"Lorsque les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n'avons rien dit, nous n'étions pas Cubains"
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Rubrique :
CINQ DE MIAMI
Thèmes :
5 DE MIAMI
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TERRORISME
par
CABRERA ALVAREZ Guillermo
jeudi 20 septembre 2007 Une histoire honteuse pour la France de la fin du XIXème siècle – et pour le monde -, fut la condamnation, en 1894, du Capitaine Alfred Dreyfus accusé d’espionnage. L’injustice dura jusqu’en 1906, douze années de captivité sanglante dans le pénitencier de l’Ile du Diable, en Guyane française. Une histoire honteuse pour les Etats-Unis de la fin du XXème siècle – et pour le monde : celle de cinq combattants antiterroristes enfermés depuis 1998, accusés, comme par enchantement politique, de conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage. Voilà déjà neuf ans qu’ils subissent un emprisonnement injuste. Les preuves dans l’affaire Dreyfus : aucune. Un morceau de papier manuscrit, trouvé par le Service des renseignements dans une poubelle à la porte de l’ambassade allemande, destiné à l’attaché militaire et signé « D », suffit à le faire condamner. Les preuves dans le cas des cinq Cubains : aucune. En juin 1998, le gouvernement de la République de Cuba, remet aux autorités étasuniennes – par l’intermédiaire du Prix Nobel de Littérature Gabriel Garcia Marquez -, de nombreuses pages de documents compromettants, huit heures de cassettes audio et vidéo qui apportent les preuves d’actes hostiles contre les Etats-Unis eux-mêmes. Les preuves étaient si claires qu’elles donnaient l’alerte au sujet de groupes terroristes en Floride, au moment même où s’entraînaient dans cette zone certains des pilotes qui transformèrent des avions de passagers en missiles de guerre pour attaquer le World Trade Center. Le FBI ne fit rien avec les preuves présentées par Cuba. Presque trois mois après l’alerte cubaine, cinq révolutionnaires furent arrêtés, alors qu’ils cherchaient certainement des informations pour protéger la vie de leurs compatriotes. Aucun d’entre eux ne cherchait ou n’avait obtenu de données militaires. Leur unique objectif était de connaître les mouvements de terroristes qui agissent contre Cuba – dans l’impunité et la complaisance -, depuis Miami. L’abondante information transmise est restée lettre morte. Pour que leurs activités soient considérées comme de l’espionnage, le gouvernement des Etats-Unis doit reconnaître – avant tout – que le terrorisme contre Cuba est une affaire de défense nationale, et que les terroristes basés à Miami qui ont avoué, appliquent des instructions militaires et sont à leur service. Les cinq Dreyfus cubains subissent aujourd’hui des condamnations impressionnantes allant de peines de quinze ans jusqu’à la réclusion à perpétuité. Leurs conditions de détention sont aussi brutales que celles connues par Dreyfus, et on ne peut que les comparer au traitement infligé aux prisonniers dans le cône sud-africain durant l’Apartheid. Le paradoxe de cette affaire : ceux qui donnent l’alerte sont arrêtés, ceux qui conspirent pour assassiner, et assassinent, sont libres. Dans leur combat contre le terrorisme, les Cubains faits prisonniers ont travaillé en faveur du peuple étasunien. Le gouvernement des Etats-Unis, avec un total manque d’éthique, a rejeté les informations révélatrices fournies par Cuba et a poursuivi, emprisonné et condamné les informateurs. Ce même gouvernement a rendu leur liberté aux deux terroristes d’origine cubaine, Luis Posada Carriles et Orlando Bosch, responsables d’horribles crimes, dont l’explosion d’un avion de Cubana de Aviacion avec 73 passagers à bord, en 1976. Dans le cas de l’affaire Dreyfus, le véritable espion, le capitaine Esterhazy, a été innocenté lors d’un procès burlesque. Un siècle plus tard, l’infamie se répète. La meilleure preuve de la double morale de la justice étasunienne, ce sont les propos de la juge Joan Lenard, qui dans la rédaction de la sentence de l’un des cinq combattants, précise tout naturellement : “Comme une condition à une mise en liberté surveillée, cet accusé n’a pas l’autorisation de s’associer ni de rendre visite à des groupes terroristes ou similaires ni d’aller dans les lieux que l’on sait fréquentés par ces groupes. » Le plus dramatique de ce texte n’est pas son culot, mais le fait qu’il ait été rédigé trois mois après le