"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba,
nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"


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Rubrique : ANALYSES Thèmes : DESINFORMATION | SOLIDARITE
Mes encouragements à Nicole Borvo
par DEDAJ Viktor
mercredi 15 décembre 2004

Mme Borvo,

En tant que sénatrice communiste, vous avez récemment pris position pour vous féliciter de la libération de cinq dissidents cubains. (*)

Certains de mes compagnons d’armes, sans doute aveuglés par leur castrisme primaire, ont cru bon de réagir vivement à vos propos pour les critiquer. Ce n’est pas mon cas.

Certes, le contenu de votre déclaration laisse à désirer, c’est certain, mais mes camarades ont réagi épidermiquement alors que je vois des aspects tout à fait positifs dans votre intervention. En effet, il était grand temps que le Parti Communiste Français connaisse un rajeunissement de ses cadres et je ne peux que me féliciter de constater que le mouvement semble désormais amorcé. Et oui, Mme Borvo, je ne vous connais pas, mais vos propos laissent percer la naïveté et la blancheur d’une colombe fraîchement débarquée dans l’arène cruelle de la politique internationale, notamment dans la périphérie des Etats-Unis d’Amérique. Votre enthousiasme fait plaisir à voir. Et même si votre toute nouvelle activité dans le Parti a commencé d’une manière plutôt catastrophique, j’ai confiance en votre capacité à tirer des leçons de l’Histoire.

Vous lirez, si vous avez le temps, la documentation volumineuse sur la guerre menée tous les jours, à tous les niveaux, et sous toutes ses formes par les Etats-Unis contre Cuba. Je ne parle pas de ce que se contentent de relater la presse commerciale européenne, je parle des documents officiels et publics de l’administration états-unienne elle-même. Peut-être lirez-vous un jour les lois Torricelli et Helms-Burton. Vous y apprendrez que le renversement du régime cubain n’est pas une hypothèse, mais une obligation légale pour le gouvernement des Etats-Unis. Et oui, Mme Borvo, il existe des hommes politiques dans ce monde qui peuvent se permettre d’inscrire tout ce qu’ils veulent dans les lois de leur propre pays, y compris le renversement d’un régime étranger. Vous lirez aussi le rapport de 450 pages de Colin Powell remis à Bush en début d’année. Puis vous lirez que le bureau états-unien chargé de suivre les transactions financières du terrorisme international n’y consacre que 4 salariés, alors qu’il en consacre 20 pour saboter l’économie Cubaine.

Vous lirez, si vous avez le temps, combien de sociétés européennes, et françaises, ont été "punies" par les Etats-Unis pour avoir osé commercer avec Cuba. Et nous nous demanderons, Mme la Sénatrice, ce que vous faisiez pendant ce temps pour défendre les intérêts de nos entreprises. Nous répondrez-vous Mme Borvo ?

Vous lirez, si vous avez le temps, la saga de James Sabzali, qui a failli écoper d’une peine de prison à vie et de plusieurs dizaines de millions de dollars d’amende pour avoir vendu des purificateurs d’eau à des hôpitaux cubains, et ceci alors qu’il vivait et travaillait au Canada. Il n’a finalement écopé "que" de 10.000 dollars d’amende et d’un an de prison avec sursis. Et nous nous demanderons, Mme la Sénatrice, ce que vous feriez pour défendre un citoyen français qui se retrouverait dans la même situation. Nous répondrez-vous Mme Borvo ?

Vous lirez, si vous avez le temps, comment le représentant des Etats-Unis à Cuba, James Cason, est arrivé à La Havane en annonçant qu’il allait mettre Fidel Castro KO (sic). Vous apprendrez comment il s’est permis de menacer un ambassadeur occidental qui s’étonnait d’une telle prise de position publique de la part d’un diplomate en exercice. Et nous vous demanderons, Mme la Sénatrice, ce que vous feriez pour défendre un ambassadeur français en poste dans un pays étranger qui se verrait ouvertement menacé par le représentant des Etats-Unis. Nous répondrez-vous Mme Borvo ?

Vous lirez, si vous avez le temps, comment les préparatifs de la guerre en Irak ont servi de couverture à une véritable mise en condition du public pour une intervention similaire à Cuba. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les déclarations officielles US de l’époque qui l’indiquent. Et nous vous demanderons, Mme la Sénatrice, ce que vous feriez si d’aventure la France était ouvertement menacée par un Empire qui a déjà largement démontré son agressivité, et si d’aventure des éléments "dissidents" avaient cru leur heure arrivée et avaient ouvertement installé leur QG dans les locaux de la représentation diplomatique de l’Empire en question. Nous répondrez-vous Mme Borvo ?

Nous répondrez-vous sur votre capacité, ainsi que celle de vos collègues, à défendre un français poursuivi par les Etats-Unis par la grâce de l’extraterritorialité de la loi Helms-Burton ?

Nous répondrez-vous sur votre capacité, ainsi que celle de vos collègues, à défendre les entreprises françaises "punies" par les Etats-Unis pour avoir commercé avec Cuba ?

Nous répondrez-vous sur votre capacité, ainsi que celle de vos collègues, à défendre la France si d’aventure il venait à l’esprit d’un ennemi déclaré de renverser la République ?

Nous répondrez-vous, Mme la Sénatrice, ou vous contenterez-vous d’un communiqué de presse qui a fait sourire ceux qui manifestaient à Miami avec des banderoles annonçant "aujourd’hui l’Irak, demain Cuba" ?

Dans l’attente de votre réponse,

Recevez, Mme Borvo, les salutations militantes d’un ex-membre du PCF qui ne demande qu’à trouver des raisons pour y retourner.

Viktor Dedaj

décembre 2004

* * * *

Déclaration de Nicole Borvo, sénatrice de Paris, présidente du groupe CRC.

Cinq dissidents cubains, dont le poète Raul RIVERO, l’économiste Oscar ESPINOSA CHEPE ou le Président du Parti libéral démocratique viennent d’être libérés à Cuba. C’est une bonne nouvelle.

Du fait du blocus et de l’attitude à son égard du gouvernement Bush, le peuple cubain vit d’immenses difficultés. Les autorités cubaines se sont appuyées sur cette situation et sur la nécessité de se protéger, pour justifier les graves mesures de répression prises l’an dernier à l’égard des opposants politiques.

Notre solidarité à l’égard du peuple de Cuba, qui fait preuve d’un grand courage, ne saurait faire fi de ce qui fonde nos convictions politiques : l’objectif de l’émancipation humaine, qui suppose qu’aillent de pair liberté, justice et débat démocratique.

Il reste qu’il y a encore aujourd’hui soixante-trois opposants, condamnés lourdement en 2003, en prison.

Souhaitons qu’ils soient rapidement libérés.