 août dernier et fait maintenant verser au même dossier une nouvelle plainte concernant les fonds destinés aux campagnes de Nelson.

CREW identifie au moins dix employés de Hunton & Williams et du groupe MWW, affiliés à Bacardi, qui ont répondu à ces demandes en versant des contributions.

L’achat d’influences perpétré par Bacardi a une circonstance aggravante : ses motivations.

LES FIRMES NORD-AMÉRICAINES SONT DOUBLEMENT LÉSÉES PAR L’« EMBARGO »

La récente décision du gouvernement de George W. Bush qui permet à Bacardi de s’approprier la célèbre marque de rhum Havana Club aux États-Unis en invoquant le blocus intervient au moment où l’ex-ministre Martinez est accusé.

CREW accuse le sénateur Martinez d’avoir violé les lois électorales en s’abstenant de signaler que des cadres supérieurs de Bacardi, dont Eduardo Sardiña, principal exécutif de Bacardi USA, et Frederick Wilson, son conseiller général, ont contribué à sa campagne à hauteur de cinq mille dollars. Il saisit l’occasion pour demander à la FEC d’enquêter sur la campagne de Martinez pour son siège au Sénat du cycle 2003-2004.

Melanie Sloan, directrice exécutive de CREW, a fait remarquer que la situation est « un exemple qui illustre à merveille la manière dont des intérêts spéciaux utilisent l’argent des corporations pour acheter des influences à Washington ».

Nous croyons fermement que la Commission doit ouvrir une enquête et une inspection ».

La dénonciation est intervenue vingt-quatre heures avant que le Wall Street Journal ait fait savoir, le 8 août, que Bacardi était sur le point de relancer la marque de rhum Havana Club sur le marché des États-Unis.

Le Département du Trésor des États-Unis a ouvert la voie à Bacardi en refusant à l’entreprise franco-cubaine Havana Club International la licence nécessaire pour réinscrire la propriété de la marque auprès du Registre des marques et des brevets des États-Unis. Cette entreprise mixte formée par la firme Pernod-Ricard et Cuba Ron, distribue la marque dans le monde entier sauf aux États-Unis où, bien que propriétaire du droit depuis 1974, la vente est interdite au nom du blocus contre Cuba, dénommé « embargo ».

Un tribunal des États-Unis en avait concédé le droit à Bacardi en 1999. L’entreprise cubano-française le récupéra suite à un recours devant une instance supérieure d’un tribunal fédéral. Mais la décision du gouvernement de Bush interdisant à Havana Club International de payer les droits de réinscription de la marque ouvrait la voie de l’illégalité à Bacardi, qui fait fi de l’esprit et de la lettre des lois protégeant la propriété des marques sur le marché international.

Le sénateur Martinez, de même que les congressistes Iliana Ros Lehtinen, Mario et Lincoln Diaz Balart, tous trois cubano-américains, avec la complicité de Tom DeLay, lider républicain de la Chambre, ont toujours représenté très volontiers les intérêts de Bacardi auprès du gouvernement et du Congrès, au détriment des milliers de firmes les États-Unis qui, à partir de là, ne pourront plus émettre de réclamations sur les droits des marques.

Ils l’ont fait tant et si bien que la loi Helms-Burton Åfinancée par Bacardi et soutenue, en 1996, par ce groupeÅ, qui confère au gouvernement des États-Unis le droit de décider quand un futur gouvernement de Cuba peut être considéré comme démocratiquement élu, est connue dans les cercles financiers et politiques comme Loi Bacardi.

La Loi Bacardi, fille putative du blocus contre Cuba, est un échantillon de la manière dont ledit embargo est utilisé pour violer l’esprit et la lettre des lois des États-Unis, faire du tort aux autres compagnies de ce pays qui se voient interdire tout commerce avec Cuba et corrompre ses fonctionnaires et législateurs, comme c’est le cas de Tom DeLay, qui a dû renoncer à son siège à la Chambre, accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de la part de Jack Abramov, de Bacardi.

http://www.granma.cu/frances/2006/noviembre/juev2/instrum-f.html