fatidique 11 septembre. On reconnaît le travail qu’ils ont accompli contre des terroristes, mais on leur interdit de s’associer à nouveau avec eux pour qu’ils ne puissent plus obtenir davantage d’informations et que les criminels poursuivent leurs « exploits », sous la protection du gouvernement étasunien. L’opinion publique Chaque fois que l’on étudie la formation de l’opinion publique, on cite comme exemple le plaidoyer publié par le légendaire écrivain français Emile Zola. Le fameux « J’accuse » bouleversa la France de l’époque ; il est indispensable de bouleverser l’humanité progressiste avec un nouveau « Nous accusons ». L’auteur de « Germinal » a uni sa vie à celle de Dreyfus. Il est nécessaire de faire la même chose avec les cinq Dreyfus cubains. Depuis des années, on prétend sensibiliser l’opinion publique internationale, mais les portes des grands médias demeurent hermétiquement closes. L’histoire se répète comme dans d’autres cas d’injustices perpétrées par des tribunaux étasuniens : Sacco et Vanzetti, les époux Rosenberg, et tant d’autres. Dreyfus, devant le tribunal illégitime qui le jugea, a dit : « Je ne suis pas dépossédé de tous mes droits, je conserve le droit de tout homme de défendre son honneur et de faire proclamer la vérité. » L’un des cinq Cubains emprisonnés, René González, a affirmé devant le tribunal corrompu : « Nous continuerons à faire appel au penchant du peuple étasunien pour la vérité, avec toute la patience, la foi et le courage que le crime d’être dignes peut nous inspirer. » Le tribunal français de l’époque ne voulut pas reconnaître son erreur. Un siècle plus tard, à Atlanta, plusieurs juges étasuniens, dignes professionnels, ont prononcé des sentences qui ont été déboutées. De même, le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies, après un rigoureux examen des documents du procès, a conclu qu’en raison de la gravité des violations commises contre eux, la privation de liberté de ces cinq hommes était un fait illégal. Le Miami d’aujourd’hui ressemble à la France du XIXème siècle, par son climat pervers, désordonné, assombri par la presse à scandales menée par le Nuevo Herald, dont il a été révélé que plusieurs rédacteurs touchaient et touchent un salaire du gouvernement pour écrire contre Cuba. Comme à l’époque d’Emile Zola et de son célèbre « J’accuse », il faut répéter : « Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. » Le monde ne peut être complice ni observer tranquillement le crime. La presse de Miami correspond tout à fait au qualificatif donné par Zola : « Et c’est un crime encore que de s’être appuyé sur la presse immonde ». Il ajoute : « C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. » La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera Cette authentique déclaration de principes « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera », formulée par l’auteur des Rougon-Macquart, exprime la foi dans les valeurs des êtres humains qui ne permettront pas l’injustice. Des intérêts inavouables ont mis au point le mensonge. La vilenie ne change pas avec le temps, les mêmes injustices se répètent : il n’y a pas eu de procès juste ni à Paris ni à Miami. Dans les deux cas, les détenus ont été maintenus dans l’isolement. Aucune preuve n’a été montrée, au cours d’un procès où la partialité du tribunal et des jurés était de mise. On a menti. Menti. Menti. Le monde a une responsabilité collective et ne peut faire preuve d’indifférence face à ce crime. Que la barbarie de l’affaire Dreyfus, aujourd’hui multipliée par cinq, ne se répète pas. Pensons et agissons comme Emile Zola, et que ses paroles ouvrent la voie de la lutte : « Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur ». Chaque jour d’enfermement des cinq Dreyfus qui passe est un outrage pour le monde civilisé. Que ceux qui sont en faveur de l’innocence se lèvent ! Qu’ils se lèvent comme le ferait Emile Zola. Comme dans l’affaire Dreyfus, on ne gagnera pas ce procès dans un tribunal, mais dans la rue. Ce n’est qu’en resserrant les rangs que nous pourrons faire céder les cinq verrous qui enferment cinq innocents, prisonniers non pas sur l’Ile du Diable, mais entre les mains du Diable en personne. Guillermo Cabrera Álvarez. Ancien directeur de l’Institut International de Journalisme “José Marti”, La Havane. © La Revue Commune. N° 47. Paris, septembre-octobre 2007. Traduit par Karine Alvarez ! |